‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 177 sur 320 · CHARTE BERRICHONNE DE · texte numérisé non relu

CHARTE BERRICHONNE DE

Les documents linguistiques du centre de la France sont encore peu nombreux. La petite charte qui fait l'objet du présent article se trouve dans une série des Archives nationales où les médiévistes n'auraient pas cru tout d'abord la trouver : la série Q. (section domaniale), l'une des deux sections plus particulièrement relatives à la période révolutionnaire. Sa cote exacte est Q ' 362. Elle fait partie aujourd'hui du carton moderne Q' 362-369, qui comprend des dossiers primitivement plus volumineux et qui occupaient chacun son carton distinct. C'étaient les titres de propriété des biens nationaux et des biens confisqués de toute sorte. Les archivistes de l'époque révolutionnaire étaient très souvent d'anciens bénédictins et des généalogistes laïques, qui nous ont conservé un grand nombre de pièces historiques, dont l'utilité administrative aurait pu être facilement contestée. Telle est la charte berrichonne du 12 septembre 1268.

La chemise en papier qui sert de couverture à cette charte (comme pour toutes les pièces de la série Q) porte, d'une écriture de la fin du xviii^ siècle, l'analyse suivante, où il n'y a à relever qu'une erreur (moulins des Trois Rois au lieu de moulins des Trois Roues) : Renie de ^6 septiers de blé, moitié froment et moitié seigle, sur les vioidins appelés les Trois Roys, due par le sieur Turpin, chevalier, à Guillaume de Chauvigny, seigneur de Châteatiroux. Ce Turpin était « sire de Cressi » '. Une ficelle

I. Il s'agit de Crissay (Indre-et-Loire, arr. de Chinon, cant. de l'Ile- Bouchard), dont le seigneur était, vers le milieu du xiiie siècle, Herbert Turpin, qui eut pour femme Macée de Beaumont (voir Carré de BusseroUe, Dict. d' Indre-et-Loire et de V ancienne province de Toiiraine, 1 878-1 884, 6 vol. in-8, t. II, p. 424, col. 2).

2é2 DANIEL GRAND

rouge attache par le bas la charte de parchemin à la feuille de derrière de sa chemise individuelle en papier.

Nous donnons une transcription diplomatique de cette charte, en indiquant par des italiques les lettres abrégées.

A touz ceus qui verro;/t cetes présens lettre[s], Arberz Turpins, chevalers, sire de Cressi, et Macée, famé de celuy Arbert, salu[t en] Nostre Segnior '. Sachewt tuitqe nos et nostre her devom p^rdurablama;zt à noble home, nostre ch^r segnior, Guillaume de Chauvigni, segnior de Chatel-Raos, et à ses hers, dez et uit sexters de {romantet dez et oit sexters de segle, à rendre chescun^ an, de nos ou de nos hers, au dit nobles/ à ses hers aou Blanc à quatre termes, cet assavoir : à Nahau, nuff sestfrs, à la feste Nostre-Dame de Marz, nueff sesters, à la Saint Joha«, nueff sestdTs, et à la [1. 5] Saint Michel, nueff sesters 3, en sigawt l'un terme auprès l'autre, par la raison de ses molins, qe il nos a ballieze/ acensez à nos et à nos hers perpetuema^t 4, li qel molin su«t apelé li monliwî de Trois Roes et sont assis aou Blanc, au desus dou powt, sur l'aive de Grouse ^, et les nos a balliez et accMsiez en tel covene«ces qe tuit li molant " qui moloe;7t au dava;/diz molins, au tens qe il estoent sie?;, moudro;/t au diz molins ausi come davawt ; et veu[t] li diz nobles qe nos et nostre her perdurablamawt puissom prandre en son bois

1 . Segnior, en toutes lettres. Dans les autres passages où ce mot est écrit avec une abréviation (seti suivi de l'abréviation latine de tir ou or), nous l'avons transcrit, par conséquent, segnior. On trouve aussi une fois Senhor, dans la formule de la date (Voir ci-dessous).

2. L'ede chescun a une forme indécise entre «et 0, mais qui semblerait se rapprocher plutôt de 0.

3. 9 setiers à Noël (Nahau), 9 setiers à l'Annonciation (25 mars), 9 setiers à la Saint-Jean-Baptiste (24 juin), 9 setiers à la Saint-Michel (29 septembre), c'est-à-dire aux quatre termes habituels des paiements au moyen âge.

4. Mot abrégé pptuemant, par imitation de l'abréviation latine perpetuum (j>pm).

5. Sic pour moulin. La barre d'abréviation qui est sur la lettre i s'étend avant et après la lettre / et semble avoir été prolongée intentionnellement sur la lettre 0. Il s'agit naturellement de moulins à eau .

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