I. Cf. Chauffepié, /. c, p
trouvait à bout de ressources, de rencontrer Gabriel d'Aramon, ambassadeur du roi de France près la Sublime Porte, qui le tira d'affaire et l'emmena à Constantinople avec sa suite, dont faisaient partie Pierre Belon, P. Gilly et André Thevet. Sa moisson faite, il regagna Venise (fév. 155 1). L'année suivante, Paris le revoyait, mais déçu, appauvri, dépaysé : n'avait-il pas tout « laissé pour son Amie » ? Sa chaire était occupée par J. Chéradame; le nouveau roi, Henri II, lui refusait toute compensation. Il dut se contenter, pour vivre, de donner au Collège des Italiens des leçons auxquelles se portèrent de nombreux auditeurs attirés par son éloquence coutumière et, ce qui lui valut d'ailleurs un blâme sévère de la part du roi, la hardiesse de ses opinions. En 1553, la publication d'une douzaine de « libelles » qui résumaient son enseignement, et surtout l'apparition du livre tout à la gloire de la Mère Jeanne, où il exposait leurs communes divagations touchant la nouvelle Rédemption de l'humanité ', soulevèrent les clameurs du public déjà égayé par toutes les allusions que Postel, jusque dans sa chaire, ne pouvait s'empêcher de faire à la « Vierge vénétiane ». Le mot d'hérésie fut prononcé. Loin d'attendre que le roi et le Parlement aient statué sur les mesures à prendre pour faire cesser cette agitation, Postel mit son salut dans la fuite (mai 1553).
Il fuit de la sorte pendant dix ans, partout signalé comme hérétique, démoniaque ou insensé, et toujours poursuivant avec une égale persévérance son labeur de savant sain de corps et d'esprit et sa chimère de maniaque entêté dans la recherche de l'absolu et la glorification d'une Eve ridicule dont il se dit le « Caïn ».
Le collège de Besançon lui ouvre et lui ferme aussitôt ses
I . Les très merveilleuses victoires des femmes du nottveaii Monde, et corne elles doivent à tout le monde et par raison commander et mesme à ceulx qui auront la monarchie absolue du Monde viril (Paris, in-i6, 1553 ; 2^ éd., 1556; réimprimé à Turin, 1869, in-40).
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portes. Puis il séjourne successivement à Bâle, à Venise, à Vienne enfin, où l'empereur Ferdinand lui fait bon accueil et le nomme professeur avec les mêmes titres et émoluments qu'il avait eus jadis au Collège de France. Mais, tout à coup, six mois après, il fuit de nouveau. « J'entendis pour tout certain qu'hom nomoit hérétikes... Je laissay à Vienne leroy, ses gages et mon entreprinse » (mai 1554). A peine arrivé à Venise, il apprend qu'il est déjà dénoncé au Saint-Office. Il demande des juges. Au bout de quatre mois ceux-ci l'absolvent comme fou. Cette sentence remplit Postel de honte et de colère ; il y voit une condamnation au mépris public, plus grave que la mort. Comme un défi lancé à ses juges, une protestation contre leur sentence, il écrit et publie en italien, pour être compris de tous, deux livres ' où il reprend et développe les idées qu'il a exposées deux ans auparavant dans Les merveilleuses Victoires des femmes : dans l'un, il veut faire connaître au monde les vertus et les mérites de la Mère Jeanne; dans le second, il exalte les grâces que le ciel a accordées à la ville de Venise et dont la plus précieuse est la venue au monde de la Prophétesse Jeanne. Les foudres du Saint-Office de tomber aussitôt sur sa tête. Il est de nouveau appréhendé (juillet 1555), conduit à Ravenne pour être livré à rinquisition pontificale (nov.), puis à Rome pour être jugé et condamné comme hérétique, cette fois, à trois ans de prison (fév. 1556).
Tant de sévérité surprit à ce point le pauvre Postel, qu'il en perdit momentanément la raison -. Une tentative d'évasion, qui échoua, lui valut un supplément de peine. Enfin après trois ans et demi de carcere diiro, la mort de l'inflexible Paul IV et la sédition qui s'ensuivit le rendirent à la liberté,
1. Le prime nove del allro mondo... cioè la Vcrgine Veiie::;^iajia (s. 1., 1555, ia-80), et// libro délia divina ordinationc, etc. (Padoiic, 1555, in-S»). C'est dans le même temps qu'il envoie à Masius son Lexicon latino-arabiciim (y. supra).