‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 68 sur 320 · MONTAIGNE ET LE TIMBER DE BEN JONSON · texte numérisé non relu

MONTAIGNE ET LE TIMBER DE BEN JONSON

in lis contenta. Oucinadniodnni eniin vitlgo solenms infinitam arbonmi nasccntiiini indiscriniinalini nuiltiiudineni Sylvani dicere : ita eliani Vibras snos in quibus lariœ et diversœ materiiv opuscnla leniere congesta sunl, Sylvas appcUabanl antiqui : Tyinber-irces.

Montaigne nous entretenait presque exclusivement de questions morales et politiques, Ben Jonson ne les néglige pas, mais les problèmes de critique littéraire le retiennent davantage. Ils occupent toute la fin du recueil, et, si le volume a eu quelque succès en son temps, c'est plus à l'autorité de Ben Jonson comme critique qu'il l'a dii qu'à son autorité comme moraliste. Montaigne parlait beaucoup de lui-même. Il arrive à. Ben Jonson d'en faire autant, mais cela seulement par accident. Jamais il ne se prend pour thème de sa méditation et n'accroche de réflexions personnelles au récit d'événements auxquels il a pris part, ou à l'analyse de particularités de caractère qu'il remarque en lui-môme. Bien plus on a observé que les passages autobiographiques du Tiniber sont pour la plupart traduits textuellement de Sénèque ou d'Apulée. Quand ils ne sont pas traduits, ils nous intéressent par leur valeur documentaire, non par le charme des confidences ou par la pénétration de la réflexion morale. L'opposition des deux tempéraments est d'ailleurs saisissante. Le pesant Ben Jonson, tout engoncé dans son armure d'érudition, ne pouvait guère être séduit par la souplesse intellectuelle qui est l'un des charmes les plus captivants de Montaigne. Il avait l'esprit trop dogmatique, trop instinctivement affirmatif pour n'être par dérouté par la course agile de son devancier à travers les idées les plus disparates, par ses franches allures si déconcertantes d'imprévu, par ce « que sais-je ? » indiscret qui se glisse partout, oppose les peut-être aux peut-être, et ne permet à la pensée aucune assiette ferme. L'autoritaire Ben Jonson n'était guère propre à goûter Montaigne.

Aussi ne s'est-il pas du tout proposé de l'imiter. Les Essais de Montaigne ne lui ont pas servi de modèle, et si son Timber appartient à la même tradition littéraire, bien plus qu'aux

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Essais il se rattache à des types plus anciens, à des Diverses leçons et des compilations variées comme le xvi^ siècle les a si fort goûtées. Par un piquant hasard il semble même retrouver le titre de quelques-unes d'entre elles : le mot de Tiwber', dans sa pensée, à ce qu'il vient de nous expliquer, évoque l'idée de forêt; le célèbre Pierre de Messie parlait de même de sa « forêt de diverses leçons ». Par-dessus Montaigne, et je dirai presque sans le comprendre, Ben jonson rejoint Pierre de Messie.

L'œuvre ne méritait guère, semble-t-il, de sortir de l'oubli auquel on s'est efforcé de l'arracher. L'intérêt qu'elle conserve toutefois, à défiiut d'originalité, est celui que présentent des mosaïques bien faites. Elle est personnelle dans la mesure seulement où elle nous renseigne sur les goûts et les opinions de celui qui en a collectionné les pièces; elle vaut surtout par le prix des pensées qui la composent. Si Montaigne y avait apporté sa contribution, ce ne serait là pour lui qu'un mérite assez mince. Il ne s'agirait pas d'influence à proprement parler, d'action d'un esprit et d'un cœur sur un autre esprit et un autre cœur. Son livre serait un des dix ou douze ouvrages dans lesquels Ben Jonson aurait découpé des pensées à sa convenance. Mais la vérité est qu'il n'y a pour ainsi dire pas contribué, et c'est là seulement ce que nous désirions mettre en lumière.

P. ViLLEY.

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