E. Müntz, dans Galette archéologique, 1886, p
AU PALAIS DES PAPES d’aVIGNON. 9
viendrait faire un miracle de ce saint dans une chapelle qui jusqu’ici nous est apparue toute entière consacrée à saint Jean l’Évangéliste et à saint Jean- Baptiste? L’erreur est manifeste et s’explique aisément. Ayant pris dans la fresque voisine saint Jean pour saint Pierre, Müntz a voulu retrouver celui-ci dans la présente scène. Ici et là, c’est en effet manifestement le même personnage qui est figuré. Or, nous avons reconnu saint Jean l’Évangéliste dans la vision apocalyptique; il est donc aussi l’auteur du miracle en question.
Ce miracle, quel est-il?
Parmi tous ceux que la légende dorée attribue à saint Jean l’Évangéliste, il en est un qui convient à merveille à l’œuvre ici représentée. C’est la Résurrection de Drusiana^ morte à Éphèse, alors qu’elle attendait avec ardeur l’entrée du saint dans la ville. Ses parents apportèrent son corps à Jean qui lui dit : « Lève-toi et va dans ta maison. » Telle est la scène que le peintre a voulu rendre sans négliger aucun détail pittoresque. La foule portant des palmes qui envahit l’embrasure de la fenêtre rappelle sans doute l’entrée triomphale de Jean à Éphèse, où le peuple vint à sa rencontre, disant : « Béni soit qui vient au nom du SeigneurL » Si le moindre doute pouvait
Digonnet, loc. cit., p. 144; A. Hallays, Avignon et le Comtat- Venaissin, p. 87; L.-H. Labande, dans Congrès archéologique de France, LXXVI® session tenue à Avignon en 1909, t. I, p. 76. — Crowe et Cavalcaselle, nous nous en apercevons après rédaction du présent article, avaient reconnu le sujet de cette fresque [op. cit., p. 102); il est curieux que leur explication ait été entièrement passée sous silence par tous ceux qui après eux ont étudié les fresques d’Avignon, non sans avoir consulté leur ouvrage.