Grainmatica russîca, au chapitre Deverho, pp
2. Le dictionnaire allemand-latin-russe de Weissmann, édité par l'Académie en 173 1, contenait une esquisse de grammaire russe en allemand généralement attribuée à l'étudiant Adodurov. Ce travail, sans grande valeur, était scrupuleusement calqué sur l'ouvrage de Smotrickij (cf. Bulic, op. cit., p. 213 ; M. Grunskij estime, par contre, que le travail d'Adodurov témoigne d'une réelle originalité : cf. O'iepKii no ncxopiii paapaôoi i;ii cHHTaKciica cjiaBîiHCKiix-b iisbiKOBt, T. I, liiAu. 1-2, Ciiû., 191 1, pp. 14-18). La grammaire de Michel Grôning (Gramiiialka russica, eller gniadelig Hainlleg- Ihig til ryska sprâJcet, Stockholm, 1750) reproduisait et vulgarisait l'esquisse d' Adodurov (cf. EpaMMaTiiua pyccKaro iiabina JIoMouocoua, rééditée en 1855 par l'Académie, préface de Davydov, p. xviii).
3. Kopitar, Grain mat ik der slavischen Sprache in Krain, Kàrnten itnd Steyerniark, Laibach, 1808, pp. 302-505.
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d'action à suffixe -iiy-, les verbes simples perfectifs par euxmêmes ne formaient point un groupe à part : sans doute la valeur de futur de opômy, .mm}' , ooiîJKy, cnjiy, xàwh ' étaitelle occasionnellement notée, mais sans que l'auteur insistât sur le fait et sans que les autres perfectifs simples fussent cités. Quant aux perfectifs composés, Lomonosov avait bien saisi la valeur de futur de leur forme de présent, dont il faisait un futur spécial (oyaymee coBcpuieHiioe : iianiiuiy. cf. édit. de 1755, P* 90j ^^^^ le rôle essentiel des préverbes lui avait entièrement échappé : ces derniers, suivant lui, n'avaient d'autre effet que de modifier le sens des verbes, et il n'apparaissait point qu'ils pussent transformer un présent en un futur ^ On peut conclure de là que les deux faits qui caractérisent le mieux l'aspect du verbe russe, à savoir l'existence d'un certain nombre de présents simples à sens de futur et la transformation de tout présent non itératif en présent-futur par l'apposition d'un préverbe, n'étaient pas dégagés par Lomonosov dans le système qu'il proposait : peut-être entrevue par Smotrickij, la notion d'aspect est tout à fait absente de l'œuvre de Lomonosov ; et le mot même de biiat^ n'y figure point.
La grammaire de l'Académie, parue en 1802, modifiait en quelques points les conjugaisons de Lomonosov % mais n'apportait rien de nouveau concernant l'aspect des verbes.
1. PoccincKaii rpaMMaTiiKa Miixaii.ia.HoMOHocoBa, Cn6., 1755 : cf. p. 69, ôpôiuy ; p. 135, .iiimy, oûinny ; p. 145, aaMT. ; p. 146, c/uy. Les éditions suivantes ne comportent point de changements essentiels.
2. Cf. édit. de 1755, p. 97: « Mpea-b pasHoe cjiojKeiiie ct. npea.ioraMii no.iyiaiOT'b speMena 'lacTo noBbm aiiaMi'iioBaniii n ôojibuiyK) cii,iy, o MeMx. iiii;i:e noKasano Gyneri, » ; etibid., pp. 140-141 : « Mnorie npeA.ioni bt» npomeamiix-b H ôyaymnxTj coBepiuenHbix'b BpeMcuaxi^ HaK.ioHeiiiH Ha-bîiBiTTe.ibuaro 11 noBe.iii Te.ibuaro 11 btj iieoKoii'iaTeLHOM'b Heonpcj-fe.ieiinoMi. c.iyjKaT-b k-b npiiaaHiio ocoO.iiiBaro airavienoBaiiifl 11 cnjibi l'.iaro.ia.M'i. ne iimIikhhiimT) tofo ni» nacronme-M-b BpeMcmi iisinBiircibuaro... » (Suit l'indication du sens des préverbes.) Ces deux passages sont les seuls qui concernent les préverbes : nulle part il n'est dit que ceux-ci soient pour quelque chose dans la valeur de futur du présent perfectif.
3. Tous les systèmes de conjugaison appliqués au verbe russe jusqu'en
En Bohême, cependant, l'aspect avait été saisi dès longtemps par le grammairien tchèque Benedikt Vavrinec de Nudozer, dont la grammaire, parue à Prague en 1603, peut être considérée comme un chef-d'œuvre '. Celui-ci distinguait nettement l'imperfectit et le perfectif tout en les présentant comme étroitement unis et se complétant l'un l'autre. La ligne de séparation tracée entre les deux aspects était, au reste, purement morphologique : chacun d'eux représentait un thème différent, celui du présent d'une part, et celui du futur de l'autre ^ ; mais les conjugaisons de ces deux thèmes ne s'emmêlaient pas en une seule : exposées successivement, elles gardaient chacune une certaine individualité. Benedikt n'allait pas, à vrai dire, jusqu à reconnaître dans ce qu'il appelait themata les formes de deux verbes différents, mais il isolait suffisamment les formes imperfectives des perfectives pour que la structure du verbe tchèque en ressortît cohérente et claire. La distinction des perfectifs simples et des perfectifs composés était catégoriquement exprimée ' ; le rôle des préverbes était bien vu '^ ; le caractère imperfectible des itératifs était indi-
1820 ont été exposés et critiqués par Dobrovsky dans sa préface au Lebrgebaûde der russischen Sprache de Puchmayer (Prague, 1820), pp. ix-xli.
1. Gramuiaticae hohemicae ad leges natnralis ?iieihodi c on format ae et notis niwierisque illustratae ac distinctae libri duo. Auctore M. Laurentio Bcncdicto Nudoiierino, Pragae, 1603.
2. Cf. la grammaire de Benedikt de Nudozer, p. 53 : « Thema appello in conjugatione principium reliquorum temporum, unde ea formantur. Quia igitur a futuro, quod eamdem cum prx^senti terminationem in omni conjugatione habet, eadem tempora, qux e prcesenti descendant, tanquam secundarium thema illud constitue. A primano themate, videlicet prsesenti, ddivdni, sunt ddiual, ddimti, ddwage. A secundario, nempe futuro, ddm, sunt dal, deg, ddti, dage. »
3. Cf. ibid., p. 48 : « Futurum thema fit, quando prisons, unde futurum regulariter formetur, deest, ut dam, lehnu, klekriii... Sic prœsens cum certis préepositionibus compositum saepe thema futurum efficit, ut a praesenti themate choiudm fit futurum thema :(achowdin, prichou'dm, dochowdm..., etc. »
4. Cf. ihid., p. 48, passage cité : « Sic priesens cum certis praspositionibus compositum saspe thema futurum efficit..., etc. » Il est intéressant de remarquer que, plus loin, Benedikt fait allusion aux préverbes qui n'ont
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que'. Quant aux formes temporelles, le présent-futur était fortement opposé au présent proprement dit, le futur périphrastique au présent-futur \ Tout le système de l'aspect en un mot, tel que nous le comprenons aujourd'hui, était esquissé dans l'œuvre de Benedikt. C'est ce même système qu'ont reproduit dans la suite, et sans modifications profondes, Constantius, Rosa, Dolezal, Nejedly, Dobrovsky.
Nettement saisi en Bohême, dès le début du xvii^ siècle, par Benedikt, le mécanisme morphologique de l'aspect n'était qu'entrevu en Pologne, à la fin du xviii'' siècle, par Kopczynski '. Cet auteur, réagissant dans sa grammaire encombrée de latin contre les abus des latinistes, séparait l'un de l'autre perfectif et imperfectif confondus jusque-là en un verbe unique, « dla ulatwiénia dzieciôm lacinskich czasowan + » . Il indiquait l'existence de verbes simples perfectifs en face d'imperfectifs (zv:^iqc en face de hrac) et la transformation, par l'apposition d'un préverbe, de certains verbes simples imperfectifs en composés perfectifs (jiabra'c). Mais quels verbes simples étaient perfectifs par eux-mêmes, et quels verbes simples imperfectifs devenaient perfectifs par l'apposition d'un préverbe ? C'étaient là questions auxquelles Kopczynski suggérait une réponse plutôt qu'il ne la formulait catégoriquement : « Ekonomiiâ iezykâ ndszego i w tym sie wydâié, ze zé siowâ dokonânego robimy niedokonane, i wzdiemnié, przéz odmiane, uiecie, lub doddnie iédney tylko
d'autre utilité que de former un perfectif, sans prêter au verbe un sens nouveau, et qu'on appelle aujourd'hui pirverbes vides : « (Futurum fît)... additis particulis iv, po, vel pu, etc., si quae aliae ejus modi sunt, quae additae praesenti vini praepositionis non habere videntur. » (Jhid., p. 72.)
1. Cf. ibid., p. 48, suite du passage cité ci-dessus: « Excipc si tlicma est derivatum : tum enim praesens thema manet, ut priddwdm. »
2. Cf. //'/(/., p. 72 : « Futurum itaque fît primo descriptione syntactica ut pisi, psati biidii. »
3. Grannilyka dla S'Jcôt narodou'ych, \v Warszawie, 1778 (en un volume) et Grammatyka dla s-kôl narodoicych na Klassç I (1780), )ia Klassç. II {ijSo), na Klasse III (1783).
4. Grammatyka dla s:;Jwl narodoivych iia KLissc 11 (1780), p. 177.
L'yVSPECT DES VERBES CHEZ LES GRAMMAIRIENS RUSSES 3 5 I
litéry dlbo naywiecey sylâby (np. siowa dokondne : dAc, daiem; — niédokonane : dawac, dawaiem... etc. '). »
En dehors des pays slaves, le philologue allemand Johann Sevei'in Vater, professeur à l'université de Halle, était amené, par l'étude qu'il faisait alors du polonais et du russe, ci découvrir de son côté le système de l'aspect ^ et à en formuler les règles capitales dans son Lehrbnch dcr allgemeimn Graiiimatik '. Empruntant, à vrai dire, au polonais la plupart de ses exemples, mais citant aussi parallèlement quelques formes russes, lui-même prévoyait combien ses idées devaient paraître audacieuses, et, dans la préface, il croyait devoir aviser ses