MONTAIGNE ET LE TIMBJ-R DE BEX JONSOX
learn'tnothingaright son is, thc brave discerc, quam cqui-
but to mannage and beast is no flattcrcr. tare : quippè magis-
ridc horses ; for so He will throw a tri in aliis studiis iis
much as in ail other Prince as soon as his assentantur, et qui
exercices, cvery man Groom. Whicli is an colluctatur ultro se
yecldeth, and giveth Argument, that the submittit : equusnul-
them the victory : good Counsellors to la habita ratione, pri-
but a horse who is Princes are the best vatus an princeps,
neytheraflatterernor instruments of a pauper an dives insi-
a Courtier, will as good Age » (Pa- deat, vehi ac equi-
soone throw the ragr. 95). tare nescios excutit »
child of a king, as (De adulatorc d ami-
the sonofa basepor- co, 16, trad. d'Éras-
tcr » (m, 155). me, cité par Caste-
lain).
L'expression « the brave beast is no flatterer » semble bien venir de Montaigne ; elle n'a pas son équivalent chez PIutarque '. Nous avons donc des raisons très sérieuses^ sinon tout à fait décisives, de penser que Ben Jonson a étudié les Essais. Mais la vérité est que les deux réminiscences que nous venons de signaler constituent une dette tout à tait insignifiante de Ben Jonson envers son devancier -.
Avec tout autre écrivain nous serions en droit d'en conclure, au moins à titre d'hypothèses, des conséquences flatteuses pour l'influence de Montaigne. Puisqu'en deux passages, dirions-nous, l'identité des termes nous révèle des souvenirs de Montaigne, n'est-il pas probable que dans d'autres passages encore, où la ressemblance verbale fltit défimt, de pareils souvenirs ont inspiré Ben Jonson ? L'argument ne manquerait pas de vraisemblance. Et nous relèverions toutes les idées morales chères aux Essais qui reparaissent dans le Timber, où nous verrions sinon des preuves, du moins des
1. Voici le texte dePlutarque : Kxpvixori; oï\c';iij-: rrÀoujùov /.al oajiÀiwv ~aïo£ç iKr.i'jîvj [xovûv, àXXo S'oùôèv £Ù zat xaXto? |j.avOàvo'jar y.o'kay.vjzi yap auTOÛ; h lai'; oixTptoaï; ô otoâj/.xXo; â;:a:v(J5v xaî 0 -poa-aXai'tuv G:roxaTazXtvo[j.£vo?, ô S"t;ir:o; où/c eiotoç ojoè cppovTtÇtiJV oazi; îotdiTr,; y] apywj y] -loûatoç
2. Dans le passage que voici, et qui est très directement emprunte de
p. VILLE Y
possibilités d'influence. Mais Ben Jonson imite presque toujours quelqu'un, et il imite de très près. « Il n'y a peut-être pas cent lignes dans les 150 pages du Tiuiber »nous dit, avec quelque exagération d'ailleurs, M. Castelain, « qui lui appartiennent en propre ». Si donc, en écrivant le Timber, il avait eu ordinairement à la pensée les Essais de Montaigne, suivant toute apparence nous en reconnaîtrions des traces beaucoup plus nombreuses. Nous en reconnaîtrions comme nous en reconnaissons deQuintilien, de Sénèque, de Pline, ou, parmi les modernes, de Machiavel, de Juste Lipse, de Vives, d'Érasme. On admet en général que les Discovcrics ont été écrits vers la fin de la vie de Ben Jonson. Peut-être avait-il étudié Montaigne nombre d'années aupara,vant et ne Tavait-il plus présent à la pensée. Peut-être dans des recueils analogues au Tituber, s'il en a composé vingt ou trente ans plus tôt, conime on le suppose quelquefois, les souvenirs des Essais ctaient-ils abondants. Peut-être telle ou telle des idées exprimées dans les Discoveries avait-elle été, bien longtemps avant, mûrie et déposée par les Essais dans le cerveau de l'infatigable érudit, et, enfantée par Montaigne, a-t-elle attendu là
Sénùque, on peut se demander si la dernière phrase ne présente pas encore une réminiscence de Montaigne. Sans être probable l'hypothèse n'est pas impossible.
Florio. Ben Jonson.
« It is reported that « Ihave knowne ma-
Severus Cassius spake ny excellent raen, that
bette'; ex tempore, and wouki speake sudden-
without préméditation, ly, to the admiration of sua; cum dcclamarent :
That he was more be- their hearcrs;\vhoupon in loro maxima om-
holding to fortune than study, and prémédita- niuni admiratione di-
to his diligence; that tion havebeen forsaken centes. simul ad lias
to be interruptcd in his by their owne wits ; domesticas exercitatio-
speecli redounded to and no wav answered nés secesserant, deser-
liis profit : and that his their famé. Their elo- tos ab ingenio. . . Non
adversaries leared to quence was greater, est quod illuni, ex his,
urge him, lest his sud- then their reading : quic edidit, xstimetis ;
den angershould redou- and the things tliey ut- sunt quidem et ha;c,
ble his éloquence (I, tered, belter then those quibus eloquentia ejus
48). they knew. Their for- agnoscatur; tamen au.
Sénèque.
« Quosdani disertissinios cognovi viros non respondentes faune
MONTAIGNE ET LE TIMBl-R DE lŒN JONSON
pour se produire au jour que quelque autre lecture vînt la solliciter. Nous sommes ici dans le domaine des conjectures, qui offre à chacun une libre carrière. Ce qui semble bien acquis, en revanche, c'est que, dans cet amas de réflexions qui composent le Tiniber, l'influence directe et immédiate des Essais est à peu près nulle.
Elle n'est pas plus considérable en somme sur la forme que sur le fond. Si le Timber mérite assez bien d'être classé dans la lignée des essais, il appartient à la catégorie des essais qui n'ont pas profité des leçons de Montaigne. Ben Jonson connaît aussi les Essais de Bacon. On pense même qu'il a colla-
tune deserved better of them then their care.
For men of présent spirits and of greater wits, then study, doe please more in the things they invent, then in thosc they bring. And I hâve heard some of them conspeird to speake.
out of necessity, that hâve so infinitly exceeded themselves, at it was better, both for them and their auditory, that they were so surpriz'd not prepar'd.
Nor was it safe then to crosse them, for their adversary, their anger made them more cloquent » (Par. 70).
ditus longe major erat quam lectus. . . Vir enim praesentis animi et majoris iugenii quam studii magis placebat in his, qucE inveniebat, quam in his quixi attulerat. Jam vero iratus commodius dicebat, et ideo diligentissime cavebant homines ne dicentem interpellarent .
Uniilli proderat excuti; melius semper fortuua quam cura de illo merebatur. Nunquam tamen hc-EC félicitas ilH persuasit neglegentiam... Ex tempore coactus dicere infinito se antecedebat :
nunquam non utilius erat illi deprehendi quam prjeparari, sed magis illum suspiceres quod diligentiam non reliaquebat, cum illi tam bene temeritas cederet. » (Controversiarum, lib. III, i, 3, 4, 5 et 6).
38 p. VILLEY
boré à la traduction latine qui en fut donnée après la mort de leur auteur. Il admirait le grand chancelier, et a écrit à diverses reprises son éloge. Mais, quand il veut lui faire des emprunts, c'est à son Advancement of kariiing qu'il s'adresse, non à son recueil d'observations morales'. Il juge bien que Montaigne est le maître du genre, mais écoutez comme il parle et du genre et de son maître : « Some that turn over ail bookes, and are equally searching in ail papers ; that write out of what they presentl}'' find or meet, without choice ; by which meanes it happens, that what they hâve discredited and impugned in one week, they hâve before or after extolled the same in another. Such are ail the Essayists, even their master Montaigne. Thèse, in ail they write, confess still what bookes they hâve read last ; and therein their owne folly, so much that they bring it to the Stake raw and undigested : not that the place did need it neither ; but that they thought themselves furnished, and would vent it ^ »
Il n'est pas possible de se tromper plus lourdement. Ben Jonson n'a rien vu de ce qui fait l'originalité, le charme de l'essai de Montaigne. Aux yeux de cet affamé de science, qui rêve de pesants in-folio, l'essai n'est que l'écho d'une lecture. Et l'auteur y mêle si peu d'originalité, il subit si tyranniquement l'influence de son modèle qu'il s'expose à se contredire sans cesse. Même chez Montaigne, Ben Jonson n'a vu que cela. Pour lui tout est compilation. Ne fait-il pas des compilations d'idées intéressantes, lui aussi ? Il ne voit pas du tout que le livre de Montaigne soit différent du sien. Nous n'aurons donc pas à nous étonner que chez lui les emprunts occupent la place essentielle. Dans le sous-titre de son opuscule il se louait non pour son jugement, mais pour l'abondance et la variété des sujets qu'il aborde : Sylva Rcrmn et sentenHanim quasi •JXr^ dicta a multiplici niatcria, et varietate
1. M. Dieckow u'a pu instituer que trois rapprochements entre les Essais de Bacon et le Timkr, encore n'ont-ils que bien peu de valeur.