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CONTRE LES PORTRAITISTES

AU XVIIU SIECLE.

Par M. .Tean Locquin.

La doctrine académique, telle qu’elle apparaît vers le milieu du xviu siècle, impliquait logiquement une « Hiérarchie des Genres ». C’est ce dogme nouveau que Félibien formule et enseigne à ses disciples dans la Préface de ses Conférences à.o, 1667. « La représentation », dit-il, « qui se fait d’un corps en traçant simplement des lignes ou en mêlant des couleurs, est considérée comme un travail mécanique. C’est pourquoi, comme dans cet art il y a différents ouvriers qui s’appliquent à différents sujets, il est constant qu’à mesure qu’ils s’occupent aux choses les plus difficiles et les plus nobles, ils sortent de ce qu’il y a de plus bas et de plus commun et s’anoblissent par un travail plus illustre. Ainsi, celui qui fait parfaitement des paysages est au-dessus d’un autre qui ne fait que des fruits, des fleurs ou des coquilles. Celui qui peint des animaux vivants est plus estimable que ceux qui ne représentent que des choses mortes et sans mouvement. Et comme la figure de l’homme est

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le plus parfait ouvrage de Dieu sur la terre, il est certain aussi que celui qui se rend l’imitateur de Dieu en peignant des figures humaines est beaucoup plus excellent que tous les autres. Cependant, quoique ce ne soit pas peu de chose de faire paraître comme vivante la hgure d’un homme et de donner l’apparence du mouvement à ce qui n’en a point, néanmoins, un peintre qui ne fait que des portraits n'a pas encore atteint cette haute perfection de l’art et ne peut prétendre à l’honneur que reçoivent les plus savantsK II faut pour cela passer d’une seule figure à la représentation de plusieurs ensemble, il faut traiter l’Histoire et la Fable, il faut représenter de grandes actions comme les historiens ou des sujets agréables comme les poètes; et, montant encore plus haut, il faut, par des compositions allégoriques, savoir couvrir sous le voile de la Fable les vertus des Grands hommes et les Mystères les plus relevés... »

La hiérarchie établie par Félibien est donc la suivante : au sommet, l’Allégorie et la Peinture d’Histoire proprement dite; au troisième rang, le Portrait; au quatrième, les Animaux ; au cinquième, le Paysage ; et, enfin, tout en bas, la Nature morte.

Les théoriciens postérieurs, Roger de Piles et les autres, admettent comme une vérité indiscutable cette classification académique.

Cependant, les artistes, qui jugent, en général, la question d’un point de vue plus pratique, se montrent beaucoup moins préoccupés de l’honneur que du

I. On sait qu’aux termes de l’article XIII des statuts de 1664, nul ne pouvait être nommé professeur à l’Académie, s’il n’avait été reçu en qualité de peintre d’histoire.

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profit. Au risque de s’amoindrir dans l’estime des théoriciens, ils préfèrent volontiers, au genre « le plus noble », le genre le plus lucratif. « Le portraitiste gagne de quoi faire bouillir son pot », note Richelet dans son Dictionnah^e\ « parce qu’il n’y a pas de bourgeoise un peu coquette et un peu à son aise qui ne veuille avoir son portrait. » Et les portraits se multiplient, au grand détriment de la peinture d’histoire. D’abord, presque tous les jeunes peintres débutent dans le portrait. Leurs maîtres sont les premiers à les y pousser. Vien lui-même, s’il avait suivi les conseils de Charles Parrocel, en 1740, serait devenu, peut-être, un émule des Nattier et des La Tour. Et puis, une fois qu’ils ont acquis du talent et une certaine réputation dans cette partie, beaucoup sont tentés d’y rester et de s’y spécialiser entièrement. Aussi voit-on les portraitistes augmenter de nombre à chaque Salon, et leurs œuvres, envahissant peu à peu toutes les cimaises, accaparer de plus en plus l’attention des visiteurs^.

Cet empiétement continuel d’un genre proclamé subalterne par l’orthodoxie académique prenait maintenant les proportions d’un véritable défi jeté à la saine doctrine. Les bons esprits, habitués à juger la

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