I. Wille, Journal, t. II, p
geste d’un des vieillards du Vaux-Hall ou du jeune homme du Temps perdu est sans aucune erreur obscène, il y a plus de raffinement dans le Bouton de rose, dans la Dédicace du poème épique ou V Essai du corset. Là, c’est une jeune femme qui compare une fleur à la pointe de son sein; là, en déshabillé du matin, tranquillement, la poitrine nue, elle boit son chocolat en écoutant un poète rapiécé, à la pauvre perruque ; ici, elle laisse le bon faiseur lui passer un corset en présence d’un vieil abbé. Il ne s’agit plus de la sensualité de Greuze, on ne la retrouve guère que dans la Joueuse de ciste ou dans les Amusements du jeune âge., il s’agit vraiment de polissonnerie, et ce mélange de sentimentalité, de morale et de grivoiserie est caractéristique de cette fin d’ancien régime.
Aussi Wille le fils obtint-il, sinon l’approbation des critiques, du moins celle du public. En lyyS, lors de sa première exposition, la peinture de genre commençait déjà à perdre du terrain devant la grande peinture; néanmoins, Wille fut remarqué. La Harpe, dans sa Correspondance littéraire^ , résumait exactement l’opinion générale : « On a distingué pourtant, disait-il, un tableau dramatique du jeune M. Wille, représentant une jeune fille qui vient, comme l’enfant prodigue, se jeter aux pieds de son père et de sa famille et leur demander pardon de ses égarements. Il y a de l’expression et de l’intérêt dans ce tableau, il est bien composé, la distribution en est heureuse, mais il manque de coloris. »
En 1777, le succès fut moins vif; Aubry et Théo- Ion, qui tous deux avaient aussi débuté au précédent Salon, exposaient des toiles qui attiraient l’attention.
Leurs œuvres, comme celles de Wille, étaient inspirées de Greuze, chacun le remarquait S mais chacun aussi déclarait : « Ceux qui marchent sur ses traces sont bien loin de l’atteindre, soit par le choix de leurs sujets, soit par la manière dont ils sont rendus^ ». Deux ans plus tard, l’auteur de Ah! Ah! encot'e une critique^ était du même avis : « Plus on verra de ces tableaux, plus on regrettera de n’en pas voir de M. Greuze. » Greuze restait le modèle et sa gloire offusquait celle de ses jeunes rivaux.
Greuze, d’ailleurs, ne négligeait rien pour se réserver l’honneur des éloges. En 1777, quand Wille exposa le Devoir filial, Greuze, qui depuis une dizaine d’années ne voyait plus le bon graveur Jean-Georges, ne cacha pas ce que lui devait le jeune homme; l’auteur des Mémoires secrets '* nous a laissé ces quelques lignes où apparaît l’incurable vanité de Greuze : « M. Greuze, qui reconnaît en ce peintre son élève..., prétend en avoir composé le dessin (du Devoir filial) il y a plus de quinze ans et reproche au plagiaire de n’en avoir saisi que le matériel, de n’avoir pas creusé et terminé son action comme lui pour en tirer une idée agréable et philosophique. » Greuze était donc un peintre philosophe, Wille n’est qu’un peintre de genre. « On juge, continue l’auteur, qu’une pareille composition, qui prête aux talents de l’artiste, n’annonce aucun trait spirituel, aucune moralité pure et détournée. On va voir la différence du même sujet manié par un auteur qui combine son plan et le