Paris
Jacques Gabriel (1667-1742).
Buste par Jean-Louis Lemoyne, 1736.
(Musée Jacquemart-André.)
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moment où la fortune de la famille se précisait avec la carrière brillante de son fils.
Celui-ci, Jacques Gabriel, que l’on désigne sous la rubrique de Jacques V, le prénom de Jules qui lui a été ajouté par certains biographes étant de pure fantaisie, avait en effet, depuis la mort de son père, singulièrement poussé sa fortune, appuyé notamment par son cousin Mansart. Né en 1667, il avait, au lendemain de la mort de son père, acheté la charge de contrôleur général des bâtiments; en 1699, il était entré à l’Académie d’architecture; en 1704, il se fit octroyer des lettres de noblesse^ dans lesquelles un considérant assez curieux vise « les ancêtres » du nouvel écuyer, seigneur de Mézières, Bernay et autres lieux, qui, dit-on, a ont professé cet art avec distinction, notamment le sieur François Mansart, son grand-oncle ». C’est évidemment ce sentiment d’orgueil familial qui fit commander, quelques années après, à Coyzevox le buste rétrospectif du père Gabriel, lequel n’avait été qu’un entrepreneur sans grande renommée, mais qui avait eu la bonne fortune d’entrer dans la famille des Mansart.
Jacques V Gabriel, anobli, n’allait pas s’en tenir là; architecte ordinaire du roi, contrôleur des dedans du château de Versailles en 1709,1! passe en 1718 à la première classe de l’Académie d’architecture et en 1722 il est nommé chevalier de Saint-Michel, en 1734 premier architecte du roi, en 1735 directeur de l’Académie d’architecture. Il vient de construire l’hôtel
I. Voir Jules GuiflFrey, Lettres de noblesse accordées à des artistes français^ Paris, 1873, p. 12, n° VI, et Louis de Grandmaison, Essai d'armorial des artistes français, 1904, p. 14.
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Biron à Paris et de conduire la décoration de la chambre de la reine de Versailles; il approche de soixante-dix ans : c’est le couronnement d’une magnifique carrière. C’est le moment où Jean-Louis Lemoyhe a fixé ses traits pour la postérité dans la belle effigie de marbre de la collection André qui porte la signature, inscrite derrière le piédouche :
IJ 36. J.-L. Lemoyne fecit et au revers des épaules :
Jacques Gabriel.,
Premier architecte du roy.
C’est un morceau extrêmement brillant qui rappelle les qualités décoratives du Mansart du Louvre, avec plus de finesse et d’élégance et sans cette ampleur presque colossale qui alourdit un peu le buste que le même auteur avait sculpté en ijoS, plus de vingt ans auparavant, pour sa réception à l’Académie. La draperie très mouvementée, un peu rocaille, est d’une habileté supérieure. Des broderies plus riches qui rehaussent le manteau, une cravate soyeuse qui bouffe et se chiffonne, sans compter le cordon de Saint-Michel étalé sur la poitrine, font paraître un peu sec et pauvre par comparaison le buste plus classique où Coyzevox avait représenté le père du modèle de Lemoyne.
Quant à la physionomie, elle est très heureusement traduite. Les traits sont un peu marqués; mais les chairs encore fermes et l’œil vif, la prunelle indiquée par ce coup d’outil profond que Houdon accentuera encore. L’allure générale, un peu hautaine, est tempérée par une certaine bonhomie. Toute la figure
Phot. Bulloz.
Ange-Jacques Gabriel (1699-1782).
Buste par Jean-Baptiste Lemoyne.
(Musée du Louvre.)
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LES BUSTES DES TROIS GABRIEL. Boy
inspire, comme l’écrit M. le comte de Fels à propos du portrait anonyme de Versailles, « le calme d’un homme heureux ». Ce sont là des qualités de finesse et de pénétration que Jean-Louis Lemoyne a parfois montrées (ainsi dans le buste de l’architecte Duplessis au Musée de Bordeaux par exemple) et qui font prévoir celle de son hls Jean-Baptiste, l’admirable portraitiste de Louis XV et de la Clairon.
C’est à ce dernier qu’est due, comme on le sait, la dernière des trois effigies, celle du Louvre qui fut acquise en i885 à la vente de la collection Burat, pour le prix, qui paraîtra inouï aujourd’hui et presque digne encore du règne de Louis-Philippe, de i,6oo francs.
Il porte l’inscription au revers :
Ange- Jacques GabîHel Af^chitecte du roi par J. -B. Lemoyne.
Il ne porte pas de date, mais nous pouvons supposer qu’il fut exécuté aux environs de 1760.
Nous n’y insisterons pas, car l’œuvre est aujourd’hui bien connue. Elle est digne d’ailleurs de l’homme qu’illustrent les magnifiques constructions de l’École militaire, de la place Louis XV, de l’Opéra de Versailles, du château de Compiègne et tant d’autres entreprises. M. le comte de Fels, qui l’a reproduite en tête de son beau livre et qui y voit la meilleure et presque la seule effigie de son héros, en l’absence d’une peinture de Tocqué et d’un pastel de La Tour disparus ou égarés \ y reconnaît l’artiste et
I. Un pastel de Vivien mentionné dans un inventaire que cite M. de Fels était peut-être un portrait du père ou du grandpère d’Ange-Jacques Gabriel.
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l’homme de cour que fut Gabriel, avec ce contentement de soi et aussi cette finesse spirituelle que comportait sans doute le génie d’un tel homme.
On pourrait peut-être aussi noter que J. -B. Lemoyne, qui avait été surtout le collaborateur des travaux de Jacques Gabriel le père, à Bordeaux ou à Rennes, qui mainte fois dans des groupes plus ou moins tumultueux avait encore sacrifié au goût rocaille, a su trouver pour l’effigie du rénovateur du style classique, tout en évitant cette affectation de retour à l’antique que certains artistes vont bientôt mettre à la mode, une simplicité d’arrangement dans la draperie enveloppante et souple, une grâce fine et précise qui lui conviennent beaucoup mieux que le fracas étincelant déployé par Jean-Louis Lemoyne pour le portrait de son père.