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PAR UN ÉMAILLEUR LIMOUSIN

DU XVie SIÈCLE

Par M. J. -J. Marquet de Vasselot.

Parmi les émaux limousins les plus curieux du commencement du xvi® siècle, il faut compter une belle plaque qui appartient au Musée de Brunswick. Elle représente un personnage oriental debout, en pied, vu de face U II se détache sur un fond bleufoncé, presque noir; par dessus une robe blanche à raies d’or, serrée à la taille par une ceinture blanche rayée, il porte un manteau jaune, ombré de vert et garni d’une fourrure jaune-foncé, rehaussée d’or. Une grande barbe jaune-brun, relevée d’or, encadre son visage, dont la coloration violacée accentue encore le caractère énergique. Un vaste turban à quatre

I. H. 0,255; L. o,i25. — Cette plaque appartient aux collections ducales de Brunswick depuis le xviiu siècle. D’après une tradition assez vraisemblable, la belle série d’émaux que possède aujourd’hui le Musée aurait été formée par le célèbre voyageur Jean-Baptiste Tavernier (qui mourut à Copenhague en 1689) et acquise par le duc Ferdinand-Albert l’aîné de Brunswick-Bevern. — Nous devons ces renseignements à l’obligeance de notre savant confrère M. le D' Scherer, conservateur-adjoint du Musée.

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cornes, blanc avec des raies noir et or, le coiffe de la façon la plus étrange; ses chaussures sont en camaïeu d’or. De la main droite il tient une banderole bleue, sur laquelle se détache une inscription en capitales d’or, malheureusement très effacée \ qui devait comporter deux mots; le premier mot a complètement disparu, mais on lit encore clairement le second : SOLTANVS.

La beauté de l’émail, l’étrangeté du costume et le caractère du dessin se réunissent pour donner à cette plaque un intérêt particulier. Il pourrait donc être intéressant de chercher à découvrir quel personnage elle représente et à quel atelier limousin elle se rattache.

On sait que les graveurs, les peintres, les médailleurs et les sculpteurs nous ont transmis, pour la fin du XV® siècle et pour tout le xvi®, un nombre assez considérable de portraits d’orientaux. Mais, en les examinant, nous n’avons pas tardé à constater que la coiffure de notre Sultan constituait une anomalie assez singulière. Tous les souverains ottomans, par exemple — (parmi lesquels il était naturel de chercher d’abord, vu leurs rapports constants avec l’Occident), — ont porté le turban rond, plus ou moins volumineux-, et cette coiffure classique semble avoir été adoptée par la plupart des princes des autres régions musulmanes. Un seul de ces pays fait exception, et

1. On sait que les rehauts d’or, ajoutés sur les émaux à la dernière cuisson, sont peu solides; ils ont, presque toujours, en partie disparu.

2. Notre confrère du Musée de Constantinople, Halil Edhem bey, a bien voulu nous le confirmer.

'Un Sultan.

Émail limousin du xvi® sièclk.

(Musée de Brunswick.)

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UN PORTRAIT DE SULTAN. gS

c’est là, sans cloute, qu’on doit chercher la solution de notre petit problème.

Les sultans de l’Égypte paraissent en effet avoir porté des turbans de formes particulières, et c’est parmi leurs portraits que l’on trouve les seules coiffures analogues à celle de notre émail.

Le plus ancien prince égyptien qui nous intéresse par là est le fameux Saladin, premier sultan ayoubite, qui régna de 1171 à iiqS, et rendit son nom illustre dans tout l’Occident’ par ses victoires sur les chrétiens et la prise de Jérusalem. Son image figure dans la plupart des recueils de portraits qui furent constitués en Europe à partir du xvi® siècle, et il n’est donc point surprenant de le trouver dans la fameuse collection de Paul Jove^.

Depuis les recherches de M. Friedrich Kenner et de M. Eugène Müntz^, on connaît assez bien l’histoire de ce curieux Musée, sur lequel M. Emil Schaeffer prépare actuellement un ouvrage plus considérable.

Le portrait de Saladin que Paul Jove avait fait peindre pour sa galerie semble avoir disparu; mais on en connaît, heureusement, deux copies et deux gravures. La première copie est celle que le grand-

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