‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 301 sur 320 · HISTOIRE DUN CHANSONNIER PROVENÇAL · texte numérisé non relu

HISTOIRE DUN CHANSONNIER PROVENÇAL

on le sait, un des traits caractéristiques du catalan, qui atteint, il est vrai, quelques cantons méridionaux des départements de l'Ariège et de l'Aude '. Ce catalanisme doit être propre au scribe, auquel je n'hésite pas à assigner une origine catalane ; il y en aurait beaucoup d'autres, sans doute, si l'original qu'il reproduisait avait été, d'un bout à l'autre, exécuté en Catalogne.

Une annotation marginale dont on n'a pas encore relevé l'importance, nous donne sur les destinées ultérieures de notre manuscrit une indication intéressante : nous lisons, à gauche du folio 281 v°, d'une écriture qui paraît être du commencement du xv^ siècle, les mots : en lo soo deii plant deu Rey juen da?igl[et]circ ^ . Cette note est doublement intéressante : elle nous apprend d'abord qu'il y avait encore dans le Midi de la France, à cette époque tardive, quelqu'un qui s'intéressait à la musique des troubadours, et avait sur elle des renseignements que nous ne possédons plus; par elle aussi nous apprenons que Peire Cardinal avait essayé de lier la fortune d'un de ses plus virulents sirventés à celle d'un planh très populaire de Bertran de Born K

Ces mots portent, comme on le voit, tous les caractères du dialecte béarnais. Il était tout naturel d'en conclure que notre

l'ancien provençal, dont les auteurs empruntaient leurs textes ou leurs exemples aux publications de Raynouard ; c'est en effet notre manuscrit que Raynouard a reproduit de préférence, et d'après lui qu'il a uniformisé la graphie des autres.

1. J. Anghde, Le patois de Lé^ignan, dans Revue des langues romanes, XL, 329.

2. En face du sirventés de Peire Cardinal : Aissi qiion boni pLuih son filh 0 son paire.

3. La mélodie du planh de B. de Born (Mon chan Jetiisc ah doîeab maltraire, i^e éd. Stimming, no 26 ; éd. Thomas, n" 6) étant perdue (Restori, Per lastorid musicale dei trovatori, p. 92), de même que celle du sirventés de Cardinal, nous ne pouvons contrôler directement l'exactitude du renseignement fourni par l'annotateur, mais l'identité du mètre et des rimes prouve presque sûrement qu'il est exact; rien ne nous permet non plus de savoir où il avait été puisé . Je n'ose me risquer à penser que les deux pièces étaient encore exécutées à cette époque avec leurs mélodies originales.

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