Archives nationales, H
LES VISITES DU MONUMENT
subsiste plus de ce fastueux monument que les quatre Esclaves qui se trouvaient aux angles du piédestal et qui décorent aujourd’hui la façade de l’Hôtel des Invalides, et les six bas-reliefs du piédestal qui, après avoir été recueillis au Musée des Monuments français, ont trouvé place au Musée du Louvre, nous avons pensé qu’il serait particulièrement intéressant de clore la série de ces visites, que la Municipalité parisienne ne manqua pas de continuer pendant tout un siècle, en reproduisant le texte des rapports qui furent adressés à l’Echevinage par les deux experts Bernard Poyet et Jacques-Guillaume Legrand.
Voici dans quelles conditions s’effectua la visite de 1788. Dès le mois d’août, M. Ethis de Corny, procureur du roi et de la Ville, avisa Louis Arnaud, vicomte d’Aubusson et de la Feuillade, de l’intention du Bureau de la Ville de procéder, le 5 septembre, à la visite réglementaire du monument de la place des Victoires; il ne reçut aucune réponse, mais par lettre, datée de ce jour, M. du Rozoir, intendant du vicomte d’Aubusson, manda à l’architecte Poyet que le Bureau de la Ville ayant cru pouvoir fixer sans la participation du représentant de la famille le jour de la visite du monument et sans lui laisser le temps de prendre les dispositions nécessaires, le vicomte d’Aubusson ne s’y rendrait pas et ne se ferait pas représenter. M. Ethis de Corny, par lettre adressée le 18 octobre au vicomte d’Aubusson, déclara que la fixation de la date ne dépendait ni du Bureau de la Ville ni des appelés à la substitution prévue par le contrat du 29 juin 1687, niais qu’elle résultait de la volonté même du donateur, en faisant observer que, « si le jour fixé et les détails pouvaient être absolument soumis à des
DE LA PLACE DES VICTOIRES. ^iS
arrangements arbitraires, il serait à craindre que le fond de la chose et les époques capitales ne le devinssent aussi. Alors comment garantir l’effet des intentions du fondateur et la durée de l’hommage dont il a voulu expressément perpétuer le souvenir et la conservation »? M. Ethis de Corny conclut en disant qu’il espérait que, dans aucun temps, les appelés à la substitution ne mettraient la Ville « dans la pénible nécessité de leur faire notifier juridiquement les dispositions et les conditions de l’acte solennel de la volonté de leur auteur ».
Le vicomte d’Aubusson, toutes réflexions faites, ne persista point dans sa détermination et se fit représenter par son intendant à la visite qui eut lieu avec le cérémonial accoutumé le 22 octobre.
Bernard Poyet, architecte de la Ville, et Jacques- Guillaume Legrand, contrôleur des bâtiments de la Ville, constatèrent l’état du monument dans le rapport suivant^ :
Visite du monument de la place des Victoires.
22 octobre 1788.
De l’ordonnance de Messieurs les prévôt des marchands et échevins de la Ville de Paris, rendue sur le réquisitoire de M. le procureur du Roi et de la Ville.
Nous Bernard Poyet, architecte du Roi et de la Ville, et Jacques-Guillaume Legrand, contrôleur des bâtiments de la Ville, nous sommes transportés ce jourd’hui, 22 octobre 1788, heure de..., sur la place des Victoires, où étant en présence de MM. les prévôt des marchands et échevins et de M. le Procureur du Roi et de la Ville, accompagnés du greffier d’ieelle et assistés des officiers et gardes de ladite Ville, pour y voir et visiter la statue pédestre