‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 146 sur 220 · I. — Buste de « Bélisaire » au Musée de Toulouse · texte numérisé non relu

I. — Buste de « Bélisaire » au Musée de Toulouse

Dans la « récapitulation » de ses ouvrages exécutés depuis 1769 et qu’il rédigeait vers 1784^, Houdon a indiqué, sous le même n° 29, l’existence de plusieurs têtes d’expression qu’il aurait modelées vers le début de sa carrière :

« Une tête d’étude représentant Un vieillard.

« Une autre à tête chauve.

« Une autre représentant Un ivrogne.

« Une autre représentant Un rabbin juif . »

Il est vraisemblable de voir dans le premier de ces morceaux le buste exposé au Salon de 1773, sous le n° 236 : « Une tête de vieillard aveugle, représentant Bélisaire », les autres têtes assez singulières nous étant maintenant inconnues. Sans avoir dans son œuvre une grande importance, il est néanmoins intéressant de connaître encore quelque spécimen de ces essais du grand artiste; or, l’une de ces études de physionomie humaine nous a été conservée, c’est justement le Bélisaire du Salon de 1773.

L’Académie de peinture et sculpture de Toulouse, s’inspirant des règlements du grand corps académique du royaume, demandait également à ses membres un « morceau de réception » et organisa même un Salon annuel à partir de 1751^. Houdon, qui venait d’être reçu dans la Société provinciale,

1. Une liste d'œuvres de J.-A. Houdon^ publiée par P. Vitry. Archives de VArt français^ nouvelle période, t. I (1907).

2. Voir l’intéressante étude du baron Desazars de Montgailhard sur L'art à Toulouse. Les Salons de peinture au XVIIL s. Extrait des Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France^ iQotj in-4“.

Bélisaire.

Plâtre par Houdon.

(Musée de Toulouse.)

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envoya au Salon de Toulouse de lyyô un plâtre représentant son vieillard aveugle, appelé noblement Bélisaire^ et un buste de Saint Je an K L’année suivante, au Salon de 1777, les deux sculptures sont de nouveau exposées. Le Bélisaire seul a été conservé heureusement, comme plusieurs autres morceaux provenant de l’Académie toulousaine, et il fait partie du Musée des Augustins depuis sa fondation^. Il n’est pas signé, mais la provenance garantit son attribution. La fadeur de la matière est simplement dissimulée par une légère patine qui fait croire à une terre cuite. Est-ce l’épreuve originale de 1773 ou un surmoulage? Il n’importe, car on sent que l’artiste a réparé son plâtre lui-même, les coups d’outil sont marqués ici et là.

La reproduction photographique qui accompagne ces lignes nous dispense d’une description. Nous ne voulons pas surfaire sa valeur artistique, ce n’est qu’un bon morceau d’atelier, une excellente tête d’expression digne d’emporter le prix académique. Mais l’étude du modèle est sincère, sans recherche d’effet déclamatoire. Houdon a copié, avec sa véracité habituelle, l’individu qui posait sous ses yeux, se contentant de jeter sur ses épaules une draperie pour pouvoir lui donner un nom antique. L’exécution est souple, le rendu des cheveux et de la barbe particulièrement habile. Houdon, par cette étude, montre toujours sa prodigieuse faculté de copiste de la nature comme la médiocrité de son imagination créatrice,

1. Probablement la tête de la statue de saint Jean exécutée à Rome et dont il existe un buste de plâtre au Musée de Gotha.

2. Musée de Toulouse. Catalogue des antiquités et des objets d’art, par E. Roschach, i865, n" 889“. Buste plâtre de grandeur naturelle. H. o“73. — Catalogue des collections de sculptures et d’épigraphie, par H. Rachou, 1912, n® 914.

qu’il s’agisse de simples figures représentant des passions humaines ou de statues symboliques, un Hiver ou un Eté,

IL — Les bustes de Miromesnil.

Houdon exécuta souvent plusieurs répliques d’un même buste pour satisfaire à de nombreuses commandes; il est utile de les confronter, d’examiner si l’artiste a modifié quelque détail ou s’est contenté de se répéter exactement. L’étude des bustes du marquis de Miromesnil fournira un exemple intéressant.

Au Salon de lyyS, sous le n° 253, Houdon exposait le buste en marbre du marquis de Miromesnil, garde des sceaux de France. Armand-Thomas Hue, marquis de Miromesnil (ou Miroménil), né en 1723, dans l’Orléanais, premier président du parlement de Normandie, en lySS, tenait les sceaux depuis le 24 août 1774, par la protection de Maurepas. Houdon reçut ou sollicita la commande de faire le portrait du nouveau ministre; il est alors en possession de tout son génie et en pleine renommée*. A ce Salon de 1775 paraissent des bustes célèbres de femmes : la comtesse de Jaucourt, la comtesse de Cayla, M»"® His et le modèle en plâtre du Turgot. Un critique^, en comparant les bustes des deux hommes d’Etat, le garde des sceaux et l’économiste, a écrit quelques lignes assez curieuses, malgré leur banale rhéto-

1. Il y eut un projet d’élever une statue au garde des sceaux dans le palais du Parlement à Rouen. Voir Délerot et Legrelle, O/?. c/L, p. 49 du tirage à part.

2. Cité par Délerot et Legrelle dans leur étude, p. 48-49 du tirage à part.

rique, parce qu’il se glisse au début une appréciation qui ne manque pas de Justesse sur la forme épaisse de la perruque, mais surtout parce qu’elles révèlent la déplorable tendance des théoriciens à nier la valeur artistique du costume moderne. Diderot n’avait-il pas souvent blâmé J. -B. Lemoyne de sa fidélité à rendre les rabats, les boutons ou les rubans, et n’avait-il pas écrit : « Lorsque le vêtement d’un peuple est mesquin, l’art doit laisser là le costume. Que voulez-vous que fasse un sculpteur de vos vestes, de vos culottes et de vos rangées de boutons ^ ? »

« M. de Miromesnil est très ressemblant, mais lourdement vêtu; sa simarre a des plis raides et durs que l’art doit éviter soigneusement, et la perruque surtout est d’un volume énorme; c’est un bloc de marbre dont il est écrasé, non encore dégrossi : il est vrai que cet ornement est tout à fait ingrat. La chevelure ondoyante de M. Turgot est plus avantageuse et aussi mieux rendue. J’en reviens aux expressions de tête que j’admire singulièrement, car outre cette qualité éminente et commune de bienfaisance et d’humanité que j’y remarque, outre la vérité des traits qui les font connaître au premier coup d’œil, j’y trouve ces finesses de génie auxquelles ne songent pas même les artistes vulgaires. Je vois dans le garde des sceaux le recueillement profond, l’exactitude minutieuse et vigilante du dépositaire des lois, dont les fonctions ne sont que de conserver, de maintenir ou de remettre en vigueur. Dans le ministre des Finances, au contraire, je découvre l’homme actif qui invente et qui produit. Il paraît que l’artiste, M. Hou-

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