‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 151 sur 220 · IV. — Le buste de Cagliostro au Musée d’Aix · texte numérisé non relu

IV. — Le buste de Cagliostro au Musée d’Aix

Dans la belle collection d’œuvres d’art que J. -B. Bourguignon de Fabregoules tenait de son père et qu’il offrit généreusement au Musée d’Aix-en-Provence, en 1860, se trouvait un buste d’homme signé par Houdon et daté de 1786, dont la véritable désignation n’a été connue que depuis peu d’années. Représenté jusqu’à la poitrine, la tête haute, le regard

I. II existe en plâtre un remarquable buste de Buffon vieilli, le visage amaigri et ridé que conservent la bibliothèque Sainte- Geneviève et le Muséum et que l’on serait tenté d’attribuer à Houdon par son mérite, mais les preuves manquent. Une copie en marbre de ce plâtre se trouve au Musée de Versailles (n“ 860 du Catalogue, par Soulié).

inspiré, la chemise à jabot découvrant largement le cou, le personnage fut déclaré être Jean Paesiello, musicien italien, né à Tarente en 1741, mort à Naples en 1816, compositeur fort célèbre de son temps et dont un beau portrait, par Vigée Le Brun, reproduit les traits (au Musée du Louvre). C’est ainsi que le marbre fut enregistré aux divers catalogues du Musée d’Aix\ comme à l’Exposition universelle de 1867, où il figura dans le groupement d’œuvres d’art ancien appelé : Histoire du travail.

Cette attribution iconographique n’était pas ridicule, comme tant d’autres, car il existe quelque ressemblance dans la pose « inspirée » du personnage sculpté par Houdon et l’attitude que donnèrent au musicien M*"® Vigée Le Brun et plusieurs graveurs. Mais la vérité a été découverte et la démonstration de l’erreur aisée, quand a été connue une œuvre sem- ' blable qui avait conservé son « état civil ». M. Storelli, l’auteur d’une étude sur les Nmz, possédait dans son château, près de Blois, un plâtre peint en couleur verte foncée, non signé, mais qu’une tradition de famille affirmait être le portrait dè Joseph Balsamo, dit Cagliostro, donné par le fameux aventurier lui-même à son avocat, M® Thilorier^, lors du célèbre procès. Le contrôle de cette affirmation était

1. Houdon. Buste de Jean Paesiello. Marbre blanc, grandeur naturelle. H. o“8o. Signé : Houdon /. iy86^ n" 683 du Catalogue du Musée d’Aix, par Honoré Gibert, i'* partie : Archéologie^ Sculpture, Aix, 1882. N“ 776 de la 2* partie du Catalogue : Peintures, Sculptures modernes, par Honoré Pontier, 1900.

2. Ce buste, qui mesure la même dimension que celui d’Aix (H. o“8o), a été publié par M. Frantz Funck-Brentano dans son livre : Le collier de la reine (Paris, 1901, in-16); le même cliché a paru dans la Revue encyclopédique, 1901, p. 780. M. L. Gonse, dans l’ouvrage déjà cité sur les Musées de France (p. 24-25), a bien élucidé la question en publiant une gravure du marbre d’Aix.

Cagliostro.

Marbre par Houdon.

(Musee d’Aix-en-Provence.)

aisé, les portraits gravés assez abondants de Cagliostro confirmèrent pleinement la tradition. Une gravure, assez médiocre mais précieuse, existe même d’après le buste qui nous intéresse; la légende porte : « Peint par Boudeville, d’après le buste de M. Houdon, et gravé par Pariset^ »

Le plâtre de M. Storelli avait déjà permis une identification semblable. Dans son admirable collection d’art français du xviiie siècle. Sir Richard Wallace possédait un marbre signé : Houdonf. iyS6^ et qui demeurait anonyme, déjà prêté à plusieurs expositions, quand, en 1888, placé de nouveau sous les yeux du public à r « Exposition de l’art français sous Louis XIV et Louis XV », organisée à l’École des beaux-arts, il fut reconnu par M. Storelli. Charles Yriarte publia la découverte dans une note excellente^, mais il ignorait la réplique d’Aix-en-Provence. Une rétrospective récente, celle des Cent Pastels, en 1908, où le buste, devenu propriété de Sir Murray Scott, fut de nouveau envoyé, nous a permis de constater la parfaite ressemblance des deux marbres^. De mêmes dimensions, portant la même signature, la

1. Voir, pour d’autres portraits donnant le même type, la planche dessinée par Pujos, « ad vivum », datée de 1785, gravée par Vinsac, celle dessinée et gravée par Ch. Guérin, 1781, la gravure où les traits sont régularisés de Bartolozzi (Londres, 1786).

2. Le buste de Cagliostro par Houdon. Chronique des arts, 1888, p. 252-253; cf. Mémoires de Bagatelle, dans Revue de Paris, n“ du i5 septembre igo3, p. 408.

3. Voir le relevé de ces prêts à des expositions rétrospectives dans le Catalogue raisonné des sculptures exposées aux Cent Pastels dans le Bulletin de la Société de VHistoire de l’Art français, 1908, p. 173-175. — Depuis la mort de Sir Murray Scott, le buste doit appartenir à Lady Sackville, héritière de cette partie des collections. M. Henry Roujon a consacré un « En Marge » à ce buste, le Temps du 8 juin 1908, et une note exacte a paru dans les Débats du 7 juin 1908.

36o NOTES SUR QUELQUES BUSTES DE HOUDON.

même date, ce sont des répliques exactes d’un modèle original, dont le plâtre Storelli garde l’image. Les deux marbres auront été exécutés au même moment par Houdon, et il est difficile de constater une différence de valeur dans leur technique. Cependant, l’exemplaire d’Aix est taillé dans une matière moins pure, des veines tachent assez malencontreusement le visage, comme on peut le voir par la reproduction publiée ici.

On s’explique aisément que Houdon ait été désireux de modeler les traits d’un homme dont le nom fut à Paris sur toutes les lèvres, lui qui était toujours soucieux de posséder les représentations exactes des célébrités contemporaines, mais on ne sait pas exactement à quel moment l’illuminé posa devant le génial portraitiste. Probablement dès 1785, à son arrivée à Paris, car, en 1786, Cagliostro était à la Bastille et n’en sortit que pour prendre la route de l’exil. D’autre part, Houdon avait quitté la France, en juillet 1785, pour l’Amérique, et ne rentrait qu’en janvier 1786. Le buste de Cagliostro fut-il exposé à un Salon par l’artiste? Aucune mention ne nous permet de le supposer. L’origine des deux marbres nous échappe, celui de la collection Wallace avait été acquis, au hasard d’une vente, à Paris, l’autre pouvait se trouver en Provence depuis le xviiie siècle.

A la vente de 1828 se trouvait un plâtre du Cagliostro sous le n° 3i. C’était le modèle gardé par l’artiste; Boilly l’a reproduit fidèlement, au premier rang des bustes rassemblés sur les planches de l’atelier de Houdon, dans son précieux tableau, aujourd’hui au Musée de Cherbourg’.

I. Il nous sera permis de mentionner, pour excuser cette dissertation sur une question déjà résolue, que c’est par une

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