PÈRE CAPUCIN BENOIT DE CANFELD
Le Père capucin Benoist de Canfield, plus communément appelé Benoît de Canfeld^ né en 1563, mort vers 16 10, était anglais, et puritain de naissance. Converti au catholicisme d'une façon merveilleuse, qu'il a narrée lui-même, il vint, en 1586, se faire fransciscain au couvent de Meudon et passa presque tout le reste de sa vie en France. Il a eu, dans la renaissance catholique de la fin du xvi'' siècle et du commencement du xvii^, un rôle assez notable que j'expose ailleurs. Ici, c'est seulement d'un de ses ouvrages, le Chevalier Chrcstien, paru en 1609 ', que je voudrais montrer la singularité^ et, à un certain point de vue, l'intérêt littéraire.
C'est un livre de propagande catéchétique, comme il y en eut tant alors. Le Père Benoît, qui était un prédicateur des plus zélés, prétend mettre dans son Chevalier Chrcstien toute la doctrine de l'Eglise : « dans la première partie, les Mystères et autres choses qui concernent la foi ; — dans la deuxième, toutes les vertus et vices, tout ce qui appartient à l'instruction des mœurs. » Et il s'adresse à toute sorte de personnes : « aux mondains et desbauchez » comme à ceux qui sont nou-
I. Bibl. Nat. D, 6882; Invent. D, 20775; i vol. in-12, couvert de parchemin, 620 pp., plus, au commencement : Dédicace au Roy, Avis au Lee teur, Approhationes âocionim, Liccntia R. P. Leonardi. O. F. M. C.(23 juin 1608); extr. du Privilège (24 déc. 1609), achevé d'imprimer (28 juillet 1609) ; — et à la fin : Table des matières et Table des Chapitres, et Fautes eschapées en l'impression. » Manque le titre gravé.
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vellement convertis, » à ceux qui sont avancés, comme à ceux qui débutent dans la vie spirituelle, à ceux « qui n'ont pas
estudié comme à ceux qui sont lettres. » Mais pour se taire lire (son livre a six cent vingt pages bien pleines), pour « chasser l'ennui d'un long discours par une agréable variété et inu-
sitée manière d'un mystic parler», le P. Benoît s'avisa d'exposer « le tout par voie de métaphore ».
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iJtLammes coupées.
& diutféei far droict pojîtifiiydiuin.
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fObferuance. t^Recc^n 0 iJJ'an^te.
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y-,Liber,tlité.
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""■, Ingratitude, bbj^dulut loji cr, ConleriliOfi.
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Remembres. I mm,Conrur»elie.] ce.
II Larcin. j tin, DetraiTion hh,iiapine. | o„, Sufurration.
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^ tt, CommifSion i au mal.
ObmtfstoK I ' bitn. t I
« Métaphore » dans le thème général, d'abord. « Un jeune homme payen, désireux de voir le monde », a entrepris un voyage, et, « après un long chemin, » tinit par « s'approcher
ALFRED REBELLIAU
d'un plantureux royaume». « Sur la lizière, il descouvre un beau chasteau eslevé et superbement assis sur un beau rocher, duquel sort un brave Chevalier, bien monté et armé de toutes pièces, » plus resplendissant, en son équipage, « que ny l'or luisant, ny les perles et pierres brillantes, ny les estincelantes
Amélie.
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fible.
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(c) Cognnjfunfe & ihge- Ment.
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( h } Médita, tion
fi) i^îfemance en Die:f, {k^)Varepe.
(IjEnnie.
étoiles. » Il lui parle. « Non moins affable que vaillant », le Chevalier respond aux questions du voyageur « sur son pays, sa lignée et ses armes». Son pays, c'est Christianisme. Lui, il est l'Esprit humain, « fils d'un grand Roy appelé Jesus-Christ et d'une Royne fort noble, son espouse, appelée Eglise Catholique». « Ses armes et équipages, sont les mœurs et vertus du Chevalier Chrestien ».
C'est surtout dans la seconde partie (p. 203 à la fin), laquelle traite de ce dernier sujet, que « la voie de métaphore » est suivie par Benoît de Canfeld et avec une continuité éton-
namment « variée ». Il a, nous dit-il, écrit son livre durant une captivité de trois ans subie en Angleterre. Il y paraît. C'est le jeu de patience consolateur d'un Imaginatif en prison.
Les « similitudes militaires » ne sont pas les seules qu'il entasse. Les vices, qui sont des « ennemis », sont aussi des maladies : Orgueil, « fièvre pestilentielle » ; Courroux, « fièvre chaude » ; Inconstance, « fièvre tierce » ; Avarice, « fièvre con
{a.)\rte'.tgiofitè.
h ) TcMftr
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[à) Sacrilège.
(e) Simonie.
f,,f) Snige.
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g) Venfèes ex-
trauaganiis.
h,h)Brclchcs) Djuerttff'efnêi
(i]yanité.
(k) Prétexte de bien.
tinue ». Les prêtres, qui, dans le combat dévot, sont « commissaires de guerre spirituelle », sont aussi médecins experts à soigner les maladies susdites, « pour ce qu'ils ont, dans les Livres sacrés, les Ordonnances et Recipe de leur Maître, et la pratique qu'il suivait» en sa vie terrestre. C'est ainsi qu'ils connaissent une « médecine », entendez une potion purgative, — «très souveraine» : la Pénitence. Seulement, les troupiers chrétiens sont souvent empêchés d'avaler, comme il faut, jusqu'au bout, le breuvage amer: souvent une méchante femme nommée Sensualité, échappée du camp ennemi, du Régiment de la Chair, « leur ôte le hanap de la bouche, » ou bien en corrompt les ingrédients essentiels, « faisant que ny la Con-
ALFRED REBELLIAU
trition soit parfaite, ni la Satisfaction totale... » Mais alors, gare au « Sergent du Grand Roy, » — la Mort, — qui saisit ces malades récalcitrants.
Les «figures d'armes », conformément au titre, dominent. Militia est vita hominis super terrant : le P. Benoît se pique de montrer la rigoureuse exactitude de cette comparaison du
(aj Dtuotit».
{b}¥erueur. {c]OraifonDomi' r.icalle.
(d) B')ntédeDieu.
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(m) ^Ifir action.
saint homme Job. Il a la Somme de Saint Thomas sous les yeux, et sur toutes les vertus que l'Ange de l'Ecole a étudiées, il met, il « applique » des « pièces de l'armement défensif ou offensif du chevalier d'antan. Non pas seulement, qu'on l'entende bien, d'une façon générale, comme qui comparerait la « Charité » à la cuirasse épaisse, ou la Foy qui éclaire à la « luisante épée ». Non. Il s'impose d'employer, sans en omettre aucune, « toutes les questions » du traité de saint Thomas, jusqu'aux plus « particuliers articles ». Il suit le grand théologien dans toutes ses définitions, distinctions, divisions, subdivisions, questions et objections. Pour chacune, il
LE CHEVALTFR CHRESTIEN
s'ingénie, et il réussit, à trouver une « petite pièce d'armes » qui la figure. Ce n'était pas sans doute chose facile. Et le P. Benoît, pour enrichir son arsenal, commence par y faire entrer « le fourniment et enharnachement du cheval », Aussi
(3)L'Oiaifon. t {b]Oraifon. *
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bien le Cheval a-t-il été, dès l'antiquité, un symbole : « animal superbe, libidineux, qui donne des ruades », Platon, déjà, représentait en lui la nature passionnée. Le Père de Canfeld y voit le Corps humain que l'on dompte. On l'investit du Caparaçon de Discipline; on lui impose la Selle de Mortification, serrée des trois Sangles d'Abnégation — temporelle, corporelle, spirituelle — fabriquées d'un Chanvre fort amer et
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fort efficace, qui s'appelle la Haine de Soi-même. Chacune de ces sangles est tissée de plusieurs fils, dont chacun est un Renoncement à quelque volupté illicite ou même à quelque satisfaction permise. (Sept fils pour la première, dix pour la seconde, douze pour la troisième.) Chaque fil a son nom moral. Et ce n'est pas tout. Car « comment faut-il serrer ces sangles? » « Par le moyen de petits trous percés à leur bout, et qui sont les actes internes. » — Et si elles cassent ? — C'est qu'elles sont « d'un chanvre trompeur, qui a la même couleur que le chanvre d'Abnégation et qui n'est, pourtant, que le chanvre de Propre recherche, » dont la Racine est l'Amour de Soimême, et les Feuilles, les Sept Péchés capitaux. Et quelle est, à présent, la Graine de ces branches ? demande le jeune paien, inexorablement curieux. On le lui dit, et ainsi de suite. Mais passons sur les Etriers de Courage et Constance, et sur les « Estrivières, » et sur la Bride et ses appartenances, et sur les Fers et sur l'Ecurie, pour arriver à l'équipement du Chevalier lui-même.
Attention ! nous dit ici (p. 269-270) le bon père Benoît. « En ces huit ou neuf chapitres suivants, presque chaque mot a son poix ; chaque petite pièce d'armes a une grande application, et beaucoup de substance est enclose en peu de paroles ».
Que la cuirasse symbolise la Foy et la Charité, c'est une métaphore courante. « Induti Jorica fidei et charitate, » dit l'Apôtre (Thess. 3). Mais le P. Benoît pousse plus loin son exégèse. « Cette cuirasse a deux pièces, l'une en avant, l'autre en arrière, qui sont les deux parties de Charité, à savoir l'Amour de Dieu et du prochain », le premier mis par devant, comme de juste. Et ces deux pièces sont assemblées : 1° par deux Boucles sur les épaules qui sont les deux Préceptes évangéliques, desquels, comme dit saint Mathieu, toîa Lex pendet et Prophetae; 2° par deux boucles entre les aisselles et la ceinture, qui sont Dilection et Bienveillance. Et « quelle est la crête du devant de votre cuirasse ?» — « Elle se nomme Sapience, car, comme un fil pénétrant, elle perce les choses profondes
de Dieu, sans que les coups de lance et d'arquebuze fassent autre chose que glisser dessus. » — Mais la lamme ou basque de la cuirasse ne signifierait-elle pas quelque chose ? Oui : « la Miséricorde, » qui part et sort de la charité par en bas, attendu que « nonobstant que la Charité ait son objet en haut qui est Dieu, toutefois elle fait sortir ses effets en bas par la Miséricorde du prochain. » Et à cette basque sont attachés par devant les cuissarts dont les sept pièces sont, tout juste, les sept Œuvres de miséricorde, et par derrière « la culotte de Correction fraternelle, » Culotte postérieure, car n'est-il pas évident que, si « les nécessités du prochain doivent être toujours devant nos yeux, ses fautes doivent être cachées derrière nous ?... »
Le Hausse-Col, qui est Justice, ne s'explique pas moins ingénieusement, et aussi le Casque ou Salade de Salut, dont « le pot, à cause de sa rotondité, est le Ciel Empyrée, » dont la bavière(ou partie qui couvre les joues) est « Vergongne ». Le père Benoît n'oublie pas de figurer pour chaque vertu, les vices contraires, de même façon. « L'ennemi combat le casque du Chevalier chrestien, soit en jettant, par la grille, de la Poussière de Vanité, soit en taschant de rompre la visière de Clémence par Balles de Hardiesse, soit en tirant contre le baveron de Mansuétude les flèches ardentes de Courroux enflammé ». Il n'est pas jusqu'au Panache que la subtilité féconde de Canfeld ne dépèce plume à plume. Les menus brins qui retombent, sont « les fréquents Actes d'amour sortant de la méditation fervente en façon d'estincelles » ; les plumes « plus douillettes » sont les Joies spirituelles : « encore sont-elles frisées.... comme la chevelure de l'époux céleste », dans ce Cantique des Cantiques, dont notre capucin mystique est tout plein : « comae capitis mei plenae sunt rore, cincinni met guttis noctium, dit le Bien-Aimé ; ma perruque est pleine des gouttes delà nuit, gouttes de la béatitude, qui descendent d'en haut comme en cachette ».
Ce mysticisme, dont l'amoureuse poésie ne perd rien à
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passer par la prose balbutiante et gentille du Capucin (que l'on peut mieux encore savourer dans la Règle de Perfection du même auteur), colore d'une théologie pittoresque la partie de son allégorie où il décrit le Château de la Religion chrétienne.
Il s'attarde surtout à décrire la haute Tour carrée qui le surmonte : la Tour d'Oraison. On y entre par le pont-levis de Vacation, entendez de retraite, « duquel il est dit : Vacate et videte quoniam ego siim Deiis, cessez vos affaires et voyez que je suis Dieu ». Seulement ce pont-levis est bien souvent fermé par des chaînes de fer, les Occupations. Est-il toujours nécessaire de les faire lever pour entrer? Non. « Le portier, qui se nomme Attention, » peut vous introduire s'il vous est ami », en côté, par « la petite planche de Bonne pensée ». Il est vrai que ce portier, — Attention, — ne vient pas toujours quand on l'appelle. « Ceux qui se présentent rarement à la Tour, il les laisse longtemps à la porte de Recollection, que l'huis de Distraction ferme; il les y laisse « attediez», se morfondre, « quand la ferveur du Soleil de Justice ne donne par sur eux. » Et cette sévérité n'est pas « mal gracieuse ». Car, sans doute, il ne manque pas de curieux qui « prendraient grand plaisir de visiter le Roy en cette Tour » à cause des « délices, banquets, musiques et doux repos qu'ils y trouveraient». Mais cette friandise des jouissances mystiques n'est pas une « vraie amitié». Quant aux vrais et sérieux amis, une fois traversée la cour de Composition extérieure, ils entrent dans la salle basse d'Oraison vocale. Là sont servies et les viandes des Mystères et la boisson de la Doctrine, sur la table de Pauvreté d'affection, préalablement lavée de toute Passion « terrienne » et brossée de toute Poussière mondaine. Puis ils montent en l'Oraison mentale ou Méditation, « belle et spacieuse chambre, eslevée de terre, tapissée d'un bleu céleste, où ils vont s'esjoyr et banqueter». Ils y entendront la musique des Anges, frappant en harmonie, avec l'Archet de Suave touche, les âmes nouvellement converties, les-
quelles sont de vrais Tambourins, parce que la mortification «a escorché leur peau et l'a séchéeet tendue... » Ils savoureront, là aussi, d'excellents consommés, d'exquises gelées dont le P. Benoît donne la recette : « Les viandes de l'étage inférieur, bouillies au feu d'Affection sont ici passées au tamis de Considération ; la boisson nectaréenne consiste en la Quintessance de Doctrine distillée par l'Alambicq d'Entendement».
Nous laisserons le Père Benoît dans ce pays de Cocagne séraphique. Non pourtant sans nous être posé deux questions dont la première est malaisée à résoudre: est-ce que le pieux moine avait raison d'espérer que ce trésor de subtiles ou bizarres métaphores servirait vraiment au profit des âmes ? Car il l'espère. Il donne même le conseil, si l'on ne peut pas retenir toutes les comparaisons des Vertus ou des Vices avec « tant de petites pièces d'armes », de retenir au moins les « principales, » comme « des deux Lambiers à la Prudence et à la Simplicité et des deux Boucles de la Cuirasse aux deux espèces de Justice distributive et commutative » ! Et sans doute, c'est lui qui a composé aussi les vignettes dont sa prose est accompagnée et dont je reproduis ici les plus typiques. Cet étrange manuel a-t-il eu des lecteurs ? Il ne semble pas avoir eu en français au moins (Catalogue de la Bibliothèque nationale) plus d'une édition ; mais un biographe nous assure qu' « il contribua k la convertion de M. Thayer, ministre protestant ». Chacun prend son bien où il le trouve.
...Et ce que je me demande encore, c'est dans quelle mesure l'auteur de cette Somme en allégorie put s'inspirer de compositions analogues antérieures. — Il trouvait dans la vieille littérature chrétienne des modèles, par exemple la Psychomachie de Prudence qui, nous dit son meilleur historien, M. Puech, fut très lue dès l'âge carolingien (Puech, Prudence p. 254 et suiv.) et resta sans doute un livre favori des monastères. Mais un autre livre de philosophie chrétienne, assezrécentcelui-là(i5i8), a pu aussi suggérera Canfeld l'idée maîtresse, au moins, de sa compilation : VEnchiridion militis
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Christiani, le manuel du soldat chrétien d'Erasme, lequel débute par cette parole de Job que j'ai rappelée plus haut : « Il n'y a pas de paix avec l'impiété; il faut que nous soyons, à l'égard des vices, dans un état de perpétuels belligérants. Annamus corpitsculuiu hoc, ne timeamiis sicam latronis ; nous armons notre misérable corps contre le poignard du brigand ; non armabimus mentent ? N'armerons-nous pas notre âme ? » Or quelles armes conviennent au Soldat chrétien, Erasme se propose de l'enseigner : de armatura christiana speciatim suo loco dicetur. Toutefois cet équipement du soldat chrétien, c'est par des considérations morales et abstraites qu'il le décrit, et non par des similitudes cherchées dans les objets réels de l'armement contemporain...
Est-ce donc des ouvrages profanes de pure littérature, que le Manuel mystique de notre capucin procède ? Par exemple du Roman de la Rose ou des imitations nombreuses qu'il provoqua ? Admettons que l'œuvre de Guillaume de Lorris et Jean de Meung ne soit pas pour grand' chose dans le Chevalier du P. Benoît: n'a-t-il pas lu du moins Beaudouin de Condé, Rutebeuf, l'auteur anonyme de la Foie du Paradis, Guillaume Le Clerc et Guillaume de Digulleville, Huon de Méri et Raoul de Houdan, et que leur peut-il devoir? Plusieurs étaient anglo-normands, parmi ces auteurs de personnifications et d'allégories groupées autour d'un thème de Combat mystique ou moral, ou d'un Pèlerinage laborieux de l'Ame (voir le Manuel de Gaston Paris, 2^ édition, pages 17e, 177, 251, 253). Que les emprunts faits à la littérature médiévale par les gens du xvi"^ et xvii'' siècle aient été beaucoup plus nombreux qu'on ne le dit dans les histoires de notre littérature moderne, je l'ai toujours pensé et j'ai souvent regretté qu'un romaniste-humaniste ne recherchât point ces emprunts plus ou moins conscients ou dissimulés. Au temps où Brunetière mettait entre la pensée française avant et après la Renaissance un tel abîme et une telle différence de niveau, il y aurait eu quelque élégance à déceler ces héritages, en
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réponse aux dédains exclusifs du grand critique... C'eût été, du reste, en même temps un hommage à ses vues, sinon sur l'évolution des genres^ au moins sur la continuité renouvelée des formes d'expression littéraire. Nulle forme, dit avec raison M. Puech, n'a eu la vie plus dure que l'Allégorie.
Alfred Rébelliau.