‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 4 sur 220 · CHAPELLE SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

CHAPELLE SAINT-JEAN

AU PALAIS DES PAPES D’AVIGNON Par M. Robert Michel.

Les fresques du xiv^ siècle qui subsistent en France sont peu nombreuses, on le sait. Celles que l’on voit encore à l’église Notre-Dame-du-Bourg de Rabastens, en Albigeois’, ou à la chapelle Saint-Antonin des Jacobins, de Toulouse^, par exemple, sont ou très restaurées ou très effacées. Le château des papes

1. Ces fresques, restaurées de 1860 à i863 par Engalière, ont été mal étudiées lors de leur découverte par le comte R. de Toulouse-Lautrec, dans le Bulletin monumental (1860, p. 422 et suiv.). Elles sont postérieures au début du xiv° siècle. On lisait, paraît-il, sur une clé de voûte l’inscription suivante : « B. Dalern pauzec aquesta clau. Ano Domini M CGC X.VI1I. » — Cf. Gélis-Didot et Laffillée, La peinture décorative en France du XF au XV F siècle^ t. I, n“ 42.

2. Sur ces fresques, dont il existe des relevés à la Commission des Monuments historiques, cf. Père R. Percin, Monumenta conventus tolosani ordinis fratrum prædicatorum primi, Toulouse, 1693, in-fol.; M. Rouillard, Les peintures de la chapelle Saint-Antonin^ dans Mém. de la Soc. archéologique du Midi de la France, t. XIV, 1886-1889, p. 609; [Roschach], Notice sur le couvent des Jacobins de Toulouse, Toulouse, i865, p. 98 et suiv.; Gélis-Didot et Laffillée, t. 1, n“ 42.

d’Avignon et la chartreuse de Villeneuve nous offrent encore l’ensemble le plus important de décoration murale datant de cette époque qui survive en notre pays.

Aussi les fresques avignonnaises ont-elles été souvent étudiées. E. Müntz leur a consacré des articles et des notes; les récents historiens du palais des papes les ont décrites à mainte reprise et parfois avec minutie. Le sujet pourrait donc sembler épuisé, pour qui du moins ne peut espérer le renouveler à l’aide de documents inédits. A examiner de près les fresques d’Avignon, on s’aperçoit cependant qu’il reste beaucoup à dire et sur leurs auteurs présumés et sur leur iconographie. Remettant à plus tard un travail d’ensemble sur ce vaste sujet, c’est à expliquer une à une les scènes qui décorent les parois de la chapelle Saint- Jean dans la tour de ce nom, au château d’Avignon, que nous bornerons la présente étude*.

Construite par Benoît XII en même temps que l’aile orientale du palais^, la tour Saint-Jean com-

1. Ces fresques ont été étudiées successivement par Crowe et Cavalcaselle, qui leur ont consacré de beaucoup la meilleure étude au point de vue iconographique dans la Storia délia pittura in Italia, t. III, i885, p. q5 et suiv.; cf. Bulletin monumental, 1874, p. 66; puis par E. Müntz, Fresques inédites du palais des papes à Avignon et de la Chartreuse de Villeneuve, dans Ga:{ette archéologique, t. X, i885, p. 392-395, t. XI, 1886, p. 202-208 et p. 267 à 263; et Les peintres d’Avignon pendant le règne de Clément VI, dans Bulletin monumental, 1884, p. 736 et suiv. ; cf. Ibid., 1882, p. 90-93, et Comptes-rendus de l’Acad. des inscr., 1902, p. 237; L. Duhamel, Une visite au palais des papes d’Avignon, 1904, p. 3o et 3i; L. Digonnet, Le palais des papes d’Avignon, 1907, p. 139 et suiv.; Gélis-Didot et Laffillée, op. cit., t. I, n° 43. — Des relevés de ces fresques par Denuelle existent au Musée du Trocadéro.

2. Ehrle, Historia Bibliothecæ romanorum pontificum, p. 606, 608, 610, 612, 6i5.

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prenait déjà du temps de ce pape deux chapelles, correspondant Tune au consistoire, l’autre à la grande salle à manger. Mais c’est de Clément VI seulement que date la décoration de l’une et de l’autre. Nous ne nous occuperons ici que de la première.

Affreusement dégradées au cours du xix^ siècle, détruites dans toute la partie inférieure où elles consistaient en simples motifs décoratifs, fort endommagées dans la partie supérieure, criblées de coups de baïonnettes, les fresques qui ornent la chapelle du consistoire, au premier étage de la tour, ont été de nos jours consolidées par des restaurations dont le seul objet était de fermer quelques blessures trop béantes. Elles décoraient toute la surface disponible de la chapelle élevée sur plan carré; elles couvrent encore les compartiments et les nervures de la voûte et se poursuivent sur les parois des murs jusque dans l’ébrasement des fenêtres.

Autour de la clé centrale qu’orne l’écusson mutilé de Clément VI « d’or à bande d’azur avec six roses de gueules en orle », huit grandes figures, réparties deux par deux dans chacun des quatre compartiments de voûte, se détachent au milieu d’un paysage et sur un fond bleu constellé d’or.

Dans le segment du nord, saint Jean-Baptiste, vêtu d’une tunique de poil de chameau et d’un manteau rouge, porte un phylactère sur lequel on lit : « Jam securis ad radicem arboris posita estV » (La hache est déjà à la racine de l’arbre.) Derrière le saint.

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