‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 26 sur 220 · I. Allgemeines Lexikon et Monatshefte cités plus haut · texte numérisé non relu

I. Allgemeines Lexikon et Monatshefte cités plus haut

JACOPO BELLINI

Dans les compositions de Jacopo Bellini, l’architecture joue un rôle essentiel. Elle constitue l’armature de l’œuvre, comme dans les tableaux de la galerie Barberini. Les édifices, dont les éléments sont souvent empruntés à l’antiquité, s’y échelonnent sur des perspectives profondes. L’artiste établit de grands espaces; il aime les figures petites et nombreuses de manière à faire valoir les proportions environnantes. Il recherche l’élégance et la grâce dans les groupes, l’harmonie dans les attitudes, la souplesse dans les draperies. Toutes ces qualités, l’auteur des tableaux de Rome se fait un devoir de les mettre en œuvre. Mais son style est plus avancé. Ses architectures ont un caractère plus net, une allure plus concentrée. Ses draperies sont plus lourdes et plus rigides. Nous verrons tout à l’heure qu’un intervalle de vingt à trente ans sépare ces deux ensembles.

Parmi les personnages que Jacopo Bellini groupe sur sa scène, nous apercevons souvent une figure en profil perdu, occupant le premier plan à l’une des extrémités latérales de la composition. L’artiste se sert de ce motif pour marquer le point de départ de sa perspective. Or, dans la Naissance de saint Nicolas de la galerie Barberini, une figure toute semblable se meut à l’angle gauche du tableau. Je ne prétends nullement que Jacopo Bellini soit, en dehors de l’auteur des tableaux de Rome, le seul artiste ayant recouru à ce procédé. Il n’en reste pas moins vrai qu’il y revient fréquemment et que si Masaccio, Filippo Lippi et d’autres s’en sont servis avant lui, il a été le premier à en faire un usage courant.

D’ailleurs, nous ne tarderons pas à observer d’autres points de contact entre Bellini et l’auteur que nous identifions provisoirement avec Fra Garnevale.

JACOPO BELLINI

Le Jugement de Salomon' nous offre une fontaine surmontée d’un personnage élevant un bras comme pour désigner le ciel. Si nous rapprochons cette figure d’un relief de la Nativité représentant un homme nu soulevant un bras, tandis qu’un compagnon lui aide à maintenir cette position, nous constaterons des ressemblances dans le dessin allongé et souple des deux figures faisant le même geste.

D’autre part, le guerrier qui dans ce même Jugement de Salomon entre dans la salle par la porte de gauche suggère une comparaison avec un motif tout analogue de la Nativité. Là, c’est un chasseur qui s’introduit dans le palais. Sa démarche est semblable à celle du guerrier de Bellini. D’ailleurs, ce même tableau évoque à droite une femme pénétrant dans la chambre de l’accouchée. C’est une noble apparition svelte et calme, dont le galbe est apparenté aux figures de Jacopo Bellini. Non pas que ce peintre se soit fait un monopole de ces figures qui entrent et sortent. Donatello et d’autres Florentins les avaient adoptées avant lui. Mais il a su leur inspirer un sentiment de calme et de mesure qui se retrouve dans les tableaux de Rome.

D’autres analogies s’accusent lorsqu’on compare le Christ devant Pilate^ à nos peintures. Les motifs d’architecture offrent de frappantes ressemblances. Un grand cintre affronté de colonnes corinthiennes au-dessus desquelles règne un riche entablement : telle est la donnée mise en œuvre dans le dessin de Bellini, comme dans les peintures de la galerie Barberini. Reconnaissons que l’auteur de ces derniers

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