‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 32 sur 220 · Ibid., t. III, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. III, p

3. Hind et Golvin, Catalogue of early italian Engravings preserved in the Department of Prints and Drawings in the British Muséum, Londres, 1910, t. I, p. 40.

JACOPO BELLINI

rons de 1475 et les considérer comme postérieures d’environ vingt-cinq ans aux dessins de Jacopo Bellini.

Si nous quittons Florence pour nous transporter en Ombrie et à Urbin, nous verrons régner un esprit tout à fait semblable parmi les artistes dirigeants de l’époque. Et tout d’abord, Piero délia Francesca n’est-il pas un de ceux qui, à la fin de sa vie surtout, lorsqu’il était devenu presque aveugle, se livra avec le plus d’ardeur aux études de perspective, études dont Luca Pacioli se fit plus tard l’interprète. Or, l’influence de Piero délia Francesca, dont une des meilleures œuvres représente précisément les portraits de Frédéric de Montefeltre et de son épouse Battista Sforza, fut grande. Elle s’exerça sur plusieurs maîtres qui ont fait époque dans l’art italien. Ainsi, lorsque nous contemplons les fresques primitives de la chapelle Sixtine exécutées dans les années 1481 à 1483, œuvres des principaux peintres de ce temps, de Botticelli, de Cosimo Rosselli, de Domenico Ghirlandajo, de Signorelli, de Pinturricchio et du Pérugin, nous sommes frappés du manque d’espace et de clarté dans toutes ces peintures, excepté dans celle du Pérugin, où nous voyons naître dans la mise en scène une économie toute nouvelle, faite d’harmonie, de mesure, d’équilibre et de limpidité. Le Pérugin était alors visiblement sous l’influence de Piero délia Francesca, et c’est à ce grand maître que nous croyons pouvoir attribuer la part principale dans les idées nouvelles dont le peintre ombrien se fit ici l’interprète.

Or, Piero délia Francesca avait très probablement séjourné à Ferrare vers le milieu du siècle. Il avait eu l’occasion de respirer l’atmosphère de ce foyer

JACOPO BELLINI. 69

d’art, de littérature et de science et d’y voir des oeuvres de Jacopo Bellini.

Le milieu artistique d’Urbin, qui a bénéficié de l’activité de Luciano da Laurana et de Piero délia Francesca, semble avoir été un des centres le plus actifs et le plus féconds de ces recherches de perspective et de style monumental. Le château d’Urbin conserve encore une vue d’architecture qu’on attribuait autrefois à Piero délia Francesca, mais qu’un fragment de signature a permis de restituer à Luciano da Laurana'. D’autre part, la Pinacothèque de Munich possède un Miracle de Saint- Antoine de Padoue^ donné à Francesco di Giorgio, qui, — nous l’avons dit, — fut au service du duc Frédéric. Cette composition rappelle, soit par la perspective de ses monuments, soit par le groupement de ses figures, la vue mentionnée du château d’Urbin, comme d’ailleurs les tableaux de la galerie Barberini et les dessins de Jacopo Bellini^.

Des peintures de gradins attribuées à Neroccio di Bartolommeo de Sienne et à Giorgio Martini^' présentent les mêmes particularités de style.

Page 1