‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 135 sur 320 · NOUVELLES DE FRANCESCO MARIA MOLZA · texte numérisé non relu

NOUVELLES DE FRANCESCO MARIA MOLZA

tion Busdrago il se formait une légende : les bibliographes les plus autorisés ne l'avaient jamais vue et commençaient à mettre en doute son existence. Enfin, en 1869 ' Salvatore Bongi, qui avait été assez heureux pour mettre la main sur un exemplaire, en donna une réimpression, mais à un nombre excessivement restreint de copies (pour ne pas contribuer à la propagation d'une littérature immorale!) -. Deux ans auparavant, Zambrini avait fait reparaître la nouvelle de 1547 dans un fascicule de la Sceha de Romagnoli'. Mais ces publications ne contribuèrent pas beaucoup à répandre la renommée de Molza prosateur. Une traduction française de l'édition Bongi, publiée par un anonyme à Bruxelles en 1890, et précédée d'une assez bonne introduction, ne semble pas avoir été tirée à un grand nombre d'exemplaires, non plus, puisqu'elle est épuisée et introuvable dans le commerce'^. Mais elle a du moins engendré une reproduction de deux nouvelles, incorporées à un recueil de nouvelles italiennes traduites en français et parues récemment, où elles se trouvent accompagnées d'une introduction confuse et pleine d'informations inexactes et de seconde main».

1. Voy. ce qu'en dit Passano (qui l'avait eue en main), / Nwellicri Italiani in prosa, seconda edizione, Parte I, 1878, p. 431 et suiv. Les destinées de ce bouquin rarissime ont été décrites pai M. Boselli, bibliothécaire de Lucques, dans un article : Le vicenâe di tui libro rarisshiw (Rivista délie Biblioteche, IV, 1893, p. 160 et suiv.). C'est M. B. qui a réussi à acheter pour sa bibliothèque le seul exemplaire qui en doit exister.

2. Quattro Novelle di Francesco Maria Mol:(a da iiiia slainpa nirissiiini dci secohXVI, Lucques, typ. Giusti, octobre 1869.

3. Tre novelle rarissime del secolo XVI, dans la Scella di curiosità letterarie inédite 0 rare dal secolo XIII al XVII, dispensa LXXXV, Boulogne, Romagnoli, 1867. (Les autres sont : une nouvelle de Guidiccione et une de Giacomo Savi Bolognese.)

4. Les nonvelles de F. M. Mol^a, traduites pour la première fois en français par MM. L. Illustrations de F. Gailliard, Bruxelles, Henry Kistemaeckers,

5. Ad. van Bever et Ed. Sansot-Orland, Œuvres galantes des Conteurs Italiens (XIV^, XV'^ et XVI^ siècles), Paris, Société du Mercure de France, 1908, p. 292 et suiv.

lyO WERNER SÔDERHJELM

Je n'entreprendrai pas ici un examen des nouvelles de Molza, qui méritent sans doute d'être étudiées de près. Je dirai seulement que la nouvelle de 1547 n'est autre chose qu'une version de la nouvelle publiée pour la première fois par Doni sous le titre Storia deJTorigine délie guerre tra i Francesi t gll Inglesi (Il Jacopo di Poggio, réimprimée en 1834 par Molini sous le titre Novell a diiucerlo Autore del sec. XV et par Bongi en 1850 sous le nom de Novella délia Piilcella di Francia, dove si racconta r origine délie guerre Irai francesi e gli inglesi, di Incopo di Poggio Bracciolini. Elle est, comme on sait, étroitement apparentée au groupe des Crescenzia, Uliva, la fille du roi de Dacie, etc. '. Molza a dû puiser à la même source que Poggio; étant donné les grandes différences de style, je ne crois pas que l'un des auteurs se soit servi du texte de l'autre. Quant aux autres, elles sont des variantes de thèmes plus ou moins connus, traités ici d'une manière assez amusante, assez personnelle et excessivement peu gênée. C'est la servante qui, revêtue de la défroque d'un moine, aide sa maîtresse à se tirer d'une situation fatale ; c'est la jeune femme éprise de son beau-père, surprise par le mari et s'enfuyant pour se jeter dans la première porte ouverte, c'est-à-dire dans les bras d'un amoureux, languissant jusqu'ici sans espoir (l'histoire tant goûtée du « Mantouan ou le mari deux fois cocu ») ; c'est le jeune homme aux goûts pervers, guéri, mais imparfaitement, par une machination surprenante de sa femme ; c'est enfin l'histoire très drôle des deux trompettes du duc de Mantoue, qui, enfermés dans une église, vont être témoins d'une scène amoureuse entre un moine et une femme qui lui apporte à manger, et qui font sonner puissamment leurs instruments « pour célébrer la noce », ce qui fait croire aux coupables que le jour du dernier jugement est arrivé. Dans cette histoire il y a un épisode remarquable : à propos de la conduite immo-

I. Voy. surtout l'étude de A. Wesselofisky, dans l'introduction de h. Kovella délia fi^Ua ilel ledi Dacia, Pisn, 1861.

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raie du religieux, l'auteur lance une invective véhémente et très personnelle contre un ecclésiastique à Rome, qu'il accuse de tous les vices possibles. iMalheureusement, il n'y a rien de précisé, si ce n'est que ce personnage indigne a acheté pour argent comptant un évêché ; mais, même ce trait est trop général pour laisser reconnaître le modèle.

L'abbé Serassi, dans l'introduction qui précède son édition des poésies de Molza, affirme que la famille Cortesi à Modène possédait un manuscrit des nouvelles de cet auteur : « Di manoscritte se ne conservano quattro prcsso il Nobile Sig. Marchese Gio. Batista Cortesi Modonese ; dell'altre io non so nulla, e forse sono perite \ « Ce manuscrit, dont l'existence fut signalée à Apostolo Zeno par l'abbé Giambatista Vicini, qui lui aussi avait entrepris une édition de Molza, et sur lequel Zeno inséra une notice dans sa BibJiolcca, sans savoir que ces nouvelles étaient imprimées -, n'érait autre chose qu'une transcription de l'imprimé de 1549, comme la démontré avec toute évidence Bongi, dans la préface de sa réimpression. Il avait disparu déjà en 1788, quand l'abbé Bozzoli le recherchait auprès de la famille Cortesi, et l'on croyait qu'il avait été détruit à cause de son contenu indécent K

iMais à un autre endroit, et plutôt en passant, Serassi parle d'un autre manuscrit. Il dit qu'il tenait une partie des poésies de Molza d'un manuscrit qui lui avait été communiqué par le très docte et très gentil seigneur D. Francesco Valletta de Naples et qui avait été copié sur le recueil complet des œuvres italiennes de Molza, préparé par son fils en vue d'une édition générale. Il contenait, selon Serassi, non seulement 90 sonnets en dehors de ceux qu'il connaissait auparavant, mais aussi un Capitula biirh'sco in Iode délia Torta, dont personne n'avait

1. Ddle poésie volgari e latine di Francesco Maria Mol^a . Corrctle, iHiistrate, et accresciute colla vita deW autore scritta da Pieraiitonio Serassi, t. 1, Bergamo, 1747, p. lxxxviii et suiv.

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