Lettre à M. de Montalivet, juin
MADAME VICTOIRE JAQUOTOT
Née à Paris en 1778, elle devait mourir après 1849^ Élève d’Étienne-Charles Le Guay, peintre attaché à la Manufacture de Sèvres, elle épousa son maître pour divorcer peu après et se remarier avec un M. Pinet dont le nom, pas plus que celui de son premier mari, ne devait jamais figurer sur ses oeuvres.
Ses débuts à Sèvres furent modestes. Elle commença par des têtes « très soignées et très réussies » sur des cabarets de porcelaine. Le portrait de l’impératrice Joséphine, parce qu’il déplut à l’auguste modèle, faillit la faire congédier. Elle fut plus heureuse avec le profil de Marie-Louise et traça l’effigie de l’Empereur lui-même.
Elle accepte alors sans récriminer les prix qui lui sont offerts. Elle se contente de 120 francs pour copier le portrait de l’Empereur, bien que des encouragements lui soient adressés, bien que, en 1808, Napoléon lui accorde une médaille d’or et condescende, paraît-il, à écrire sur le brevet, de sa propre main « : L’encouragement le plus distingué^. » Plus tard, elle prétendra que Napoléon, en i8i3, lui a demandé secrètement son portrait pour l’offrir à Marie-Louise et même a posé pour elle^.
Dès la fin de l’Empire, on la voit marchander sur les prix qui lui sont offerts, sur ceux même qu’elle a acceptés. Au retour des Bourbons, ses exigences prennent une forme inouïe. Dès 1816, chargée de faire le portrait de Louis XVIII, on porte chez elle
1. Une lettre de M. de Montalivet à Brongniart en date du 20 juillet 1846 entretient le dernier de la pension de Jaquotot. Les 7-8 mai 1880 ont passé en vente des lettres de Jaquotot, les dernières datées de 1849.