CABINET D’ESTAMPES
DE
CLAUDE BOUCOT
Par M. Henry Martin.
A maintes reprises, j’ai entendu M. Léopold Delisle exprimer le désir de voir dresser une bibliographie des catalogues de livres, catalogues qui ont été, comme on le sait, publiés en si grand nombre. M. Delisle avait surtout en vue le xvii® siècle et plus encore le XVIII®. A vrai dire, une objection sérieuse a toujours été opposée à la réalisation d’un semblable projet. Beaucoup de ces catalogues ont paru anonymes. Je ne veux pas dire que l’auteur, généralement un libraire, soit inconnu ; mais très fréquemment le nom de l’amateur, dont la collection a été livrée aux enchères, ne figure pas sur le titre et y est remplacé soit par des initiales, soit simplement par des étoiles ou par des points. Je crois néanmoins que le projet est en partie réalisable et que les possesseurs de la plupart des collections de livres pourraient être assez facilement identifiés. Avec un peu de patience, on parviendrait à découvrir, sans trop de peine, des exemplaires de ces catalogues portant, écrite à la main, la mention du nom qui a été omis.
LE CABINET d’eSTAMPES
Une publication de ce genre fournirait de précieux renseignements aux bibliophiles, cela n’est pas douteux; mais elle ne manquerait pas d’apporter aussi aux historiens de l’art des révélations inattendues. Au xviie et au xviiie siècle, en effet, il est assez rare qu’un amateur se soit contenté de former une bibliothèque. Presque toujours, à côté de ses livres, il possédait une collection, plus ou moins riche, soit de tableaux ou d’estampes, soit de pierres gravées, d’antiquités, d’objets d’histoire naturelle, etc.
Pour donner un exemple de l’intérêt que peuvent parfois présenter au point de vue artistique de simples catalogues de livres, j’en citerai un du xvii^ siècle qui semble n’avoir pas encore été remarqué. Le catalogue dont il s’agit n’est d’ailleurs pas anonyme. ‘Le nom du possesseur, Boucot, se voit en toutes lettres au-devant de la brochure; mais cela n’a pas suffi jusqu’à présent à le sauver de l’oubli. Alors que d’autres collectionneurs du même temps, qui apparemment lui étaient inférieurs, jouissent aujourd’hui d’une véritable notoriété, le nom de Claude Boucot est demeuré presque entièrement ignoré des bibliographes et des amateurs. M. Léopold Delisle lui-même, le plus grand, certes, et le plus exact de tous ceux qui ont traité de l’histoire des livres, paraît avoir méconnu notre collectionneur. Il ne l’a cité qu’une seule fois, mais en estropiant son nom. « Un certain Boucault^ écrivait M. Delisle, abandonna [à Roger de Gaignières] pour un lot de cartes trois manuscrits, dont le plus précieux était le Catéchisme fait pour la reine de Navarre L » Claude Boucot fut pourtant au XVII® siècle l’un des plus fervents amis des livres et des gravures. Lorsqu’il mourut, on trouva dans sa