‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 152 sur 220 · V. — Buste de R.- F. Grand · texte numérisé non relu

V. — Buste de R.- F. Grand

Le buste que nous publions, conservé dans une collection particulière, est une simple terre cuite, de grandeur naturelle, montée sur un piédouche de marbre blanc. Au dos ne figure pas une signature, mais le cachet de cire rouge bien connu, qu’apposait souvent Houdon sur ses oeuvres et répliques, portant la marque : Académie royale, le nom du sculpteur et une date qui malheureusement, à demi brisée, n’est plus lisible.

Le personnage représenté est le banquier genevois Grand, qui joua un rôle important dans les négociations financières du règne de Louis XVI. Rodolphe-Ferdinand Grand, né en 1726, vint s’établir à Paris et ne tarda pas à y prendre une situation considérable. Il fut mêlé à des affaires avec l’Espagne, servit d’intermédiaire entre la France et l’Amérique pour l’envoi de fonds destinés à la guerre de l’Indépendance, et par là se lia d’amitié avec Franklin. Ce dernier a noté dans son « Journal », à la date du 21 juillet 1784, un fait qui prouve les relations du banquier et du sculpteur Houdon : « M. Grand, écrit Franklin, m’a dit avoir acheté ici mon buste et celui de M. d’Alembert ou Diderot, pour les emporter avec lui en Suède. Il est parti hier soirL » Il s’agit de plâtres vendus par Houdon, sans nul doute. Ferdinand Grand rentra en Suisse au

correspondance échangée avec M. Fonder, conservateur du Musée en mai 1901, que la véritable iconographie du buste d’Aix a été démontrée. D’après ces indications, une note fut publiée, par M. Lucas de Montigny, dans la Revue historique de Provence^ t. I, 1901, p. 3Ô2.

I. Cité par Montaiglon et Duplessis dans leur étude, Revue universelle des arts, t. I, p. 3 18 (note 2).

moment de la Révolution et mourut en 1794 au château de Crassier. A quelle date Houdon fut-il appelé à faire son buste? D’après l’âge du modèle, il semble que le buste date des dernières années du règne de Louis XVI, vers 1784-1785; nous n’avons pu trouver trace de la sculpture dans les écrits contemporains. Discrète et intime, modeste d’apparence, l’œuvre n’en est pas moins exquise, traduisant avec une délicatesse et une justesse admirables le sourire fin et contenu des lèvres, la malice pénétrante du regard. De cette terre colorée, qui garde tous les accents de la main du maître, il émane comme un rayonnement de vie.

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