LE TRAITÉ DE LA SAIGNEE DE JEHAN LE LIEVRE I
le fait du nombre de la declairaciûn des vaynes qui sont assires sur le corps de la personne.
Cy après s'ensuit le nombre de la declairacion des vaynes qui sont sur le corps de la personne et ont elles gisent et pour quelle maladie prouffite la saignée de chacune vayne, comme dit et enseigne maistre Jehan Le Lièvre, très excellent maistre et docteur en médecine.
Et premièrement dit que au fronc en a une. Item es temples en a deux. Item es angles des yeulx en y a deux. Item au bout du nez en y a une. Item en la bouche en y a vj, c'est assavoir es gencivez iiij et dessoubz la langue en y a une et entre les levrez et le menton en a une. Item au col en a ij. Item en chacun bras en a quatre. Item en chacune main en y a deux et aucuns y en mectent trois. Item es costez en y a deux. Item en plat des cuisses en y a deux. Item en chacun pié y en y a iij etc. Somme que il y a sur le corps de la personne xlj vaynes '.
Cy s'ensuyvent les vaynes qui sont au corps de la personne plus acoustumees à saigner et pour quelle maladie proulfite la saignée de chacune vayne.
Et premièrement la saignée delà vayne du chict vault peur ancienne maladie du chief, pour reume et le mal des yeulx et aussi pour mémoire du cerveil alegier. La vayne des temples saigne l'on pour les yeulx qui pleurent et pour le mal des dens et aussi pour goûte. Les deux vaynes qui sont der-
I. D'après des Questions pour cxdiiiiiwr uiig barbier datant du xv^ sitclc et dont K. Sudhoff a publié des fragments d'après le manuscrit 2512 de la Bibliothèque de l'Arsenal (Archiv/i'ir Geschichte der Mf^//-/// , II, p. 72), il y aurait « quarante et deux veines saingnables. « Aldebrandin de Sienne, dans la r^ partie de son Régime du corps (édition de L. Landouzy et R. Pépin, p. 3 s et suivantes), donne une énumération semblable. Rhasès {Liber VII ad Aluuinsorem, cap. xxij parait être la source ccnuiiunc où ont puisé Aldebrandin et Jehan Le Lièvre. Il y a lieu de citer aussi un résumé de Rhasès que renferme le manuscrit latin 6910 A de la Bibliothèque nationale. Ce résumé, en latin, a été publié en 1907 par Sudhoff (Archiv J tir Geschichte der Mcdi^iu, I, p. 157-159); Nicaise l'avait déjà signalé dans son édition de la Grande Cl.ururgie de Guy de Cliauliac (p. 561-562).
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riere les aurcillez saigne l'on pour la maladie des aureillez et par especial à ceulx qui ont petit d'entendement de oïr cler et qui ont la voix cassé et qui doubtent de mesellerie. Les vaynes des angles des yeulx saigne l'on pour les lermes des yeulx et aussi pour les paupières renversées, mais sang conseil ne foictez telle saignée. La vayne du bout du nez saigne l'on pour maladiez qui pevent advenir ou visaige entre cuir et char, ainsi comme neux et trop grant habundance de sang. Les deux vaynes du col saigne l'on au comancement de mesellerie et si vault pour ceulx qui ont courte alayne et aussi pour oster trop grant habondance de sang et pour trop grant rougeur au visaige. Les iiij vaynes des gencivez saigne l'on pour eschauffoison qui vient en la bouche et pour gencivez enflées de sang et aussi pour la douleur des dans. La vayne qui est dessoubz la langue saigne l'on pour aposteme de gorge et contre escrophules et aussi contre une maladie que l'on appelle esquinance dont une personne pourroit mourir soubdaynement. La vayne qui est entre la lèvre et le menton saigne l'on pour la douleur du chief et pour apostemes de la gorge et pour le mal des yeulx et aussi pour trop grande habondance de sang qui pourroit nuyre au cerveil. La vayne du cueur saigne l'on pour le cueur qui se deult et pour l'estomac et pour apostumes qui viennent es costez et aussi pour trop grande replecion de sang. La vayne du foye saigne l'on pour eschauffoizon du foye et aussi contre fièvres et pour la douleur des costez et tenir le corps en santé. La vayne de la râtelle saigne l'on pour le mal du flam et de la râtelle et aussi du polmon et contre fièvres quartes. Les vaines du chief, du cueur, du foye et de la râtelle, leur saignées valent contre les maladies dessus dictez, tant du costé destre comme du senestre, mais au commancement de celles maladies je saygne de la partie contraire pour convertir humours, mais se la maladie avoit duré longuement, je saigneroye de la partie mesmes. La vayne d'empres le poulce, tant à destre comme à senestre, saigne l'on pour le mal de la teste et des yeulx et
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contre aposteme de la gorge. La vayne qui est entre le graiit doy et son prouchain envers le petit doy, saigne l'on pour la douleur de l'estomac et aussi pour la douleur des costez, comme bossez et apostemez qui pevent venir pour trop grant habondance de sang. La vayne d'entre le petit doy saigne Ton pour la forcelle et la douleur de l'estomac et contre fievrez quartes. Les vaynes des costez saigne l'on, c'est assavoir la dextre contre ydropisie, la senestre contre le mal de la râtelle. Les vaynes qui sont es platz des cuissez saigne l'on pour la enfleure des coulions, tant à dexstre comme à senestre et aussi contre une maladie qui vient es aynes et es parties derrière. Les vaynes des chevilles des piez par dehors saigne l'on pour restraindre le flux des femmes et pour une grant douleur qui se prent en la hanche et au genoil, qui se appelle sciatique et la douleur des rains. La vayne de dessoubz la cheville du pié par dedans saigne l'on pour fllz et pour apostumes qui viennent es aignez et aussi pour esmovoir les priveez maladies des femmes quant elles ne les pevent avoir en temps deu. La vayne qui est soulz le gros arteil saigne Ton pour boces et pour apostemes qui viennent pour trop grant habondance de sang, especialement en temps de impidimie et en ses cas je feroye grande saignée selon la force et la vertus du malade dedans ung jour naturel, c'est assavoir xxiiij heurez \
Les signes qui se font en la gorge et depuis le col en amont. Celluy que veult estre saigné se doit estraindre de une toaille parmy le col, si fort qu'il puisse souftVir sans grever autre.
Toutes vaynes naissent du foye et les artères du cueur et la dift'erance si est que toutez vaynes qui ne se meuvent, naissent du foye et celles qui se sautellent, naissent du cueur et les congnoist pour ce que le sang sautelle à yssir et pour ceste cause on le doit tantost estancher, car c'est le sang qui tient le
I . Tout ce qui précède est inspiré du chapitre déjà cité de Rhasés, ainsi que du livre 1er du Canon d'Avicenne (Feu IV, cap. 20).
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cueur en vertus, et doit cstrc toute vayne ouverte en lancete et taire l'incision au long de la vayne. Et dit qu'est vayne : vayne est membre consemblable, simple, spermatique, moyenne entre duresse et mollesse, nerveuse, concavee, naissant du foye et portant le sang nutritif de celluy membre à autre, de complexion froide et moiste ' en substance, chaulde et moistre au regart de ce qu'elle contient. Les membres principaulx du corps humain sont le cueur, le foye, le cerveil et les coulions; le cueur est chault et sec, le foye est chault et moiste, l'ame de la personne gist au cueur, l'esperit de vie est au cerveil. Quant on ne peut trouver la vavne du foye au bras, on la doit prendre en la destre main, entre le petit doy et son prouchain.
Cy s'ensuit autre enseignement sur le l^iit et vertus de ladite saignée, comme dit et ensaigne maistrc Alenfranc de Millau-, très excellent maistre et docteur en médecine, et dit que saignée est incision artifficial de sang qui est es vaynes et demande pour quoy est fliite saignée.
Elle est faite pour trois chosez : la première est taite pour garder la santé du corps de la personne^, la ij" est faite pour garder la personne de la maladie acoustumee, la iij'-' est faite pour oster la maladie jà parfaicte. Les deux premières sont dictez electivez pour ce que nous eslisons le temps, heure et air et la disposicion du malade qui est necccssere de savoir et ce nous contraint maintetfoiz de saignier la persoime en foihle force et vertus, et pour lors nous convient faire petite saignée deux ou trois fois l'une après l'autre, ce qui seroit à une fois à une personne vertueuse et forte.
Le maistre nous enseigne trois chosez principales : la première quel doit estre le saigneur etconnncnt il doit saigner, la
t. lÙTcur du copiste. C'est « troidc et seiche » qu'il laut lire. Voir à ce sujet VAiialoiiiic de Henri de Moudeville (p. 31 de l'édition de Bos et p. 20-21 de l'édition de Nicaisc), à laquelle est emprunté ce passage.
2. A partir d'ici et jusqu'à la fin, Jehan Le Lièvre n'a fait qu'abréger le chapitre XVI de la 3«^ doctrine du 5<-' traité de la Graïuh' Chirurgie de Lanfranc de Milan.