‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 190 sur 220 · I. Archives nationales, H igSg · texte numérisé non relu

I. Archives nationales, H igSg

LES VISITES DU MONUMENT

22 octobre dernier, il a été reconnu nécessaire de faire à différentes parties du monument plusieurs réparations indispensables qui sont indiquées dans le rapport de cette visite. Il y a été principalement constaté que le nettoiement et le lessivage de la statue et des sculptures accessoires avait été négligé et qu’il était indispensable d’ordonner le nettoiement général de tous ces objets; il y a été reconnu de plus que, par un abus inexcusable, on avait permis au gardien du monument de mettre, sur les quatre bas-reliefs en bronze qui ornent le piédestal, plusieurs couches grossières de couleur noire à l’huile qui ont l’inconvénient de détruire les beautés de détails de ces chefsd’œuvre de l’art, en dénaturant la pureté des formes et du dessin, et qu’il était temps d’arrêter cet abus en défendant de se servir à l’avenir d’un procédé pareil dans Tentretien desdits bas-reliefs, et en ordonnant de faire enlever ces couches de couleur avec toutes les précautions convenables.

Cette opération est délicate et demande à être confiée à une personne dont l’intelligence et l’expérience soient parfaitement reconnues; nous avons en conséquence cru devoir faire choix du sieur Ghaillot de Prusse, peintre très habile et d’une expérience consommée dans ces sortes d’ouvrages, et nous l’avons chargé de se transporter sur les lieux à l’effet d’examiner la nature de l’ouvrage et d’être en état de présenter d’avance un aperçu de la dépense qui en devoit résulter. Nous lui avons observé que le choix que nous faisions de lui pour cette opération devoit être soumis au Bureau de la Ville, et qu’en outre ces bas-reliefs ne pouvant être ni déplacés ni transportés dans ses ateliers, il devait employer un moyen qui n’occasionnât aucun déplacement. Le sieur Ghaillot de Prusse s’est effectivement transporté à la place des Victoires pour examiner ces bas-reliefs. Il en a trouvé un, dont les scellements étaient en si mauvais état qu’il courait risque de tomber. Le bas-relief a été en conséquence déplacé pour être rescellé plus solidement, l’on a profité de cette circonstance pour faire l’essai sur place et dans l’enceinte même de la grille du procédé qu’il doit employer, cet essai a réussi complètement et ne laisse aucun doute sur

les avantages qu’il y aurait à l’employer pour ramener ces bas-reliefs à leur premier état sans endommager la sculpture.

Nous avons cru devoir faire faire cet essai avant de demander au Bureau de la Ville l’autorisation nécessaire pour donner les ordres au sieur Ghaillot de Prusse, dont l’état de dépense à faire est ci-joint ^

Cette dépense augmentera celle à faire pour les réparations reconnues indispensables et excédera nécessairement celle que M. le vicomte d’Aubusson est dans l’habitude de faire pour l’entretien du monument. M. Du Rosoir, son intendant, m’a fait même verbalement et par écrit l’observation que les dépenses s’élevaient à la suite de chaque visite à une somme d’environ i5o livres, que la dernière réparation ne s’était élevée qu’à i3o. Nous avons pensé en conséquence qu’il était de notre devoir de mettre ces différentes considérations, ainsi que l’état général de la dépense à faire, sous les yeux du Bureau de la Ville, afin de le mettre à portée de nous donner à cet égard les ordres qu’il jugera convenables.

Nous croyons devoir observer en même temps que le sieur Adam 2, marbrier, sans en avoir reçu l’ordre, a fait

1. « Les sieurs Ghaillot de Prusse et Goutière proposent de nettoyer les quatre bas-reliefs du piédestal de la statue de la place des Victoires et de leur donner ensuite la couleur de verd antique par un procédé qui leur est propre pour les ramener à la couleur générale du monument, le tout moyennant la somme de 3oo livres.

« A Paris, ce 22 novembre 1788.

« Signé : Gouthière et Ghaillot de Prusse. »

2. « État de la réparation de la marbrerie du piédestal de la

place des Victoires par Adam, sculpteur-marbrier, rue de Popincourt, sçavoir : pour le nettoyage du piédestal ainsi que les pièces à rapporter et à mastiquer, faire ragréer les joints des morceaux, reblanchir tout le piédestal, faire reposer les carreaux en mastic et faire enlever les taches d’huile, faire laver et nettoyer les carreaux, les marches, faire 3o à 40 pieds de joints, le tout évalué à 200 livres.

« Ce 22 novembre 1788.

« Signé : Adam. »

Indépendamment des dépenses ci-dessus, il y eut une dépense

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bronzer une partie de la figure de la Victoire; que nous avons désapprouvé ce procédé, qui est de mauvais goût et produisait un mauvais effet, et que nous lui avons donné l’ordre, de ne pas aller en avant sur ce point et de faire remettre les choses dans leur premier état.

Fait à Paris, le 21 novembre 1788.

Signé : Poyet, Legrand.

Soit communiqué à M. le Procureur du Roi, ce 23 novembre 1788. Signé : Rouen.

A Rapproche de la Fédération du 14 juillet 1790, l’Assemblée constituante, ne voulant laisser subsister aucun monument qui pût rappeler des idées d’esclavage, offensantes pour les provinces réunies au royaume, décréta, le 26 juin, sur la motion d’Alexandre de Lameth, que les quatre figures enchaînées au pied de la statue de Louis XIV sur la place des Victoires seraient enlevées avant le 14 juillet. Deux jours après, plusieurs artistes parisiens, membres de l’Académie de peinture, entre autres David, Restout et Jullien, soucieux de conserver des chefs-d’œuvre de l’art sortis de la main de Desjardins, rédigèrent une adresse à l’Assemblée nationale, qui fut présentée le 28 juin, à l’effet de proposer la construction, « dans un endroit remarquable de la Ville, d’un socle carré autour duquel on placerait les figures, mais sans chaînes, ni aucuns des accessoires flétrissants qui les accompagnent ». Lors de la discussion soulevée par cette proposition, l’un des membres demanda qu’on laissât les statues en place, en enlevant seulement les chaînes et les attributs de l’esclavage; M. Bouche fit observer que ce serait en pure perte, attendu qu’on

supplémentaire de 48 livres pour deux bornes à renouveler, de 42 livres pour deux piquants à la grille et de 12 livres pour des grilles au-dessus des gargouilles.

ne supprimerait pas l’attitude humiliante et l’air abattu de ces statues et proposa de passer à l’ordre du jour, qui fut décrété.

Déjà à cette époque le sentiment populaire était très surexcité et, le jour même où fut rendu le décret ordonnant la suppression des figures enchaînées, M. Bailly invita M. de Lajard, major de la garde nationale parisienne, à faire surveiller la place des Victoires afin d’empêcher le peuple d’anéantir luimême ces monuments du despotisme et de la servitude. Ce ne fut qu’ajourné; le 14 août 1792,00 décret de l’Assemblée législative ordonna l’enlèvement des statues, bas-reliefs, inscriptions et autres monuments en bronze; cette fois, rien ne pouvait plus sauver de la destruction le monument fastueux qui, dans la pensée du maréchal de la Feuillade, devait perpétuer le glorieux souvenir du règne de Louis XIV.

AU XVIIL SIÈCLE

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