‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 100 sur 220 · Arch. nat., Y 191, fol · texte numérisé non relu

Arch. nat., Y 191, fol

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la reine de Suède ». D’autre part, est-il admissible que deux membres de la même famille aient reçu en même temps ce prénom d’André? La question reste donc en suspens. La donation de lôSq nous apprend encore que le jardinier André Mollet avait son domicile dans la rue Saint-Dominique, paroisse de Saint- Germain-des-Prés.

Sur Pierre Mollet, l’aîné des trois frères, on possède fort peu de renseignements. On a vu plus haut qu’il logeait aux Tuileries en 1634. Il était chargé de l’entretien de la haute allée des mûriers blancs; il remplit cette fonction assez modeste jusqu’en 1671, date à laquelle il est remplacé, d’après les comptes des Bâtiments, par la veuve Carbonnet.

Quant à Charles Mollet% il semble avoir à peu près exercé les mêmes emplois que Le Nostre dès 1668; il figure sur les comptes avec un traitement annuel de 5oo livres pour travailler aux dessins des jardins et parterres des maisons royales. Il doit en même temps s’occuper de l’entretien du jardin neuf du Louvre et des orangers qui s’y trouvent et reçoit, à ce titre, 1,000 livres par an. Charles Mollet reste en fonctions jusqu’en 1693^. L’année suivante, son fils Armand-Claude Mollet prend sa place sur les états de paiement. Il est employé, comme lui, aux

1. Charles Mollet avait une sœur nommée Élisabeth, à laquelle il fait don, le 10 mai 1682, d’une rente viagère de 100 livres sur l’Hôtel-de-Ville de Paris, en reconnaissance de ses bons offices depuis nombre d’années (Arch. nat., Y 241, fol. 466). Faut-il conclure de cet acte qu’Élisabeth Mollet ne se maria pas?

2. Notre homme mariait sa fille Marie-Marguerite le 7 novembre 1689 à Charles Rousseau, avocat au Parlement de Paris. Sa femme, Marie Liebeuf, était décédée à cette date (Arch. nat., Y 256, fol. 216 v“).

dessins des jardins et parterres, avec 5oo livres de gages annuels. En 1704, nommé contrôleur général à Versailles, il voit ses gages élevés à 2,000 livres, somme qui est parfois portée au double, sans que nous connaissions la raison de cette augmentation.

Armand-Claude Mollet était parvenu, vers la fin de sa vie qui fut longue, à une situation très considérable. Nous avons publié naguère le procès-verbal d’apposition de scellés dans le logement qu’il occupait au Louvre. Cette pièce’, datée du 23 janvier 1742, donne au défunt le titre d’écuyer, de chevalier de l’ordre de Saint-Michel, puis la qualité d’architecte ordinaire et contrôleur général des Bâtiments du Roi, jardins, arts et manufactures de France. Il laissait au jour de sa mort quatre fils et une fille : I® Louis-François, écuyer, contrôleur général des Bâtimentsdu Roi, comme son père, demeurant comme lui cour du Vieux Louvre; 2° Nicolas, bachelier en théologie ; 3° Mathieu, écuyer, maréchal des logis de la Reine; 40 Armand-Robert, absent; 5« Françoise-Toussaint Mollet, veuvedeJules-MartinDesjardins, écuyer. Le défunt avait amassé une véritable fortune. Dans son logement furent trouvés deux sacs de louis d’or représentant la somme de 22,680 livres, dix-neuf sacs d’écus de six et trois livres valant 22,800 livres; plus, 819 livres en diverses monnaies; l’inventaire notarié donnerait des détails complets sur les propriétés qu’il possédait à Paris et à la campagne. Le descendant du vieil auteur du Théâtre des plants et jardinages avait donc conquis une position sociale assez élevée; ses enfants occupaient tous des situations très honorables. Qu’advint-il de Louis-François, celui qui

I. Nouvelles Archives de l'Art français, t. XI, 1884, p. 7-17.

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portait, comme son père, le titre de contrôleur général des Bâtiments du Roi? Nous n’avons pu le suivre après 1742. Mais les détails réunis ici démontrent assez que les membres de cette famille qui se perpétua dans ses fonctions pendant un siècle et demi méritent une place parmi les hommes qui firent faire les plus grands progrès à l’art du jardinage.

Sur le même rang que les Mollet se présente la famille des Desgots. Jardinier aux Tuileries, Pierre Desgots devient, vers i635, le beau-frère d’André Le Nostre, en épousant sa sœur. Celle-ci meurt peu après son mariage, laissant un fils qui avait reçu le nom de Claude. Pierre Desgots fut le collaborateur habituel de son beau-frère André. Dès i663, il prend part aux travaux de Chantilly avec un traitement fixe de 200 livres par mois. N’étaient-ils pas proches voisins, habitant tous deux dans ce jardin des Tuileries dont ils se partageaient l’entretien?

Claude Desgots, le neveu de Le Nostre, sut s’élever aux plus hautes situations de son état. Après la mort de son père, il lui succède comme jardinier des Tuileries. Son domaine s’étend « depuis le grand parterre jusqu’au bout de la demi-lune qui regarde sur le fossé et depuis la terrasse du bord de l’eau jusqu’au parterre en plate-bande de l’autre côté ». Son traitement, de 2,400 livres d’abord, ne tarde pas à être porté à 3, 600. Le jardin des Tuileries se trouve donc partagé en deux parties à peu près égales entre Le Nostre et son neveu. Le premier a une moitié du jardin, celle qui toucheau château; le surplus, vers le rempart, constitue le lot de Desgots. C’est Claude qui accompagne Le Nostre dans son voyage en Italie et nous laisse une si curieuse relation

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de l’audience pontificale et des effusions du voyageur. C’est encore lui qui obtient, sur la proposition de son oncle, la succession de la charge de contrôleur des Bâtiments du Roi. Enfin, par son testament. Le Nostre léguait la moitié de ses biens à François Desgots, le fils de Claude.

Un autre neveu de Le Nostre fut appelé à partager avec Claude Desgots la charge de dessinateur des plants et jardins de Sa Majesté. Il s’appelait Jean- Michel Le Bouteux. Son père, Michel Le Bouteux, avait épousé une nièce ^ du dessinateur du parc de Versailles; il fut spécialement occupé au parc de Trianon. Il figure à ce titre sur les comptes avec un traitement variant, suivant les années, de 7,000 à 17,500 livres. Michel Le Bouteux serait ainsi le dessinateur de ce parc charmant, si bien aménagé qu’il présente, dans un espace très restreint, des points de vue presque illimités. Que reste-t-il aujourd’hui de l’œuvre de Michel Le Bouteux? Il serait difficile de le dire. Il semble toutefois que le plan général n’a pas subi de modification importante et que ces allées intimes et mystérieuses étaient dès l’origine aménagées telles que nous les voyons encore aujourd’hui.

I. Par contrat du 29 juillet 1682 (Arch. nat., Y 242, fol. 216 v"), Michel Le Bouteux, qualifié fleuriste ordinaire du roi, et Antoinette Régnault, sa seconde femme, font donation à Jean-Michel Le Bouteux, dessinateur ordinaire des jardins du roi, demeurant rue de la Sourdière, fils de Michel Le Bouteux et de défunte Marguerite Bouchard, sa première femme, d’un clos fermé de murs, avec une petite maison située à l’entrée du village de Monceaux, près Paris, tenant au chemin du Roule, clos acquis par ledit Le Bouteux le 3 janvier 1657. Marguerite Bouchard était fille de Françoise Le Nostre, sœur d’André et de Simon Bouchard. Michel Le Bouteux fils, celui qui reçoit la donation de 1682, est donc le petit-neveu par alliance du grand Le Nostre.

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Comme Pierre Desgots, Michel Le Bouteux trouva un successeur en la personne de son fils Jean-Michel dont l’ouvrage, intitulé Plants et dessins nouveaux de jardinages^ dédié au marquis de Louvois, constitue un des plus précieux documents que nous possédions sur Lœuvre de Le Nostre. Il contient une longue liste des jardins dessinés par lui à Paris ou aux environs.

Après les Tuileries et le Palais-Royal l’énumération comprend le jardin des Incurables, une moitié du parterre de pièces coupées aux Enfants-Trouvés, les parterres de l’hôtel de Marsan, de l’hôtel de Bouillon, de l’hôtel de Saint-Pouange, le parterre de broderie de l’hôtel de Louvois et celui de l’hôtel de Boucherat, le jardin et le berceau de l’hôtel de Gondé. Le Nostre avait donc laissé des témoignages du son infatigable activité dans tous les quartiers de Paris. Les guides anciens ne manquent pas de vanter ces jardins comme une des principales curiosités recommandées aux amateurs et aux étrangers.

Germain Brice en particulier s’exprime ainsi sur l’hôtel de Condé ’ : « Ce qu’il faut tâcher de voir est le jardin qui, dans une étendue assez médiocre, fait remarquer tout ce que l’art et la nature peuvent produire ensemble de beau et de singulier. Il y a des cabinets ou des tonnelles de trelissage, à la manière de Hollande, qui sont faites avec beaucoup d’industrie. Il paroist à l’entrée de chaque allée un petit arc de triomphe du mesme travail. En esté, ce jardin est rempli d’orangers et de jasmins qui en rendent la promenade du soir fort agréable. »

Il ne reste rien, bien entendu, de toutes ces mer-

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