LE MANUSCRIT DES NOUVELLES DE FRANCESCO MARIA MOLZA
Francesco Maria Molza (1489-1544), un des pétrarquistes et des poètes latins les plus connus du xyi'^ siècle italien, ami intime des Bembo, des Sadoleto, des Caro, des Vittoria Colonna, et de tout ce qu'il y avait de versificateurs, de savants, d'artistes et de viveurs à la cour de Léon X, de Clément VII et de Paul III, commensal et serviteur des cardinaux Hyppolite de Médicis et Alexandre Farnèse le Jeune, jouissait parmi ses contemporains non seulement de la réputation d'un poète sans pair, mais aussi de celle d'un second Boccace. Quelques nouvelles qu'il avait écrites dans sa jeunesse à l'imitation du grand conteur florentin et auxquelles il avait l'intention d'en ajouter un nombre assez grand pour compléter la centaine, permettaient à ses amis, très peu avares de leurs applaudissements, de l'élever au rang de l'auteur du premier Décdinéroii '. Ce nouveau recueil de Cent Nouveîks n ayant pas paru du vivant de Molza, on s'attendait à le voir sortir de ses papiers, et Doni, dans sa première Libreria, annonça sa
I . On trouve pour la première fois une mention des nouvelles de Molza dans un poème par lequel Girolamo Casio, le très curieux orfèvre, mécène et poète, célèbre une disputation qui avait eu lieu à Boulogne en 1525. II nomme tous les assistants, entre autres Molza, en disant de lui : « Il Molza vi era, Francesco Maria, In più scientie e Vertu singulare ; TuUio e Maron crede ciascun ch'I sia, Nuovo Petrarca eBoccatio volgare. » Voy. le remarquable travail de F. Baiocchi, Siille poésie latine di Francesco M. Mol-a, Pisa 1904, p. 24 et suivantes. Quelques années plus tard, Paolo Giovio, dans ses Diaïoglji, écrits à Ischia après le sac de Rome, dit eu parlant de Molza : « ..tantumque excitât risum in facetissimis fabulis, quas ad imitationem Boccaccii jucunde conscripsit, ut in summa naturae ipsius comitate summi vatisgravitatem minime desideres. » Voy. Tiraboschi, Storia délia letleratura italiana, édit. de Milan, 1724, vol. XIII (t. VII, p. 4), p. 2450. Il est très probable que toutes les nouvelles étaient écrites à cette époque et que Molza ne reprenait plus ce genre de littérature.
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publication '. Mais il ne parut jamais, et on devait se contenter des échantillons qui avaient été publiés à deux reprises différentes, savoir une nouvelle à Boulogne en 1547' et quatre à Lucques par Vincent Busdrago, en 1549 '. La première fut reproduite par Sansovino dans son recueil Cent nouvelles choisies, mais seulement dans les éditions de 1562 et I5é3,et dans un étatmutilé. Une des nouvelles de l'édition Busdrago, dite du « Mantouan », figurait dans une édition ancienne des nouvelles de Bandello comme provenant de lui, mais fut restituée à Molza par Sansovino, qui la reproduisait dans plusieurs éditions de son Choix. Elle passa ensuite dans le recueil de Zanetti, NoveUiero Italiano, de 1754, où elle fut imprimée d'après un manuscrit dont l'auteur avait eu connaissance par l'abbé Serassi, le biographe de Molza et l'éditeur de ses poésies ; ce qui n'empêche pas — et pour cause, comme nous le verrons tout de suite — que le texte ne soit tout à Lm identique avec celui imprimé par Busdrago. Cette nouvelle se trouve encore publiée dans deux recueils postérieurs •^.
Ainsi, on connaissait en tout cinq nouvelles de Molza. Mais les éditions devinrent peu à peu excessivement rares, surtout celle de Busdrago, exécutée seulement pour essayer ses caractères nouveaux, et les deux nouvelles qu'avait publiées Sansovino, étaient difficiles à reconnaître, parce que le nom de l'auteur ne se trouvait que dans la table. Autour de l'édi-
1. 1550, p. 15 : « Elles acquerront, affirme-t-il, une telle renommée que le monde en sera stupéfait. » L. Gaurico, humaniste et astronome de grand renom, qui sans doute avait connu Molza à la cour de Paul III, dit dans un traité d'astronomie en 1552 : « Marius Molza Mutinensis edidit Decameroneum librum vulgo Cxntum novellas; sed nondum impresae circumferentur. )) Cité dans l'introduction de la traduction française, dont il sera parlé tout de suite.
2. Xovella ili M. Francesco Maria Mol^^a. Nouellaiiwnte stanipata, e posta in luce. InBohgna, M. D. XL FIL
3. Quattro délie novelle del honoratissimo Mol:(a. Siampateiii Lucca perVîii- <:m:^o Busdrago il di primo de Giugno del XLIX, 1549.
4. Novelle di varj autori cou noie. Miln, Tip. de' Classici italiani, 1804, et Tesorodé' Novellieri italiani, Paris, 1847.