‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 182 sur 320 · Garello, 0. c, p · texte numérisé non relu

Garello, 0. c, p

2. Jouflfret emploie la forme grecque Thamoun comme Rabelais.

de Heine, a consacré un poème au même sujet (^Neiie Marksteine, 1878-1886 : Der Tod des grossen Pan, 1885). L'opposition du christianisme au paganisme y est mieux marquée. Pan et Jésus, tous les deux, sont morts, mais Pan reste enseveli, tandis que Jésus est ressuscité. Comme source, Pichler renvoie aux écrits du Pseudo-Denys l'Aréopagite (Migne, Patr. Graeca, XXII, 1023). Le premier évêque d'Athènes ne mentionne pas la mort de Pan dans les écrits qu'on lui attribue depuis la conférence entre catholiques et Severians à Constantinople en 533. Mais il raconte dans la septième lettre adressée à Polycarpe Antistite {Opéra Omnia, Venetiis, I, 1755, p. 599) la coïncidence de la mort de Jésus avec une éclipse de soleil à Héliopole en Egypte qu'il y a observée en disant à son ami Apollophane : •?; tb ÔeCov i^itsyti, r, tw r.ity/ou-i u-JiJ.T^àsyzi (ou la divinité souffre ou elle sympathise avec quelque souffrant). Est-ce que Pichler a pensé à ce passage ou faut-il voir dans le Pseudo-Denys une fausse source ? Nous l'avons cité, car il est curieux d'y trouver la formation d'un mythe solaire autour de la mort de Jésus. Un pareil mythe est peut-être au fond du récit de la mort de Pan .

L'auteur russe Ivan Tourguenev dans ses Nymphes (^Œuvres, 1879, Poèmes en prose, déc. 1878) revient à la conception païenne et il lui donne un développement original. Devant un beau paysage il prend le rôle de Thamus et il crie : « Il est ressuscité ! Le grand Pan est ressuscité ! » La déesse Diane paraît avec sa suite bruyante, mais ayant aperçu une croix d'église, elle disparaît.

Le poète hongrois Jules Reviczky (185 5-1889) fut inspiré par plusieurs auteurs nommés en composant sa Mori de Pan en 1889. D'abord par Heine dont il a traduit plusieurs chansons, puis par Tourguenev auquel il a dédié une poésie {Poésies, 1900, p. 214, trad. ail. par Nascher, 1896, p, 56), enfin par Lingg qu'il a caractérisé dans une revue (Vasarnapi Ujsdg, 1888). Tout de même dans son poème on trouve quelques traits originaux. La peinture d'une orgie précède le message miracu-

leux (M. dePolignac, Poésies magyares, Paris, 1896, p. 185- 189) :

En bas, dans le bateau L'air est plein de rumeurs.

Un repas copieux, Des rudes bateliers Épanouit les cœurs.

Ce fait rend plus probable l'hallucination de Thamus : « le vin a troublé ses oreilles. » Il remplit sa mission, après quoi une voix plaintive fait des réflexions :

L'âme de la nature au loin s'est envolée.

Les dieux ne viennent plus s'amuser sur la terre.

Adieu la gaieté sans souci 1

La conscience est venue rendre les cœurs plus durs.

Et la réflexion uniforme domine...

Une autre voix répond :

Pan et les siens sont morts, mais Dieu vit toujours.

Il n'est plus dans les prés, les bois, mais dans les cœurs.

Les dieux voluptueux ont cessé d'exister...

Ce dialogue est une paraphrase de Heine ; le symbole de la croix est emprunté à Tourguenev :

Et voilà que vers l'Est, ou l'air et les vapeurs Sont empourprés par les purs rayons de l'aurore. Touchant d'un bout au ciel et de l'autre à la terre, La croix paraît.

La beauté de cette conception malgré la forme rapsodique a assuré la popularité du poème de Reviczky. Elle a trouvé des imitateurs d'une valeur inégale. M. Edmond Mihalovich, directeur de l'Académie de musique à Budapest fut inspiré à une symphonie sur la Mort de Pau qu'on a jouée à Budapest en 1898 et à Berlin le 17 novembre 1902, Eugène Komjâthy (1858-1895), l'ami de Reviczky (cf. le poème composé à sa mort : Homàlybôl, 1895, P- 202-204) a invoqué plusieurs fois le nom de Pan en cherchant l'expression équivalente de ses pensées :

C'est la fête de l'amour aujourd'hui; Aphrodite est la compagne de Pan. Vivent les Dieux ! l'ancienne foi de l'homme ne mourra jamais.

La joie ne fait pas oublier la misère, le combat éternel : l'instinct amoureux crée une vie nouvelle et détruit une autre {Nouvel été,l. c, p . 2 5 o) .

L'été mourant (/. c, p. 158) se rapproche mieux du thème de la mort de Pan. Le dieu agonisant est couché sur l'herbe et toute la nature est en deuil.

Komjâthy donne l'impression d'un poète de talent qui n'a pas trouvé ni le milieu, ni le temps pour se développer dans toute son originalité. Il a des sensations fortes, mais il doit souvent emprunter les moyens d'expression. C'est ainsi que Reviczky lui a suggéré le nom symbolique de Pan. M"^ Minka Czôbel, une femme poète (elle n'a pas révélé la date de sa naissance) l'a pris peut-être à la même source (cf. Biidapesti S:{cmle, CXII, 1902, p. 470-475), mais elle veut cacher sous ce nom la pauvreté de son inspiration poétique et faire voir une conception originale dans la combinaison variée de Pan avec Jésus. Un livre de son recueil (Opâloh, 1903) est consacré à Pan. Elle nous présente Jésus et Pan crucifiés; un voyageur voit ce tableau hideux, il les enlève de la croix et fait un bûcher. Une autre fois c'est Pan qui rencontre Jésus-Christ sur la croix en route (?) et ils tombent d'accord que les humains ne comprennent pas le sens des mots bonheur et beauté. Pan apporte des fleurs au pied de la croix. Il nous semble que Jésus représente le bonheur et Pan la beauté. Mais M"= Czôbel ne paraît pas tenir beaucoup à cette idée, car dans un autre poème {Maya, 1893, p. 14), les vierges voient encore Pan et elles connaissent son pays qui se trouve dans le bonheur des cœurs '. Nous ne voulons plus citer qu'un vers de la fin d'un dialogue entre Pan et les déesses {Kakiikfmvek, 1901, p. 312):

Page 1