DU CHATEAU DE VERSAILLES
statues destinées (hélas!) à encadrer complètement la cour du château. Elles étaient encore sur le pont de la Concorde, et l’on pensait ne pouvoir les enlever qu’en les remplaçant par des candélabres monumentaux, conformément au projet primitif de Perronet. Pour cela, il semblait nécessaire de faire voter préalablement par la Chambre un crédit spécial. Mais, en septembre i836, un changement de ministère inspira à M. de Montalivet un petit coup d’Etat en vue de procurer au roi, sans aucun retard, les statues qu’il convoitait. M. Molé, appelé, le 6 septembre, à la présidence du Conseil, avait donné le portefeuille de l’Intérieur au comte de Gasparin, ancien préfet de Lyon, homme de résolution très estimé du roi. Louis-Philippe parla sans doute à ce nouveau ministre de son désir de faire transporter les statues du pont de la Concorde à Versailles. M. de Gasparin s’empressa d’y consentir, et M. de Montalivet, consulté par le roi sur la légalité de cet enlèvement, lui répondit le 29 septembre^ :
Je savais que M. Gasparin était très disposé à faire hommage à Votre Majesté des statues du pont de Louis XVI, et je ne vois aucun empêchement légal à ce que ses bonnes dispositions aient sur-le-champ leur cours. Ce serait donner dans un piège que de consentir à lier la livraison des statues au vote par la Chambre d’un crédit de 80,000 francs destiné à faire des candélabres; ce qu"il faut, c’est avoir d’abord les statues, et le vote viendra forcément ensuite. Si, au contraire, on délibère, les statues étant encore en place, les raisons ne manqueront pas pour les y laisser et faire rejeter une dépense facile à taxer d’inutile aux yeux de ceux qui auront vu le pont garni tant bien que mal en entrant à la Chambre. Je suis en mesure de faire parler à M. Cavé.