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LE THÈME DE CAMARALZAMAN II

I). Le roman en prose française de Pierre de Provence et de la belle Mnoiit'lonne, qui semble avoir été composé vers le milieu du w" siècle (on y trouve au début la date de 1453). Voir, pour les éditions et les traductions, Brunet, Manuel da libraire, IV, col. 643, et V. Chauvin, ouvrage cité, V, 210'.

E. Le petit poème populaire italien Ottinello e Giulia publié en dernier lieu par M. Aless. d'Ancona, dans son recueil Pocniclli popolari ilaliani (Bologne, 1889). Ce poème se trouve mentionné en 1488 (d'Ancona, p. 406) et ne saurait, par conséquent, être postérieur au xv'^ siècle.

Au lieu d'analyser chacune de ces quatre versions à part, il sera plus pratique et plus instructif de dire d'abord en quoi elles se ressemblent et diffèrent de A; on pourra voir ensuite en quoi elles diffèrent entre elles et tirer de ces différences les conclusions qu'elles comportent.

Dans aucune de ces quatre versions, le premier rapprochement des deux amants n'a lieu d'une façon merveilleuse, par l'entremise d'êtres surnaturels, comme dans^ ,• dans tous nos récits les choses se passent d'une façon naturelle ^. L'aventure caractéristique du thème — séparation des amants par un oiseau qui enlève un objet précieux — est essentiellement la même dans tous les récits, et analogue au récit de A ; seul E présente, dans cette partie du conte, une différence sur laquelle nous reviendrons. Dans tous les récits, sauf dans D, le jeune homme, après la séparation, est accueilli, comme dans A, par un jardinier ou chargé de travaux de jardinage. Dans D cet épisode est remplacé par un autre, où le héros, enlevé par des

1. Personne ne croit plus à un original provençal perdu de ce charmant récit. Cependant l'auteur était probablement un homme du Midi : il s'intéressait spécialement à la ville de Maguelonne. Mais, déjà au xve siècle, les Méridionaux, capables de manier avec habileté la langue du Nord, n'étaient pas rares. Comp. G. Paris, Esquisse histor. de la tittérot. franc, au moyen dge (Pans, 1907), p. 246-249. Pour la date du livre, comp. G. VAvïSjRovianla, XVIII, 511.

2. Dans B, le héros a, avant sa rencontre avec l'héroïne, toutes sortes d'aventures qui ne nous intéressent en rien.

Il6 G. HUET

corsaires « mores >>, tombe au pouvoir d'un « soudan ». Dans tous les récits, l'héroïne, après sa séparation d'avec l'amant, s'habille en homme : mais elle a des aventures tout autres que dans A : au lieu de jouer le rôle de roi, elle bâtit un hôpital (D), une auberge qui est en même temps un hôpital pour voyageurs pauvres (£"), un asile pour marchands en voyage (C), elle entre au service d'un traiteur (5). Dans les quatre récits, l'amant finit par arriver à l'établissement où se trouve Tamante et est reconnu par elle.

Un trait négatif que nos trois versions5Z)£" ont en commun, c'est que le héros expédie un trésor, caché sous des marchandises', comme dans A, mais n'y ajoute pas, comme dans A, l'objet précieux enlevé par l'oiseau et retrouvé par lui-. (Dans C, le héros trouve un trésor, mais ne l'expédie pas et le garde sur lui.) Delà de grandes différences pour la marche ultérieure du conte, quand on compare B-E à A : dans B-E l'amante, au moment où le trésor lui parvient, ne sait qu'en faire et demeure passive, tandis que dans A, elle sait à quoi s'en tenir et agit. Notons, dès maintenant, que cette différence est au désavantage des versions B-E.

Examinons maintenant les différences entre nos quatre versions et les conséquences qu'on peut en tirer. B (le conte turc) a une longue introduction, qui manque au conte tatare ; en outre, il est défiguré par un épisode adventice absurde ', qui

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