‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 47 sur 220 · Société des Antiquaires de France^ vol. LU · texte numérisé non relu

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souvent mobiles, mais souvent aussi fixées, d’un retable. Il est de plus certain que de nombreux maîtres furent « dispensés de ces vérifications coûteuses, par exemple lorsqu’ils travaillaient pour quelque prince ou prélat sûrs de leur savoir ». La meilleure méthode pour distinguer les retables bruxellois des retables d’Anvers, c’est encore l’étude directe des œuvres et de leurs caractéristiques L « Les retables bruxellois se distinguent par des figurines d’attitudes souples et naturelles, d’une facture sobre et de bon style... Les œuvres anversoises ont souvent un aspect théâtral, des figures raides aux gestes cassés; leur architecture est moins riche et moins soignée^. » A l’exécution de ces retables, plusieurs artistes collaboraient. A l’origine, un contrat était souvent établi. On y trouve indiqués la matière exigée, le délai d’exécution, les sujets de sculpture, le prix total du travail, etc.^. Il est difficile d’assigner à chaque ouvrier d’art le rôle exact qu’il remplissait au xv« siècle. L’ébéniste, le huchier, le tailleur d’images, l’enlumineur de statues sont indispensables pour l’achèvement du travail. Mais il arrivera que très souvent l’imagier aura la prédominance et que seul il mettra sa signature sur l’œuvre achevée.

1. Guide illustré des visiteurs des Musées du Cinquantenaire (section d’art monumental). Bruxelles.

2. Une autre caractéristique non moins importante est indiquée par Dubois [art. cité) : « Ce sera la proportion d’italianisme qui, pour les retables du plein xvi® siècle, les plus nombreux sans doute, constituera le meilleur élément de chronologie. »

3. Cf. Van Even, Maître Jean Borman [Bulletin des Commissions royales d'art et d'archéologie. Bruxelles, 1884, 23* année).

Les trois retables que nous nous proposons de décrire sont en bois sculpté et polychromé; certaines parties ont été détériorées; les pièces, mobiles pour la plupart, ont été groupées arbitrairement. La première description qui en fut faite est l’œuvre d’un peintre régional, Rigot; elle date de 1862; elle vaut surtout par les renseignements qu’elle nous donne sur certains détails aujourd’hui invisibles, le travail de destruction s’étant prolongé jusqu’à notre époque. Des renseignements recueillis sur place, il ne convient de retenir qu’une seule indication, la persistance d’une tradition du pays, d’après laquelle « les retables de la Flamengrie auraient été cédés à cette paroisse dans les premières années du règne de Louis XVI par les religieux de l’abbaye de Liessies, près d’Avesnes, à des conditions fort douces ». Il ne reste plus d’archives de la Flamengrie antérieures à la Révolution. Toute vérification documentaire est donc impossible. Nous verrons plus bas d’ailleurs ce qu’il faut penser de cette origine. Notons de suite qu’il existe au Musée du Cinquantenaire à Bruxelles, provenant authentiquement de l’^bbaye de Liessies, un retable en chêne sculpté, daté de i53o, et figurant l’histoire de sainte Barbe et de saint Léger, et que l’église de Ramousies, village voisin de Liessies, conserve actuellement encore deux beaux retables, l’un consacré à la vie de saint Sulpice, l’autre à la Passion du Christ. Suivant d’autres traditions locales, des retables analogues se trouvaient autrefois dans des

no TROIS RETABLES FRANCO-FLAMANDS.

villages voisins d’Avesnes, à Sains et à Saint-Hilaire. Sur aucun des trois retables qui nous occupent nous n’avons trouvé de poinçons, ni de signatures. Quant à des lettres indicatrices des années, peut-être existent-elles au dos non sculpté des divers groupes; il ne nous a point été possible de le constater. Le plus ancien des trois se trouve à l’église de Roubaix. Il est consacré à la légende de saint Grépin et de saint Crépinien. C’est par lui que nous commencerons notre description.

Ce retable a de hauteur et 2"^20 de largeur;

les vantaux ont disparu, seules demeurent les ferrures. La décoration peinte est très simple : l’or et le bleu y dominent. Les dégradations subies sont considérables. L’ensemble appartient au style flamboyant : l’arc à accolade y apparaît dans les deux baies latérales. L’ornementation en est très fouillée, mais assez uniforme. Les fonds sont constitués de fenêtres gothiques indéfiniment allongées. Dans la baie centrale, il subsiste un dais avec une hucherie en zigzags, sous lequel il y avait peut-être une statue. Le retable est divisé en trois baies : la baie centrale est surélevée et comprend deux divisions, la division supérieure étant de beaucoup la plus considérable et étant séparée du compartiment inférieur par une base ajourée. Les deux baies latérales sont également divisées en parties inégales, mais les compartiments inférieurs, bien que plus petits, sont sectionnés verticalement et comprennent chacun deux sujets.

Ce retable est peut-être le plus beau des trois, le plus pathétique, et aussi le plus naïf dans l’exécution ; c’est pourtant lui qui a le moins attiré l’attention des érudits locaux. Ils n’en ont point identifié les repré-

sentations qu’ils ont décrites sommairement, insistant surtout sur un Triomphe de Mardochée^ visible à la partie inférieure centrale. Il n’est point douteux cependant que les deux martyrs, dont les supplices sont représentés dans les autres cases du retable, ne soient saint Crépin et saint Grépinien. Ils furent célèbres au moyen âge ces saints cordonniers, et un mystère bien connu a dramatisé leurs miraculeuses aventures* ; leur légende concorde assez exactement avec les scènes représentées. A gauche, en bas, deux personnages, saint Crépin et saint Grépinien, comparaissent devant un troisième assis, sans doute le préfet Rictiovare ; tous sont en costumes orientaux. La case jumelle montre le début de leurs souffrances : ils sont attachés nus à un arbre dans des attitudes contournées, un bourreau placé un peu en arrière les frappe. A la droite de la partie inférieure sont figurées également des tortures. Un patient également nu est écorché par deux tortionnaires; deux personnages, les mains jointes, sont plongés dans une cuve d’huile bouillante, sous laquelle brûle un feu vif. Les scènes de la partie supérieure sont plus grandes, plus détaillées, plus facilement identifiables; avec l’écorcheinent, elles constituent des épisodes caractéristiques de la légende de saint Grépin et saint Grépinien. Ge sont d’abord les deux martyrs nus, et vus de face, les mains attachées par derrière et en haut, en une position qui fait saillir légèrement leurs côtes, le tout étant d’une anatomie rudimentaire, mais non exagérée ni violente; à gauche, un bourreau a la main levée pour frapper avec une petite épée; à droite, un personnage à la

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