V. 3. — Cogiioissanté, lapsus
V. 4. — C.-à-d. « pour sauvegarder son nom de l'oubli ». Se sachant mortel, il voulut gagner l'immortalité. Cf. le vers II.
V. 5. — Fut, souvent orthographié (comme v. i) fiist, par suite d'une fausse étymologie. — Dont, c.-à-d. « de là, à cause de quoi » (de nnde). Ancienne façon de lier les phrases qui subsista jusque pendant le xvii^ siècle, notamment chez Bossuet et La Bruyère. « A tout le moins, longtemps ha qu'elle est née, — Dont elle est foible... » (Marot, Epigramme au roi de Navarre). Voyez Littré, à l'historique du mot.
V. 6. — Feist, orthographié plus haut (v. 2)fist. — Vigillant au sens du mot latin, et conformément à l'orthographe du temps.
V. 7. — Que en, deux pieds, hiatus admis jusqu'au xvii"^ siècle. — Scanoir, sans cédille. — Gallant, var. gualant Qtgalland c.-à..-d. « vaillant », ces deux mots ayant d'ailleurs la même origine : vaJentem ; cf. le vx fr. gaJer « être (bien portant) vif, joyeux, empressé », et galentir (v fortifier », de vàJere ; galeiitement a avec vigueur » (valenter^ \ Le véritable sens du mot s'est conservé en anglais : gallant = « brave », mais aussi, comme en français « empressé envers les dames », sémantique attribuable à l'esprit et aux mœurs de la chevalerie ^ Gaillard, anc. gallart et galhart, c.-à-d. « fort » est
1 . Un petit nombre de mots français commence par un g qui est la transformation d'un v latin : gaine, gâter, gué, guêpe, guéret, gui, guivre, goupil. Cf. DiEZ, Grain, des tangues romanes, I, p. 267.
2. On lit chez Brantôme {Vie Jes (lames gâtantes, éd. Garnier, p. 255) : (c Force dames ay-je cogneu qui ont voulu tousjours avoir un vaillant
pour leur escorte et deffense » « Cela est très bon pour les courtisannes
de Rome et pour leurs braves, non pour \cs gallants gentilshommes de notre
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issu de la même racine, avec un suffixe d'origine germanique. Ces mots, cependant, passent pour venir, celui-ci du celtique gâl « force », ceux-là du germanique gaiîhan « se réjouir », ou encore zuallan « bouillonner » (cf. Diez, Littré, Hatzfeld). Pour gala, voyez Lammens, Remarques sur les mots fr. dérivés de l'arabe (Beyrouth, 1890, p. 121).
V. 8. — Enbien il pense. Cf. D'Aubigné {Hist. II, p. 105, éd. de 161 6) : « Il veut le tuer qu'on ne pensoit plus en lui ». Ronsard (Sonnets pour Hélène, LP) : « Or sus venez, pensers, pensons encor en elle. »
V. 10. — La première lettre du mot à la rime est lue d par M. Seybold. En réalité, on peut y voir tout ce qu'on veut, et particulièrement une amorce de majuscule. Cf. les ^/ du second et ceux du dernier vers. — Cette « Amie » à qui Postel fait allusion, n'est autre que la Vierge vénétiane ou Madré Johanna (1497 ■]- 1549), qui fut son mauvais génie. Il en sera parlé plus loin.
V. 12. — Ne. .. mie est une négation comme ne... grain, ne... goutte, etc. La particule ?ie serait ici de trop : elle enlèverait d'ailleurs toute signification à ce membre de phrase. Mie « peu de chose » est le le mot de la fin.
Telle qu'elle nous est parvenue, cette pièce ne contient qu'un unique signe de ponctuation: une virgule au v. 5.
Les trois quatrains dont elle est composée sont à rimes croisées. Par une anomalie qui n'a dépendu que d'un caprice de l'auteur^ le deuxième est construit d'une façon difterente des deux autres : B, A, A, B, au lieu de A, B, A, B. On remarquera en outre que l'écriture du premier quatrain, droite et d'assez large allure, n'off're pas le même aspect que celle des suivants qui est penchée et ramassée. Et comme ceux-ci se pressent en groupe serré jusqu'au bord de la page élimée,
France ou d'ailleurs ». Au xve s. (notamment) les hravi de grands boîs étaient dits « gallaiis de la fcuilléc », et « gatlans de garnison » les soldats réputés pour leur vaillance. (Cf. Du Gange et Monstrelet, cités par Littré.)
alors que les vers du premier s'alignent à l'aise et en bonne place, on se demande, avec quelque apparence de raison, si ces douze vers sont tous de la même venue.
C'est, sans aucun doute, au Prieuré de Saint-Martin-des- Champs, où s'écoulent, dans une retraite involontaire, les dix-huit dernières et les meilleures années desa vie(i563-8i), que Postel a rimé l'ex-libris de son lexicon. Vieilli, mais toujours vaillant et surtout assagi par une dure expérience, parvenu au port après avoir couru le monde et essuyé les plus terribles tempêtes, il évoque, en ces douze versiculets égarés dans un de ses « trésors », tout son passé de misère et de gloire, singulier mélange d'aspirations enthousiastes et d'efforts stériles, d'innocente folie et de rudes persécutions. Il fait, dans la paix du cloître, un retour sur lui-même '. Il se souvient que, pauvre enfant de vilains courbés sur la glèbe normande, il ne possédait rien, hormis sa prodigieuse intelligence, tandis qu'un désir insatiable le possédait, celui de tout voir et de tout savoir. Devenu orphelin à douze ans, il lui fallut, pour vivre, être tour à tour magister dans une école de village, valet de ferme en Beauce, domestique au Collège Sainte-Barbe, ci Paris (1525). Là, jour et nuit, il étudia seul le latin, le grec, l'italien, l'espagnol, l'hébreu, l'arabe, les mathématiques, la théologie. Sa « diligence » fut telle, que le premier de ses ouvrages De originibus sea de hcbraicx linguœ et gentis antiqiiitate, était prêt pour l'impression (il ne le publia qu'en 1538) comme il avait vingt-deux ans. Sa vocation était désormais fixée. Peu à peu l'incertitude des lende-
I . l'ostel uaquit le 25 mars 1 5 10 à la Dolcrie, près de Barenton dans le diocèse d'Avranche. Consulter sur Postel une excellente notice de M. A. Lefranc dans son Histoire du Collège de France (Paris, 1893, p. 184 sq.), une thèse de M. G. Weill, De Giilielmi Postelli vita et indole (Paris, 1892, 8°, 124 p.), et une étude bio-bibliographique documentée de M. E. Picot dans Les Français italianisants au XFI<^ siècle (Paris, 1906, S", I, p. 313 sq.). Mélanges. 21
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mains avait cessé pour lui. Grâce aux amitiés qu'il avait nouées', son nom parvint aux oreilles de François I" qui, très occupé alors à former sa bibliothèque de Fontainebleau, lui donna mission de parcourir le Levant à la recherche de manuscrits orientaux (1535), et le récompensa, à son retour, en le nommant « lecteur ès-lettres grecques, hébraïcques et arabicques )> près le Collège de France, aux appointements de 225 livres (6 mars 1538) ^. Le roi l'enrichit encore, deux ans plus tard, de l'héritage d'Agathias Guidacerius, lecteur d'hébreu, qui venait de mourir. Il avait la faveur du roi et de la Cour, de puissants protecteurs, une réputation considérable, le monopole incontesté des choses de l'Orient. Il était « à richesse venu ». Cependant, comme il avait beaucoup de peine à se faire payer ses appointements, il accepta, par l'entremise du chancelier Po3'et, son protecteur, un doyenné « quasi d'esgale value aux gages du roy, comme chose plus seure ». Et il déserta sa chaire. Insigne maladresse, qu'il aggrava encore, lorsque, se fiant à son propre crédit, il s'imagina de plaider auprès du roi, alors à Mont-de-Marsan, la cause du chancelier tombé en disgrâce. Cette démarche, exécutée avec une ardeur sans réserve et manifestement intéressée, acheva de lui aliéner les sympathies de François P^ Il dut même quitter précipitamment la ville, pour éviter d'être jeté en prison (1542). Dès lors commence pour Postel une nouvelle existence qui n'ajoute à sa célébrité qu'un lustre bizarre et inutile.
Depuis son retour d'Orient, des préoccupations moins scientifiques que politiques, surtout religieuses, l'agitaient
1. Le savant Lascaris le recommande à Marguerite de Navarre, et un ancien élève de celui-ci, Jean de la Forest, chargé d'une ambassade auprès de Soliman, demande à l'emmener avec lui en Orient.
2. Il publie, cette même année, le De linguantm XII cbaracterihiis dijjerentmni alphahetum , le premier essai connu de grammaire comparée et pour lequel sont fondus les premiers types orientaux. Sa Gniuiwatica arabica (Paris, s. d., iu-40, 44 p.) doit dater de la même époque.
sourdement. Dans son livre De la République des Turcs (Paris 1540'), fruit des observations qu'il avait recueillies au cours de son voyage, il s'était fait l'apologiste des institutions musulmanes, avait montré les Mahométans supérieurs en bien des points aux Chrétiens, et n'avait pas hésité à les proposer pour exemple à ceux-ci, qu'il jugeait très sévèrement ^ Avec VAlcorani et Evangelistanuii concordix liber (Paris, 1543), il montrait de quel esprit de tolérance, chose rare à cette époque, il était animé. En 1544 il publiait, étant à Bâle, son De orbis terrx concordia, où il exposait la nécessité et les différents moyens de ramener les Infidèles au Christ dans le but d'établir la concorde et la paix universelles. Il en arrivait à proclamer que Dieu l'appelait à réunir tous les cultes en un seul et tous les hommes en un peuple de frères sous l'autorité du pape et du roi de France. Cette rêverie n'eut d'autre succès que de le faire traiter de fou à la Cour (1545). Alors, dans l'espoir de trouver des convertisseurs parmi les disciples de Loyola'', il quitta la France et gagna Rome à pied. Cet admirateur de Mahomet se fit ordonner « prestre apostolique à tiltre de paouvreté » et prit sa tâche tellement à cœur qu'au bout de vingt-deux mois Ignace de Loyola, effrayé de ses idées subversives, le chassait de la Compagnie (fin 1546).
Postel est à Venise dès janvier de l'année suivante, aj'ant pour asile l'hôpital des S. S. Giovanni è Paolo. C'est là que, pour son malheur, il fait la connaissance d'une sorte d'illuminée qui s'occupait de soigner les malades et se disait envoyée par l'Esprit Saint pour régénérer l'humanité. On la connaissait sous le nom de « Madré Johanna ». A l'égard de
1. 26 éd., Poitiers, 1560, in-40, beaucoup plus étendue; 5<^ éd., Paris, 1575, sous un titre nouveau.
2. Montaigne dira, d'après Postel peut-être : « Comparez nos mœurs à uu mahométan, à un païen : vous demeurez tousjours au dessoubs. » Sur Montaigne et Postel, cf. P. Villey, Les livres dlnsl. mod. utilisés par Montaigne (Paris, 1908, p. 123 sq.).
3. Loyola était entré comme élève au Collège Sainte-Barbe en 1527 ; il se peut que Postel Ty ait connu.
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sa famille, elle n'avait jamais voulu s'expliquer, se contentant de dire qu'elle tirait son origine de la substance de Jésus- Christ par sa volonté et sa miséricorde. Elle avait environ cinquante ans, ne savait ni lire ni écrire, passait ses nuits en méditations, voyait souvent le Christ et même le diable '. Postel se trouvait à point nommé pour croire en elle ; aussi se fît-il sans tarder l'apôtre de la nouvelle Rédemption. Sous l'influence de cette béate fanatique qui acheva de l'égarer, le pauvre « gallant en tout bon sçavoir » se mit à échafauder le plan d'un système destiné à rétablir la Raison dans sa pureté et à soumettre tout le monde à son empire, en faisant de la femme l'ouvrier de la révolution qui devait asseoir sur des bases nouvelles l'ordre moral, religieux et politique de l'univers. Dans cette grande œuvre de régénération, le plus beau rôle était dévolu à la « Vierge vénétiane », en sa qualité de Messie féminin dont Jeanne d'Arc avait été le précurseur, de mère du « nouveau monde », de seconde Eve dont il était, lui Postel, le fils présumé, désigné, tel Elie, pour annoncer à l'univers l'approche du jugement de Dieu. Ces idées commençaient en dépit de leur absurdité à prendre consistance dans l'esprit des deux visionnaires, lorsqu'au printemps de 1549 Mère Jeanne passa de vie à trépas. Postel ressentit vivement cette perte et conserva pieusement, toute sa vie durant, le souvenir de son « Amie », lui vouant une sorte de culte idolâtre, supportant avec résignation d'être bafoué à cause d'elle (lettre à Masius, fév. 1555), vantant son esprit et son intelligence, rappelant certains prodiges dont elle l'aurait rendu témoin (au même, nov. 1563), parlant encore d'elle avec la même foi admirative après vingt-neuf ans de séparation (lettre à Lindanus, 1578).
Que faire à Venise ? Postel repartit pour l'Orient, en quête de conversions problématiques et de nouvelles découvertes. A Jérusalem (août 1 549), il eut la bonne fortune, comme il se