I. Bode, pL
Milan, dont le profil découpé devait être appliqué sur un fond de marbre ou de pierre. Le Philippe- Marie de la collection G. Dreyfus est une copie agrandie et fort exacte de la médaille célèbre exécutée par Pisanello vers 1440. Un profil analogue et d’exécution plus grossière, qui se trouve au Musée Jacquemart- André, est celui du père de Philippe Marie, Jean Galéas, qui mourut en 1402. Au lendemain de sa mort, sa médaille était peinte sur un manuscrit de son éloge funèbre à la suite des médailles de ses ancêtres, dont les premiers étaient Enée et Ascagne. Les médailles en bronze à l’effigie de Galéas Visconti sont beaucoup moins anciennes que ces médailles en peinture : ce sont des pièces de restitution qu’il faut placer à la fin du xve siècle. Les profils en marbre de Jean Galéas et de Philippe Marie doivent être, eux aussi, des effigies posthumes : on n’en peut fixer la date. Il n’y a pas de plus ancien exemple d’une médaille agrandie en bas-relief de marbre que les médaillons de Sigismond Malatesta, sculptés dans le temple de Rimini, entre 1446 et 1457, et sous la direction même du médailleur de Sigismond, le Véronais Matteo dei Pasti, par un Florentin, Agostino di Duccio. Celui-ci avait dû quitter Florence en 1446 sous le coup d’une accusation de vol; il ne revint dans sa patrie que vers 1465, et sans doute après la mort de Desiderio. Peut-on expliquer parle retour de cet artiste, qui avait collaboré avec un médailleur de Vérone, l’apparition de bas-reliefs tels que le César du Louvre? Comme on l’a vu, le profil funéraire de Neri Capponi, sculpté par Bernardo Rossellino, remonte à l’année 1458. Ce profil est antérieur aux premières médailles florentines à
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date certaine. Les marbriers florentins qui ont sculpté les premiers profils de contemporains ou de personnages de l’antiquité se sont inspirés, soit de plaquettes comme celles de Filarete, soit des médailles véronaises et lombardes qui circulaient à travers l’Italie, soit même de médailles antiques. Michelozzo luimême n’avait-il pas fait agrandir en médaillon de marbre, pour la décoration du palais des Médicis, les plus précieux camées de la collection de Cosme?
Les portraits en marbre, bustes de ronde bosse ou profils en bas-relief, se multiplient en même temps à Florence : le premier profil daté est de iqSS, le premier buste dont l’authenticité ni la date ne puissent être suspectées est celui de Rinaldo délia Lima, au Musée national de Florence, qui porte une inscription de 145 1. C’est en cette année ou dans l’année suivante que dut partir pour Milan le maître florentin, probablement Michelozzo lui-même, qui alla décorer le palais de Milan donné par François Sforza aux Médicis et qui plaça dans les écoinçons de la porte (aujourd’hui transportée au Musée archéologique de Milan) deux portraits en buste dont le profil est inscrit dans une coquille, comme sur la cheminée sculptée par Desiderio.
Les deux portraits florentins sculptés à Milan sont à peu près contemporains des plus anciens profils de marbre que l’on puisse attribuer à des marbriers lombards; l’un de ces profils est celui de François Sforza, le donateur du palais médicéen de Milan (aujourd’hui au Musée national de Florence); ce peut être encore, comme les profils des Visconti cités plus haut, un portrait posthume.
Dans le dernier quart du xv« siècle, l’art des profils
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de marbre se développe parallèlement en Toscane et dans l’Italie du Nord. Il est parfois malaisé de distinguer les bas-reliefs des deux écoles; il est même difficile de classer dans l’une ou l’autre l’un des plus féconds sculpteurs de portraits de profil que l’on puisse trouver au xv« siècle : Francesco de Laurana, qui travailla à Urbin, à Naples et jusqu’en Provence.
A Milan, comme à Florence, les marbriers ont sculpté des effigies de profildans des plaques de marbre rectangulaires : tel est le portrait d’Hercule d’Este, au Musée du Louvre, œuvre d’un médailleur illustre, Sperandio. Les plaquettes en bronze, dont les premières ont été fondues comme des épreuves de choix par Pisanello lui-même, ont servi de modèles à ces plaques de marbre. Pourtant, dans l’Italie du Nord, la forme circulaire de médaillon reste beaucoup plus courante que dans l’école toscane; les plus précieux des médaillons de marbre ou de pierre que l’on a attribués à Sperandio, les deux bustes en bas-relief des Sforza, Galéas-Marie et Ludovic, dans la collection G. Dreyfus, portent leur légende gravée en exergue. Luini a peint une suite de portraits de profil qui sont des médaillons.
Dans la sculpture lombarde, qui donne ainsi des modèles aux maîtres les plus féconds de la peinture, les médaillons de marbre ne se parent pas des costumes opulents et des coiffures compliquées que les sculpteurs florentins des profils de marbre imitent des portraits peints : ils conservent la sévérité des effigies monétaires. Enfin, les profils florentins et milanais diffèrent les uns des autres par la place qui leur a été attribuée dans les monuments. Sans doute, quelques médaillons des Sforza ont dû être exposés dans une salle de palais, comme le profil de Pierre,
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fils de Cosme, dans le palais des Médicis; mais, vers la fin du xv^ siècle, les médaillons de contemporains, comme ceux des Césars et des héros antiques, prennent possession des façades de palais et d’église que les praticiens lombards couvrent de broderies. Et lorsque l’art dont s’était fleurie la Chartreuse de Pavie est exporté en France et en Espagne, les médaillons à la mode lombarde se multiplient, s’alignent, se superposent à l’extérieur des monuments, jusqu’à devenir le motif le plus apparent de la décoration à l’italienne dans les pays étrangers où des marbriers florentins allaient, de leur côté, sculpter des portraits en bas-relief sur des tombeaux.
A laquelle des deux écoles, la florentine où la lombarde, faut-il rendre le profil casqué qui a servi de modèle au sculpteur du Scipion? Si ruiné que fût le bas-relief dont l’image seule nous est parvenue, rien ne permet de croire qu’il ait souffert des intempéries à l’extérieur de quelque édifice de l’Italie du Nord. La richesse de sa parure militaire est florentine et non lombarde. Les historiens et les critiques qui ont prononcé, en présence du Scipion^ de grands noms florentins, Verrocchio ou Léonard de Vinci, avaient bien vu.
Le casque, dont les lignes restent finement dessinées sur le bas-relief mutilé qui fut l’original du Scipion^ était un ouvrage d’orfèvre, comme Verrocchio en a exécuté pour les tournois médicéens. La visière est presque exactement celle du casque que Laurent porte sur une médaille et qui est le prix de sa victoire à la giostra de 1468. La guivre du
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cimier ressemble à celle qui surmonte un vrai casque de fer, la belle celata du xv^ siècle qui est conservée au Musée national de Florence^; elle ressemble plus encore aux bêtes fantastiques et superbes qui se tordent 'sur un monument médicéen, le lavabo de la sacristie de San-Lorenzo, dont la vasque a été certainement dessinée par Verrocchio^. Les admirateurs du Scipion ont rappelé avec raison, d’après Vasari, d’autres ouvrages d’orfèvre que Verrocchio avait fondus et ciselés et que Laurent de Médicis envoya en présent au roi de Hongrie Mathias Corvin : c’étaient deux têtes de métal, en bas-relief, qui représentaient, de prohl, Alexandre et Darius; l’artiste s’était attaché à varier de l’une à l’autre le cimier et l’armure. Ne croit-on pas voir se dessiner, à travers les lignes de ce texte, la silhouette à demi effacée du jeune guerrier dont le Scipion est la froide copie? Celui-là, qui a disparu, n’a pas de nom. Faut-il l’appeler Alexandre ou Darius?
En vérité, l’œuvre qui vient pour un moment de sortir de l’ombre n’était pas de métal; si elle a eu pour prototype l’un des bas-reliefs de Verrocchio, elle n’était elle-même qu’une copie. Mais ce bas-relief était-il la reproduction directe du bronze? Il existe toute une série de bas-reliefs en marbre ou en pietra serena^ profils d’empereurs et d’impératrices, de héros et d’héroïnes, qui paraissent être d’origine florentine et dont le dessin, légèrement amolli, n’a plus la rigueur des maîtres du xv® siècle; le plus charmant de ces bustes est l’amazone aux seins nus du Vic-