‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 265 sur 320 · En hongrois. Budapest · texte numérisé non relu

En hongrois. Budapest

Washington et de Bolivar et jusqu'aux dernières limites du Nouveau Monde.

Et dans une note^ Bacsanyi renvoie au Mercure étranger. Cette revue qui a paru de 1813 à 18 lé en quatre volumes, peut être considérée comme une suite au Journal étranger et à la Bibliothèque Germanique qui, au xviir siècle, ont tant contribué à faire connaître le mouvement littéraire dans les différents pays de l'Europe. Le Mercure étranger ou Annales de la littérature étrangère rédigé par Langlès, Ginguené et Amaury-Duval, membres de l'Institut, Vanderbourg, Sevelinges, Durdent, Catteau-Calleville et autres hommes de lettres, tant français qu'étrangers, pouvait, grâce à Bacsanyi, s'occuper de littérature hongroise. Il l'annonçait à ses lecteurs dès le tome I (p. 104) dans les termes suivants:

Pour mieux atteindre le but que nous nous sommes proposé dans notre entreprise, nous ferons entrer dans le Mercure étranger la Littérature hongroise. C'est une mine inconnue, mais très riche à exploiter. Les écrivains tant Français qu'étrangers se sont peu occupés jusqu'à présent delalangue et de la littérature des Hongrois. On ne peut attribuer cette indifférence pour une nation aussi intéressante qu'à l'ignorance presque générale où l'on est de sa langue, très peu répandue en Europe : de là ce silence profond que les écrivains français et autres ont gardé depuis environ cinquante ans sur un pays digue d'être mieux connu. Cependant la nation hongroise appartient àla grande famille européenne ; elle a des hommes savants et distingués dans la littérature : la poésie est cultivée chez elle avec beaucoup de succès ; sa langue est riche et harmonieuse, et parmi toutes les langues européennes elle seule a l'avantage d'avoir une prosodie semblable à celle du grec et du latin.

Dans le numéro prochain de notre Mercure, nous développerons le génie de cette langue, et nous tâcherons d'inspirer de l'intérêt pour une littérature dont les productions seront offertes pour la première fois à la curiosité et à l'examen des lecteurs français.

Le travail de Bacsanyi se divise en quatre parties \ Dans

I. T. I, p. 174 (Notions préliminaires sur l'origine, la langue et la littérature des Hongrois); p. 218 (Suite des observations sur la langue et la lit-

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la première, il parle de l'origine des Hongrois, jette un coup d'œil sur leur histoire et mentionne les plus anciens ouvrages parus en Hongrie. Il se plaint de l'ignorance et du mauvais vouloir de certains écrivains français qui « mal instruits, ou guidés souvent par des intérêts opposés, confondent les Hongrois, tantôt avec les Allemands tantôt avec les Esclavons ', et font partager cette erreur à une grande partie de l'Europe, au préjudice de cette nation qui, depuis plus de neuf siècles, appartient à la grande famille européenne, et qui, sous tant de rapports, est digne d'être mieux connue pour être mieux appréciée». Bacsânyi ajoute cette remarque très juste : «Aussi longtemps que la France et l'Allemagne ont regardé la Hongrie comme le boulevard de la Chrétienté, elles se sont inté-

térature des Hongrois); p. 355 (Examen de plusieurs poèmes hongrois et traduction de quelques fragments de ces poèmes) ; t. II, p. 52 (Suite des observations sur la littérature hongroise). — Le nom de Charles de Bèrony qui figure en bas de ces articles est probablement le nom de celui qui les a revus au point de vue de la langue, ou un pseudonyme. Aucun écrivain français ne pouvait citer alors des poésies hongroises et les corriger exactement ; aucun n'avait les connaissances intimes de la vie littéraire magyare que trahissent ces articles. Bacsânyi avait recours à ce pseudonyme pour dépister les espions autrichiens, puis, il lui était plus facile de parler de ses propres œuvres et de justifier ainsi la libéralité de Napoléon. Le fait seul que Kazinczy avec lequel il s'était brouillé dans sa jeunesse à Cassovie et qui en 181 5, était à la tête du mouvement littéraire, n'est pas mentionné une seule fois dans ces articles, prouve suffisamment qu'ils émanent entièrement de Bacsânyi. Le nom de Bêiony ne figure pas dans le catalogue de la Bibliothèque nationale : il ne faut pas l'identifier avec Nicolas Beronie (1742- 18 20) auteur du Dictionnaire du Bas-Limousin, paru à Tulle en 1824. I. Nous dirions aujourd'hui: les Slaves. — Dans une note, Bacsânyi dirige une charge à fond contre les écrivains autrichiens qui représentent sous un faux jour tout ce qui est à l'avantage des Hongrois. Les écrivains étrangers, dit-il, égarés par l'opinion des Autrichiens ne font ordinairement que répéter leurs assertions absurdes, comme entre autres, Vosgien dans son Dictionnaire de Géographie, et Depping dans son Nouveau Ma>iuel de Géographie, à Vusage des maîtres et des élèves. Bacsânyi démontre les nombreuses bévues de ce dernier, lui recommande la Statistique du Royaume de Hongrie de Schwartner et l'engage à corriger les fautes graves, afin de donner aux maîtres et aux élèves les notions justes qu'ils cherchent à puiser dans son Nouveau Manuel de Géographie .

ressées à toutes les guerres et à tous les événements politiques de ce pays; mais peu h peu elles le perdirent de vue, et finirent par le regarder comme une province de l'Autriche. Depuis environ cinquante ans, les écrivains français n'en ont fait aucune mention excepté Sacy, dans son Histoire générale de Hongrie '. » Pourtant le droit que ce pays s'est acquis à la reconnaissance des nations chrétiennes suffirait seul pour les engager à s'intéresser à son existence politique, à son accroissement, comme à sa décadence. Ne sont-ce point les Hongrois qui ont servi de barrière contre les Turcs et les Tartares, et les ont empêchés d'envahir la plus belle partie de l'Europe?

A ces notions historiques, Bacsânyi ajoute aussi quelques notions sur la langue. N'étant pas très versé en linguistique, il se contente de comparer une liste de mots hongrois avec le lapon et le finnois d'un côté, avec l'hébreu de l'autre et dit que cette étude comparée serait un objet digne des recherches des savants dont les efforts réunis ne manqueraient pas de jeter une nouvelle lumière sur l'histoire des peuples. Ensuite il initie ses lecteurs à la prononciation du hongrois et passe rapidement en revue les œuvres littéraire? les plus anciennes. Il entre dans plus de détails quand il parle du renouveau littéraire de la fin du xviii^ siècle. Il cite même le texte hongrois d'une vingtaine de vers des traductions de Virgile par David Barôti Szabô (1739-1819), de TOde aux Romains traduite du grec par Rajnis (1741-1812) et quelques vers d'une traduction inédite de la Henriade de Voltaire ^

Le y article est consacré au grand philologue Nicolas Rêvai (1749-1807) qui a écrit et traduit des Élégies, à Benoît Virâg (1752-1830) surnommé l'Horace hongrois et à Bacsânyi

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