‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 173 sur 320 · Bàulor, bàiiturâ, etc. sont formés sur le pt. p. haut · texte numérisé non relu

Bàulor, bàiiturâ, etc. sont formés sur le pt. p. haut

8. Noutate ne vient pas de nôvitatem (P. 1194) ; c'est un dérivé de noïi (<[ noi'um).

Si, d'une part, toute voyelle contrefinale disparaît régulièrement après une consonne labiale, il est clair, de l'autre, que la contrefinale latine ne peut pas tomber, si elle est entourée de consonnes qui ne sauraient être prononcées sans une voyelle d'appui. On a donc régulièrement : covimandare >> a. roum. cumînda, calendaritts >• càrîndar, admissarius >> armàsar, etc. '.

Si, maintenant, nous jetons un coup d'œil sur le reste des mots roumains qui remontent à des mots latins ayant au moins deux syllabes protoniques (incl. l'initiale), nous apercevons aisément que, dans la grande majorité des cas, la voyelle contrefinale n'a pas disparu. On est donc a priori tenté de formuler, pour le roumain, une « loi phonétique » selon laquelle la voyelle contrefinale du latin vulgaire reste, excepté après une consonne labiale, et de chercher à expliquer, d'une façon ou d'une autre, les exceptions à cette « loi ». Après avoir examiné ces « exceptions »>, je suis cependant arrivé à la conclusion que ce n'est que la voyelle a qui se maintient régulièrement^ tandis que toutes les autres voyelles, pourvu qu'elles ne soient pas entravées, sont normalement syncopées. C'est que les cas où a manque sont assez rares et se laissent expliquer, tandis que les cas où une autre voyelle manque sont presque toujours rebelles à toute explication qui tient compte de « l'infaillibilité des lois phonétiques ».

Voici d'abord une liste de mots roumains pour lesquels on a admis la syncope de la contrefinale latine a ^ :

1. Dans cet exposé sommaire, je n'examine pas : 1° les conditions phonétiques qui exigent une voyelle d'appui, et 2° le développement spécial des voyelles contrefinales non syncopées.

2. Dans cette liste, qui, du reste, n'a pas la prétention d'être complète, n'entrent que des mots appartenant au daco-roumain littéraire. Dans les dialectes se rencontrent bien des mots qui ont perdu la contrefinale a, conservée en daco-roumain. Cette syncope dialectale, que je n'ai pas examinée spécialement, est sans doute un phénomène postérieur à la syncope générale de la contrefinale latine. Je signale quelques cas : mr. (a)cunipiaie (à côté de acimipârare, dr. aiwpâra') •< comparare ; ir. antvot (dr. aniùnaf) <^ ad-mane -) — atitvi ; ir. deipoi (à côté de dirapci, dr. ditiapoi) <^ de-iu-

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aimintreÇd) <C aUa-mente ;

al{t)mintreQe)a •< altera-mente ;

amnar (à côté de aiuânar), pour lequel M. Puscariu (£"/. Wb., n" 82) admet Tétymologie ad-viamtarium ;

asaiti, que le Dictionnaire de Candrea-Densusianu (n'' 99) fait venir de *exacutire ;

destul <C *desatulhis ;

flàmînd < flanimabundus ;

neguslor (à côté de negutàtor^ -< *negotiatorius (Pu§cariu, Riini.Jb.Xl, 62);

pàresimî <C qiiadragesima ;

plàpînd <C *palpabmidns \

Ces « exceptions », je me les explique comme suit:

Aimintre{d) a subi l'influence de ainre{a) (-< aïiiibi) ; de même, aJ{tynintreÇe)a, celle de «///f/ (-^Zaltcr + iTiag. /^7). Amnar doit tout de même représenter un ign(J)ariuni (cf. lignum > /g/«w, etc.), mais il est, en même temps, très probable que la forme amànar est due à une contamination avec manuariuni, survivant dans les formes sans a initial (P. 82) ^

Ascuti remonte certainement à.*ad- excotire ^.Destul me semble

être le plus difficile à expliquer. Vu son ancienneté (voir les exemples dans Tiktin, Rnin.-d. Wb., p. 534-535), il ne peut guère être une forme dialectale généralisée. Je ne vois donc pas d'autre possibilité pour expliquer la syncope de la contrefinale que de regarder destnl comme un composé très ancien

ad-post (Byhan, Rum. }b. VI, 206) ; mr. dimneatsà, dumneatsà, megl. dim nejsà (à côté de mr. dimhieatsâ, megl. diminçtsâ, dr. dimineata) <^de-viane -\- -itia ; bue. drepneà <^*drepanella (C.-D. 516; on pourrait, à la rigueur, admettre l'étymologie *drepliieUo, calquée sur *hinindhie]!a) ; etc.

1. Aces « exceptions « n'appartiennent naturellement pas les mots où, par la disparition d'une consonne labiale intervocalc. Vu contrefinal et l'a tonique se sont contractés (p. ex. *expefîavare >» spâîa).

2. L'existence simultanée de ion(i)ariiiiii et de maiiiuriuiii explique aussi les deux acceptions si différentes : « briquet » (iiiiiihir) et « manche » {inîner), réunies dans le mr. niânar.

3. L'étvmologic *('.vTo//n' (P. 140) ne rend pas compte de l'i/ initial roumain.

àede et satullns, remontant jusqu'au latin archaïque, à l'époque où, par l'effet de l'intensité initiale, un a qui se trouvait dans une syllabe intérieure ouverte se changeait en i (voir F. Sommer, Handh. der hit. Lniil- iiiid Foriiienkbn', p. iio et suiv.). On a donc dû avoir *dcsïliiJIns à côté de satuUits. Flàmînd et plàpînd n'ont perdu leurs voyelles contrefinales que par la contraction de a-û en u après la vocalisation de b (la désinence -înd est naturellement analogique) '. Negiistor ne vient pas de *i!egot/ûtorius ; c'est une dérivation roumaine de negot (<inegotiuriî). Enfin, pàresinû remonte à un lat. vulg. *qua- (d)resima, forme prouvée déjà par le fr. carême.

Comme je l'ai dit déjà plus haut (p. 7), j'admets la syncope régulière de toute voyelle contrefïnale autre que a. Voici un certain nombre d'exemples à l'appui de cette assertion :

1° Chute d'un è:

desidèrare >- a. roum. désira \

*nigèllina > neghinà(V. 1163).

2° Chute d'un è :

*invenênare >> mr. nvernare (à côté de dr. învenina, megl. {a)nvirinari), signalé par Miklosich, Sit:^ungsber . d. phil.-hist. CI. der Kais. Ah. d. Wiss. (Vienne), Cil, 12 ;

*exdêrumigare - > mr. :(driiiiiiga (Papahagi, Rum. }b. XII, 104);

*exdêruminare >> mr. ::drumina (Papahagi, ibid.^ ;

*exdêruncinare > sdruncina (étym. incertaine, v. Candréa- Hecht, Les éléments latins de la langue roumaine. Le Consonantisme, p. 85 et suiv.).

3° Chute d'un / :

a) entre l et c :

aïîcid)i > mr. arcô (C.-D. 901) ;

*foirirellus '^fokcl;*siiffoUkarcy' trans., ban. sufulca (C.-D.

1. Je regarde càscàiiiid <^ *cascahii)hhis comme influencé par le verbe càsca .

2. Dans ce mot, ainsi que dans les deux suivants, c précède une sj'llabe à accent secondai rc.

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621), à côté de stifleca (< *suff{oyiicare), influencé probablement par siifla (■< snfflarc) ' ;

*oUkelIa > uJcea (ulcica) ;

*salîcetum > sàJcet ^ ;

*vaUiceUa >> vàlcca (vàlcica).

b) entre r etc.

*arborkare >■ abnrca (Puçcariu, Zs. f. roin. Phil. XXXI, 6ié);

carrkare > mr. car cave, ir. carco ; *discarrkare > descàrca ; *încarrïcare >» încàrca ;

*deobscnrkare > descurca ; încurra a été formé postérieurement sur le modèle de descurca (P. 514; Meyer-Lûbke, Roi]i. et. Wh., n° 4360 : -< *hicolkare, dér. de colus « rouet »);

*orkare >• urca (P. 1824). '

c) entre r et d :

VjorrUorem > iirdoarc (P. 1828).

d) entre m et m :

*indemhmre > îndenma.

e) entre t et 71 :

dîsghitinare >- dejghinn ; cf. rdsghhia (C.-D. 482).

f) entre ^ et c :

I. Le Dictiomiaire de Candrea-Densusinnu, qui semble considérer sufleca comme une formation régulière, explique stifuka par l'influence analogique des formes accentuées sur le radical (*siifoUico ^ *stifo]c). Les deux savants roumains ont cependant oublié que, dans de telles conditions phonétiques, Vî pénultième ne tombe pas (cf. *infoUico >• "mfiûec, "incahallico > încakc, etc.).

2. Vu sake < *sakem (^ouy saJicein), la forme préromane était peut-être *saketum.

3. A cause de ^^ pour c, je ne puis croire que sciirga vienne de *f.\airrtcare, comme l'admet M. Geheeb {Riivi . Jh. V, 35). Le mot, qui n'est pas dans le Dktiomiairc de Candrea-Densusianu, doit être une formation postérieure, tirée de scurgàtoare, dérivé de scurge (< exciirrcre) . — Même réserve mutatis niutmtdis pour une autre étymologie du même savant (Riiin. Jh. V, 32): *exvolUan' ~> sluinla (:;j>unhi). Ici on a probablement afl'airc à un mot slave (v. Cihac, Dict. II, 328).

*pedîdolns ^ picior '.

g) entre c Qt c :

*felicîcatus^ feriscat (Meyer-Lùbke, Rom. et. Wb., n° 32^4 a).

h) entre p et t :

capitellum > càlel « gousse d'ail » (P. 315 ; cf. Rum. Jb. XI,

i) entre et et t :

*directîtateni >> dreptate K

j) entre xc et t :

*deexdtare > dqtepta, le p s'expliquant par l'influence de asteptû (P. 528, C.-D. 494).

k) entre ;// et c :

*frtmtkella'^ a. roum. fnincea ; *subfrontkeIla > a. roum. snfrmicea (P. 1629, C.-D. 659-660);

montkeUiis > munceJ ;

*sentïcella > sîmcea (P. 1589).

1) entre st et c:

*fustueUiis "^ fuscel (C.-D. 706).

m) entre cl et c :

*înk(u)Ucare >• misca, megl. mitskari (Puçcariu, Rum. Jb. XI, 130);

*miicc(ji)lkarc > a. roum. mtitsca, roum. mod. 7Husca

*pk{ii)lkare >» pisca (Pu§cariu, Rum. Jb. XI, 131).

n) entre sel et e :

* muse(uykclliis >> museel 4.

1. M. Puscariu (£/. lVh.,n° 1305) admet dubitativement cette éiymologie.

2. Le Dictionnaire de Candrea-Densusianu (no 287) et M. Mej-er- Lûbke (Rom. et. Wh., nos 1636(3) et 1763) identifient étymologiquement ce càtel avec càtel (<( petit chien ») < catetltis.

3. On a admis une haplologie svllabique soit latine (P. 551 ■.*directatevi), soit roumaine (C.-D. 513 : *dreptàtate > dreptate). Peut-être le mot a-t-il été formé directement sur drept.

4. Je ne vois pas la possibilité de tirer museel (rnuscef) de moiitevi, comme le fait M. Tiktin (Riini.-d. IVb., p. 1025).

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4° Chute d'un f :

*connmare > curma ; *exconrimare >> sciinna (Puçcariu, Zs . /. rom. Phil. XXVII, 739) ; *derimare >> dàrma (à côté de dàrîma), P. 485 ;

*farrîmare >> fàrma (à côté de fârîiiid) ; *exfarrîmare >> sfârma (à côté de sfdrhua), cf. P. 582 ;

*interntare (contamination de territare et de irrîtare) > îniàrta (à côté de a. roum. hiteritn, roum, mod. hitàrîtn) C.-D. 872 ' ;

*menUtionem >> mincuinà (Tiktin dans le Gniiidr. der rom. Phil. P, p. 576) - ;

*oblitare > a. roum. ulta, mr. uîtare, ir. «/p (dr. mod. ?n"/« et megl. iiritari ont été refaits sur les formes à radical accentué) ' ;

*renïc- (cf. *rentcu}us >> rinichifi, P. 1466) + si. -acb > nncaciii ^ ;

vestîmentum >> ves(J)tnînt.

5° Chute d'un ô :

collôcare > ^/i/^^s ^ j

consôcrÇiitfi) a donné les dérivés cuscrie, cnscreniey încuscri, etc. <^.

1. L'impossibilité de l'étymologie */«/errJ/fl« (P. 879) est prouvée par le fait que l'accent porte sur î dans întàrît, etc. (cf. C.-D. 872).

2. M. Puçcariu (Rum. Jb. XI, 52 ; £;. /'FZ'., no 1082) donne la préférence ^.nietitioiieiii, abréviation par haplologie svllabique.

3. M. Meyer-Lûbke (voir P. 1789) veut séparer de iiita « oublier » le verbe réfléchi sa tiita « regarder », en admettant pour ce dernier l'étymolologie *obUare. Comme cependant le développement normal aurait dû être : *ol)Uare> *'uta, *obllo > *('/ (cf. aibiluni > co/), etc., il semble difficile, malgré la diflférence sémantique, de séparer étymologiquement les deux verbes.

4. Selon M. Pu^cariu (Et. IVb., n" 1465), rtncaciu serait un dérivé de *nnc < *renîcus. Contre cette hypothèse il faut alléguer que *renicus aurait dû donner *rînec, et non pas *rînc (cf. viamca >> inîtiecà).

5. Comme culcare est attesté pour le bas-latin (v. P. 435), la chute de la contrefinale pourrait être préromane.

6. Vu leur ti initial, il faut croire que cuscrii, cuscrà ont été influencés par les dérivés à désinence accentuée.

6° Chute d'un ô :

*formôsitia > a. roum. frîmseap; *informôsiare >■ a. roum. înfnimsa, înfrhnsa (C.-D. 655-656) ' ;

nesciô + qitid, qui, qualis, quantus > neste, nestine, nesaii, nescît, etc. ^

7° Chute d'un tt :

*adsHbmiicceare >> asmiita (dans ce composé c'est la première des protoniques non initiales qui a disparu, parce qu'elle était plus faiblement accentuée que la seconde^ influencée par le verbe simple *mucceare (roum. niutd) ' ;

ambûlare >> nmbla ; amhulemus, ambuletis >■ a. roum. blemû, blàmii, bîeatï, blatî (P. ij<^'j); peraiiibiilarc ^preumbla, plhiiba (à travers *prhiibîa, *plimbla) ;

caseu\in) + Hgci (impératif précédé de son régime) > cislegî (pi.);

ecciiÇfnyUlâc > a. roum., ban. et mr. aclô (à côté de dr. mod. acolo, mr. aciiJo), et (de-yin-eccu{ii{)-iUôc > mr. iidô, dinclô (à côté de dr. încolo, dincolo, mr. ncoJea) ; cccn(j]i)-modo >> a. roum. aciiiii, megl., ir. Çû)ci)iô, etc. (à côté de dr. acuiii) ; eccii{jn)-sic >■ mr. acsi, et eccit(mysic-hûc > asa ^ ; ccciiÇinytalis >> atare (à côté de ciitare, acàtare), mr. ahtare, etc. ; eccu{nt)-tantnm > rt//7 (mr. abttntu, etc.);

médius -j- /oc/^v >> ////y/or ^ ;

1. Les formes fniiiiiisfte, înifntmusa, etc. sont naturellement dues à l'influence defnniios.

2. Quant à interrôgare > întrcha, il y a eu métathèse : *iiilergoarc, d'où régulièrement la forme roumaine (voir P. 891).

3. L'étymologie *t'xii!iicieare, qu'admet M. Puscariu {Et. Wh., n° 1146), aurait donné *smuta.

4. Dans le Riini. Jh. XI, 12, M. Puscariu admet l'étymologie ecc' sic, mais dans son Dictionnaire (no 133) on trouve : a -\- sic > a^a, mr. asè, asi, megl. sa, ir. {a)so.

5. Je ne vois pas la nécessité d'admettre, avec M. Puscariu (Riiin. Jb. XI, 54-55; Et. Wb., no 1076), l'étymologie *meâioliis-locus. L'influence du mot simple loc me semble avoir pu empêcher la transition de / intervocal :\ r.

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monûmenlHiii ' >- mormînt ; *orûlarè > urla (P. 1834); piirulenia > mr. purintà (Weigand, Krit. Jahresher., VII, i,

ulûlare >> nrJa. '

8° Chute d'un û :

exsûcare >> /^^m (à côté de nsncà) ; exsftcatnm >> «jcaf « terre » ;

mandûcare >> wzz^^fflf ;

*subrûpare >> 5///'/)^ (à côté de a. roum. siintpd).

Les exemples de la syncope de la protonique non initiale en roumain que je viens de mettre sous les yeux du lecteur, et dont on pourrait aisément augmenter le nombre, suffisent, à mon avis, à prouver que cette syncope doit être considérée comme un hxinormal, indépendant de la nature des consonnes environnantes, en tant que celles-ci n'exigent pas de voyelle d'appui. Quant à la question de savoir à quelle époque cet amuïssement s'est accompli et s'il a atteint toutes les voyelles (sauf a) en même temps, je ne saurais rien en dire à présent. Avant l'apparition des premiers textes roumains, cette contrefinale latine avait, en tout cas, normalement disparu ^.

Mais, à côté de ces cas, en somme peu nombreux, qui prouvent la syncope normale de toute autre voyelle que a, le roumain possède une quantité énorme de mots qui n'ont pas

1. On peut aussi partir de nionimenlimi, exigé par les autres langues romanes et attesté pour le latin vulgaire (P. 1109).

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