Journal de Paris., 1810, p
PIERRE-ALEXANDRE WILLE LE FILS. 45g
en promenant leur décrépitude. En 1819, il reparaît au Salon avec une aquarelle.
Ces efforts ^ont vains, il reste oublié, il reste pauvre. Enfin, le 9 janvier 1821 , il se décide à envoyer à S. A. R. la duchesse d’Angoulême cette lettre navrante que les Concourt ont déjà publiée dans la préface du Journal de Wille :
Respectable, vertueuse et auguste princesse..., permettes à un vieilliard de soixante et treze ans d’oser élever sa voix jusqu’à Votre Altesse Royale.
Princesse, je suis fils du célèbre graveur Jean-Georges Wille, qui a si bien illustré son siècle par la beauté de ses ouvrages et dont les mœurs égalaient les rares talents. Marie-Thérèse, impératrice d’Allemagne et reine d’Hongrie, votre illustre ayeule, a honoré mon père de son estime et l’a comblé de ses grâces. J’ai fait mon possible pour suivre les traces de l’auteur de mes jours. Je fus reçu très jeune membre de l’ancienne Académie royale de peinture et par des traveaux assidues nous étions parvenus, mon père et moy, à nous ménager une fortune assez considérable pour des artistes; mais, hélas! l’horrible tourbe révolutionnaire a engloutie pour jamais le fruit des soins et des peines que nous nous étions donnés; en un mot, l’ouvrage de soixante-dix années de travail fut entièrement détruit. Depuis quarante-cinq ans, princesse, je suis marié à une femme qui a fait constament le charme de ma vie et dont malheureusement je suis privé du bonheur de la posséder. Ma femme, après avoir essuyé une maladie de plus de douze années, causée par ses cruels chagrins, a fini par perdre totallement la raison, est maintenant à la maison royale de Charenton. Ne pouvant par aucun moyen subvenir à payer les frais de sa pension, je supplie à mains jointes Votre Altesse Royale de daigner jeter un regard favorable sur ma situation et sur ma malheureuse épouse et vouloir bien m’accorder une légère partie des dons qu’elle se plaît à répandre sur les honnêtes infortunes qui, dans leur détresse,
sont assurés de trouver auprès de votre Auguste personne le soulagement de leurs peines...
WiLLE,
Quai des Grands-Augustins, 29.
Quinze ans après Greuze, Wille le fils, son disciple, plus disciple encore des Hollandais, mourait comme lui dans la misère et dans l’oubli.
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