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de la scythiquc^ puisqu'à l'égard de l'inflexion elle avait rapport à celle des Turcs qui constamment passaient pour Scythes étant originaires duTurkestan et delà Transoxiane». Ce passage prouve qu'il n'était pas très difficile à un savant français d'entrer en rapport direct avec quelques Hongrois. En effet, sous Louis XIV plusieurs officiers magyars prirent du service en France où ils organisèrent les premiers régiments de hussards. D'autre part, les nombreuses ambassades et missions qui se rendaient en Hongrie, principalement à la Cour des princes de Transylvanie, contribuèrent également à distinguer la langue magyare des idiomes germaniques. Louis XIV, dans ses instructions, recommande toujours à ses agents diplomatiques de le renseigner exactement « de l'état des cours et des pays où ils auront servi, des cérémonies qui s'y observent soit dans les entrées, soit dans les audiences ou dans tout autre rencontre, du génie et des inclinations des Princes et de leurs ministres, et enfin de tout ce qui peut donner une connaissance particulière des lieux où ils auront été employés et des personnes avec lesquelles ils auront négocié ' ». C'est dans le rapport d'un agent diplomatique que nous trouvons un passage qui prouve que ces plénipotentiaires s'intéressaient quelquefois à la langue que l'on parlait autour d'eux. « La langue hongroise, dit cette Relation, a une chose singulière qui est qu'elle ne dérive d'aucune autre langue et ne forme aucun idiome. Elle a néanmoins toutes les qualités d'une belle langue, puisqu'elle est abondante et facile, ses expressions sont concises et sa prononciation est douce et naturelle. Les Hongrois se vantent de descendre directement des Scythes ^ ;
1 , Mémoire pour servir d'instruction au Sieur Du Vernay Boucault s'en allant pour le service du Roi en Transilvanic. Du 2 janvier 1681. Archives des Affaires étrangères. Hongrie, t. III, fol. 394 et suiv.
2. Ce fut l'opinion courante jusque vers la fin du xviiie siècle. Lorsque Sajnovics, dans son ouvrage : Demonstratio idioma Vngarorttni et Lapponinn idem esse (Copenhague, 1770 et Tyrnavie, 1772) démontra la- parenté des Hongrois avec les Finnois, plusieurs écrivains protestèrent avec indignation. Voy. sur l'ouvrage de Sajnovics, yoz/rz/^// des Savtiiils, 1772, p. 268-272. Le
je ne veux approuver, ni réfuter cette opinion, je dirai seulement qu'ils tiennent beaucoup des mœurs et des manières de ces anciens peuples; ils ont comme eux un habillement tout guerrier et qui n'a rien de superflu puisqu'ils ne portent pendant riiiver qu'un petit manteau fourré fort étroit et si court qu'il ne couvre pas les cuisses '. »
Les rapports politiques ayant cessé avec la défaite de François Rakôczi II, la France se désintéressa de plus en plus des choses de Hongrie. Pour les écrivains du xviii" siècle, il n'existe qu'une Autriche unifiée où l'on parle une seule langue: l'allemand. Si Voltaire entre en correspondance avec le comte Fekete, il ne voit en lui que le soldat et le haut dignitaire de Marie-Thérèse, toujours dénommée « reine de Hongrie ».
La littérature était tout aussi ignorée que la langue. Le Journal des Savants annonçait bien les travaux de Czwittinger (^Spécimen Hungariae liîcratae, 171 1) et de Rotarides (Historiae Hungariae litenviae lineanienta, 1745) qui, les premiers, firent connaître les noms des écrivains magyars; quelques érudits feuilletaient, sans doute, les ouvrages de Horanyi ÇMemoria Hiingarormn et ProvinciaUmn scriptis editis notoriim, 1775 et Nova Memoria, 1792), de Wallaszky (Conspectiis reipublicae literariae, 1785), mais on peut dire qu'en général, on n'avait que des notions très vagues sur la langue et la littérature hongroises. Les guerres de la Révolution mirent de nouveau en contact la France et la Hongrie. Napoléon lui-même était bien renseigné par ses agents sur l'état d'esprit qui régnait dans le pays^ et la proclamation qu'il lança de Schoenbrunn en 1809,
critique français dit que ce Mémoire est « un des plus curieux qui ait paru depuis longtemps ».
1. Relation del'état où se trouvaient les affaires desMéccntentsde Hongrie lorsque M. des Alleurs est arrivé auprès du prince Râkoczi... avec une description du pays et des mœurs des habitants. Archives des Affaires étrangères. Hongrie, t. XII (1705-1707), fol. 97.
2. Voy. ces rapports, notamment ceux de Lacuée et Lezay, aux Archives natio7iales AFiv 1638, 1675- 1677 ; cf. tome 384 du fonds Autriche aux Affaires étrangères.
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montre clairement qu'il connaissait les anciens griefs des Hongrois contre les Habsbourg. C'est à la suite de cette proclamation qu'un écrivain hongrois vint s'établir à Paris et c'est à lui que nous devons la série d'articles que le Mercure étranger publia en 1813 et que nous pouvons considérer comme la première étude très documentée et très sérieuse sur la langue et la littérature hongroises.
Cet écrivain se nommait Jean Bacsânyi ' (1763-1845). Il se distingua de bonne heure par un livre sur la Bravoure des Hongrois illiisirêe par des exemples des temps anciens (1785) et fonda à Cassovie (Kassa), en 1788, une revue, Xq Musée Hongrois qui contribua beaucoup à éveiller l'esprit public, à stimuler les écrivains et à défendre la cause de la langue et de la nationalité. Le souffle révolutionnaire qui s'était manifesté en Hongrie vers la fin du règne de Joseph II, se faisait sentir fortement à Cassovie, centre littéraire et politique de la Haute-Hongrie. Le cercle littéraire dont Bacsânyi, Barôti Szabô et Kazinczy étaient les chefs, était imbu d'idées égalitaires. A la nouvelle de la prise de la Bastille, Bacsânyi fit paraître ces quatrains dans sa revue :
Nations et pays ! Vous qui gémissez dans un hideux cachot et dans les chaînes affreuses de la servitude ; vous qui n'avez pas pu jusqu'ici secouer le joug de fer qui vous tient enfermés comme dans un cercueil — Et vous aussi, tourmcnteurs jurés de vos fidèles paysans, dont le sang est réclamé par la nature, venez, et si vous voulez voir le sort que l'avenir vous réserve, regardez avec attention du côté de Paris !
La Censure très tolérante sous Joseph II avait laissé passer ces strophes, mais après 1792, les écrivains étant surveillés de près, il se trouva des âmes assez viles pour dénoncer leur auteur. Bacsânyi fut bientôt destitué et dut quitter Cassovie. Il