‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 230 sur 320 · ET DE SES IMITATEURS JUSQU'AU XVP SIÈCLE · texte numérisé non relu

ET DE SES IMITATEURS JUSQU'AU XVP SIÈCLE

C'est un lieu commun de notre histoire littéraire de dire que les poésies de Charles d'Orléans, composées pour le cercle très fermé de Blois, tombèrent immédiatement dans un oubli profond. L'un des historiens de notre poète a pu écrire: « Jamais l'idée ne lui vint de répandre ses vers, d'en tirer des copies. » Ainsi Charles, pour son plaisir désintéressé et mystérieux, aurait écrit ses poésies '. C'est là un point de V ue que les documents, les nombreux manuscrits des œuvres du poète, l'étude des recueils collectifs, la connaissance des premiers imprimés contredisent formellement. Sans doute l'aspect du grand seigneur amateur en devient moins plaisant, moins chimérique : mais il faut reconnaître que Charles d'Orléans nous apparaît plutôt comme une façon d'homme de lettres dont le talent était apprécié de tous ses contemporains. Son œuvre eut la fortune de presque un siècle de vogue et d'imitation. Ce succès tomba seulement dans la seconde partie du XVI* siècle sous l'influence italienne, sous l'inspiration antique qui triomphèrent en France avec la Pléiade. Colletet ne mentionnera pas Charles d'Orléans parmi les poètes français. Et quand, le 24 janvier 1734, l'abbé Salier, bibliothécaire des manuscrits du Roi, lira à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres quelques fragments du poète, il est juste de dire que l'œuvre du charmant rimeur était tombée dans l'oubh le plus profond.

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