MONTAIGNE ET LE TIMBER DE BEN JONSON
On n'a longtemps connu Ben jonson, le rival de Shakespeare, que comme l'auteur de drames admirables. Son recueil de réflexions, intitulé Thnhcr ou Discoveries, n'a pendant deux siècles et demi que bien peu servi sa réputation. Écrit par lui suivant toute apparence à la fin de sa vie, et publié seulement après sa mort, en 1640, dans l'édition in-folio de ses œuvres, même en son temps, il semble n'avoir fait qu'assez peu de bruit, et il dormait du profond sommeil de l'oubli lorsque, voici une vingtaine d'années, il dut un regain de crédit au chapitre très élogieux que lui consacra Swinburnc dans son Eiiidc sur Ben Jonson. Quatre éditions en ont été données ' depuis lors, et divers critiques se sont plu à le louer. Swinburne en parlait comme d'un ouvrage merveilleux « wonderful- ». Il le déclarait « supérieur aux Essais de Bacon par la vérité de l'observation, par la largeur des vues, par la vigueur de la pensée, et par la concision de Téloquence... ». Il semblait en faire l'un des principaux titres de gloire de Ben Jonson, et il a réussi à attirer sur lui, sinon la faveur du grand public, qui ne l'a guère écouté, du moins l'attention du monde savant.
Ce mouvement de curiosité nous a valu, entre autres études, un petit travail de M. Fritz Dieckow ', où l'auteur
1. Les éditions de Henry Morley (1892), de Félix }'. Schelling (1892), d'Israël Gollancz (1898) et surtout la savante édition de Castelain (1906). Je citerai l'édition Castelain, qui est enrichie de fort utiles annotations. On lira avec grand profit la thèse que M . Castelain a consacrée à « la vie et l'œuvre de Ben Jonson » (1906).