‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 121 sur 220 · I. Bibl. nationale, Cabinet des Estampes, Qb · texte numérisé non relu

I. Bibl. nationale, Cabinet des Estampes, Qb

276 LOUIS XIV ET l’imagerie SATIRIQUE.

pularité en Angleterre donna lieu à l’image intitulée : r Angleterre désolée par la ruine entière de son commerce et le renversement de ses lois sous la tyrannie du prince d’ Orange usurpateur . Sa chevelure est formée de serpents et il a pour insigne une couronne écrasant une orange. Une allusion aux difficultés qu’il rencontra en Hollande est faite dans la gravure du Passage du prince d’Orange qui veut aller en Hollande^ mais les Hollandais n’en veulent point. Il flotte sur une planche au milieu de la mer, mais les Hollandais le repoussent. Ses défaites des Pays-Bas, à Fleurus, Mons, Namur, Steinkerque, sont tournées en ridicule dans les caricatures françaises. L’armée du prince d’Orange est figurée comme un ensemble de rats, de souris et de lapins. Le Français marchand de pilules W'Sidmx l’elîroi causé sur les Hollandais par les pilules que vend le Français. Dans Ventrée triomphale de Guillaume à Londres aux acclamations des apprentis., les apprentis lui offrent des éperons pour lui permettre de fuir plus tôt à cheval. Une pyramide est élevée contenant cette inscription : « A la mémoire immortelle du très prudent et très brave Guillaume pour avoir sauvé son armée en perdant Namur et n’avoir acheté que de dix mille hommes la gloire d’avoir attaqué les Français à Steinkerque. » Les Dernières paroles du prince d’Orange à ses alliés et ministres le font voir étendu sur un lit dévorant ses draps et disant : « Je suis guéri de mes ambitions. » Dans les Regrets des alliés sur la mort du prince d’Orange., la mort s’écrie : « S’il avait songé à moi, il n’eût pas fait ce qu’il a fait. » A ces portraits peu flatteurs du prince d’Orange, les caricaturistes français opposent celui de Louis XIV triomphant. Bon-

LOUIS XIV ET l’imagerie SATIRIQUE. 277

nart, dans la CapiHole de la Ligue^ montre Louis XIV foudroyant ses ennemis. Guérard exalte les victoires de Louis XIV en se moquant de la coalition qui est personnifiée, attendant un secours sur un fourneau symbolique d’alchimiste.

Mais la personne du grand roi ne devait pas être épargnée parl’ironie des caricaturistes. Les marchands d’estampes des Pays-Bas mirent en vente toute une série d’estampes contre Louis XIV accompagnées d’un texte en français et en hollandais. Les auteurs de ces planches sont inconnus; d’autres paraissent l’œuvre de protestants français réfugiés dans les Pays-Bas. Louis XIV, qui avait voulu fermer la France aux publications imprimées de l’étranger, put empêcher par une surveillance à la douane l’entrée des livres et gravures venant d’Angleterre et de Hollande. Le Conseil de police institué depuis 1666 par Colbert exerçait un contrôle rigoureux sur les imprimés censurés et défendus. En outre, des peines sévères, comme l’amende, la prison, le bannissement, les galères, étaient réservées aux imprimeurs qui avaient semblé indignes d’exercer leurs fonctions. Mais les agents français envoyés à l’étranger pour détruire les libelles imprimés contre Louis XIV ne pouvaient les empêcher de se multiplier. Quelques pamphlets parvenaient en France malgré les rigueurs dont étaient menacés ceux qui étaient coupables de les avoir introduits. On risquait même d’encourir les sanctions sévères du régime de la librairie pour attaquer le roi.

C’est ainsi qu’en regard de la caricature officielle, inspirée parle pouvoir contre les ennemis de l’étranger, il convient de mentionner une caricature populaire

278 LOUIS XIV ET l’imagerie SATIRIQUE.

dirigée contre Louis XIV, particulièrement par les protestants français accueillis en Angleterre, en Allemagne et dans les Pays-Bas. Leur développement suit une marche parallèle au mouvement des pamphlets qui se répandent contre Louis XIV. On se rappelle ces libelles publiés à Cologne'* et en Hollande^ malgré la désignation du lieu d’édition de Versailles-^ ou de Paris •*. Ils attestent des manifestations d’opposition contre le despotisme royal. A côté de ces brochures, il faut tenir compte aussi des caricatures où le roi et la famille royale étaient tournés en ridicule. Comme les pamphlets, les caricatures raillent sans merci les goûts fastueux et le ton hautain de Louis XIV. Une très curieuse gravure parodiait l’ancien monument de Louis XIV de la place des Victoires et se moquait de « Louis le Triomphateur perpétuel, le père et le conducteur des peuples toujours heureux ». Il est représenté couronné par la Victoire, foulant aux pieds un lion, un double aigle, un léopard et un gouvernail. Ces symboles remplaçaient le cerbère, les casques, boucliers, faisceau d’armes et massue d’Hercule qui formaient les trophées de l’ancien monument de la place des Victoires. La statue était entourée de quatre lanternes qui donnèrent lieu à des

1. Le nouveau turq des chrétiens, Cologne, i683; Le prince assis sur une chaise dangereuse, Cologne, 1689; Les soupirs de la France esclave qui aspire après sa liberté, 1689; Les héros de la France sortant de la barque de Caron, Cologne, 1693; La France ruinée sous le règne de Louis XIV, Cologne, 1695; La France en décadence, Cologne, 1695; Le marquis de Louvois sur la sellette, Cologne, 1695; Luxembourg apparu à Louis XIV, Cologne, 1695; La peste du génie humain, Cologne,

Page 1