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Wille, Journal, t. I, p. i3i, i

45o PIERRE-ALEXANDRE WILLE LE FILS.

une différence : Greuze, en contemporain de Rousseau, attribuait toutes les vertus à des « bourgeois de campagne » ; Wille le fils place ses scènes, comme Moreau le jeune, à la ville. Néanmoins, on retrouve très bien dans ces citadins les bons pères et les bonnes mères de Greuze. Dans le Patriotisme français^ la mère ressemble h. la Dame de chajHté^ le père, c’est le père de famille habillé en homme du monde, bien frisé, bien poudré. La jeune fille de la Double récompense du mérite est parente des jeunes filles de Greuze, comme Javotte est sœur de VAccordée de village.

Gomme Greuze aussi, il s’efforce d’introduire dans ses tableaux des détails significatifs. Sa mère des Soins maternels dispose un ruban sur le chapeau de son fils qui tient un abécédaire, ce qui veut dire : cette mère ne se contente pas d’orner les vêtements de son enfant, mais encore forme son esprit. Ces détails sont d’ailleurs parfois directement empruntés à son maître : dans les Derniers moments d’une épouse chérie., une des filles ordonne le silence a un jeune garçon qui joue du tambour, c’est un souvenir direct du Repos., exposé par Greuze au Salon de lySq. Il est même arrivé à Wille d’amplifier purement et simplement une esquisse de son maître; il s’est contenté, dans le Devoir filial., de peindre un dessin exécuté par Greuze dix ans auparavant; on voyait des enfants aider une vieille femme paralytique à gagner un fauteuil.

Wille le fils demande aussi des leçons aux Hollandais; il s’inspire de leur composition, qu’il s’agisse de ces sujets intimes où les personnages sont représentés à mi-corps, qu’il s’agisse des scènes en plein

air, comme cette Fête des bonnes gens^ cette Noce de village ou cette Danse villageoise; il s’inspire de leurs types, que ce soit cette tête enturbanée qui fait songer aux rabbins de Rembrandt ou ce Philosophe du temps passée que ce soit cette femme des Conseils maternels telle certaines « dames » de Terburg

ou de Metsu, d’un mantelet de satin bordé d’une fourrure. Comme les Hollandais aussi, il aime les tableaux réalistes, il s’amuse à dessiner des ivrognes en colère, des joueurs qui se disputent. De Teniers, de Brauwer, il hérita le goût des grotesques, le plaisir de la caricature. Son père, d’ailleurs, n’avait-il pas éprouvé lui-même en 1739 quelque joie à tordre les visages dans ses Six grimaces? Qu’est en effet cette Société champêtre^ sinon une caricature? Cet abbé ridicule ou ces vieux joueurs bouffons riaient déjà de leurs bouches édentées chez les barbiers et dans les kermesses. Ce personnage qui ricane dans son coin n’est-il pas un émigré de l’œuvre de Jean Steen?

Et même lorsque Wille veut s’amuser au spectacle des mœurs de son temps, il songe à ces maîtres. Quant au Petit Vaux-Hall^ dans « cette superbe allée » où son père Jean-Georges aimait à se promener'*, il nous montre une jeune « hétaïre », il l’entoure de vieillards grotesques qui s’inclinent, lorgnent ou discutent avec une vieille entremetteuse.

La licence, voire même la polissonnerie, ne déplaisait pas en effet à ce bon fils, à cet honnête mari qu’était Pierre-Alexandre Wille. Les tableautins galants ou érotiques d’un Beaudoin ne lui semblaient pas, comme, à Diderot ou Greuze, méprisables. Si le

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