‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 133 sur 320 · Quicherat, /. c, p · texte numérisé non relu

Quicherat, /. c, p

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Toutefois la différence essentielle entre le témoignage du poète anon3'me et celui de Jehan de le Mote concerne les manches. On est quelque peu étonné de voir l'auteur anonyme du premier poème mentionner les manches très étroites garnies de boutons etde lacets jusqu'aux poignets (v. 29-35). Ce ne sont pas les manches attribuées généralement au xiV^ siècle, mais à une époque antérieure. Quicherat ' écrit à ce propos : « Au milieu du règne de saint Louis, les manches du siircot allèrent jusqu'au poignet, larges par le haut, très fort serrées sur l'avant-bras. Une nouveauté paraît à ces manches. Ce sont des garnitures de boutons. Elles étaient si justes par le bas qu'il aurait été impossible de les mettre si elles n'avaient point été fendues. Les boutons étaient pour les fermer. « Par contre, les manches caractéristiques pour le xiV' siècle — et ce sont ces manches d'une étendue démesurée que porte l'homme mondain à qui Jehan de le Mote enseigne le meilleur moyen d'aller en enfer — sont fendues jusqu'au coude et portent un prolongement sans raison, dit quelquefois vexilliiDi, tandis que les boutons et les galons persistent toujours comme garniture -. Cette différence veut-elle dire que le poème anonyme soit antérieur au poème de Jehan de le Mote? Cela est possible, mais je n'oserais l'affirmer. Il se peut aussi que, à un moment où les manches larges étaient déjà portées à peu près par tout le monde, les arbitres des élégances, voulant se particulariser, aient adopté l'autre extrême. En tout cas, il va de soi qu'au moyen âge, comme de nos jours, la mode variait souvent, et que beaucoup de liberté était laissée aux extravagances individuelles. C'est ce que dit, en 1329, un grave écrivain allemand, Pierre de Zittau % avec une indignation involontairement comique : « In vestibus tanta est diversitas et deformitas quanta detormmm mentium diversitas intus dictât. Se quisquis reputat feliciorcm

qui excogitat novum morem. »

Artur LÂNGFORS.

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