‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 51 sur 220 · I. Léopold Delisle, op, ciU, pl. III, V, VII-IX, XXI · texte numérisé non relu

I. Léopold Delisle, op, ciU, pl. III, V, VII-IX, XXI

EN NORMANDIE

motifs décoratifs, où la manie du symbole égale la passion de l’antique. Puisque c’est à la Normandie que nous demandons des exemples, il faut rappeler le cas de Jean Goujon, qui peu à peu se dégage du mystère. Très probablement Normand d’origine et venu de Normandie, de Rouen, à Paris entre iSqS et iSqq, c’est lui que les rapprochements ingénieux de M. Paul Dupuy^ tendent à faire reconnaître comme l’auteur des gravures de la première traduction française par son ami Jean Martin. Il a certainement collaboré à la décoration de VEntrée solennelle de Henri II à Paris en i54g, et le même historien, interprétant les registres du Bureau de la Ville de Paris, lui attribue avec beaucoup de vraisemblance une partie des onze gravures qui en illustrent la relation imprimée. Or, l’obélisque égyptien porté par un rhinocéros m’apparaît comme une réminiscence évidente de l’éléphant colossal en pierre noire inscrustée d’or et d’argent que Polilile voit en songe. Il y en a d’autres dans les portes ou arcs de triomphe. Parmi les gravures de la relation de VEntrée de Henri II à Rouen en /55o^, exécutées par un maître inconnu parisien ou normand, le « Massis » du pont de Robec est à rapprocher de la caverne à trois baies qui ouvre l’accès du pont de pierre dans le Songe^ et l’arc de triomphe a des affinités avec la « Belle-Porte » et l’entrée du tombeau de Mausole.

Dans la capitale de la Basse-Normandie, à Caen, plusieurs des réminiscences sont antérieures et prouvent la diffusion du curieux ouvrage avant la tra-

1. Communication à la Société des Antiquaires de France, I" février 1912.

2. En original à la Bibliothèque d’art et d’archéologie, rue Spontini, à Paris.

LES LIVRES A GRAVURES

duction de Jean Martin. Dès l’époque de François Dr, V Hy prier otomachia et ses bois originaux ont été connus de la France humaniste, qui savait l’italien, et des artistes déjà italianisants qui y trouvaient un album de modèles à la mode. Des copies manuscrites durent courir, avec les dessins, dans les ateliers. Parmi les délicates broderies des chapelles et du chevet de Saint- Pierre, d’Hector Sohier (iSiS-iSqS), le dauphin, que nous avons déjà rencontré, ondule au milieu des rinceaux : or, c’est un des motifs fréquents du Songe^ dont l’imprimeur même Aide Manuce en a pris sa marque célèbre. Les génies féminins ou masculins, vus de face, qui forment balustrade en se joignant par les bras étendus et par les jambes en volutes, c’est un modèle italien déjà ancien sans doute puisqu’on le trouve dès iqSq-iqSp dans la fresque de Saint-Christophe, de Mantegna, aux Eremitani de Padoue ; mais c’est le Songe^ texte et gravure, qui a fait un poncif de ces « jeunes filles monstrueuses à la chevelure déliée, au front ceint d’objets précieux, et dont chacune, se fendant à l’endroit de sa partie sexuelle, écartait ses jambes charnues terminées en antique feuillage d’acanthe Le motif se trouve aussi dans les gravures des missels imprimés à Venise à la fin du xv® siècle et au début du xvi®^. Les balustres même et candélabres allumés, qui ornent la chapelle de la sacristie, et dont la forêt donne au chevet sa physionomie caractéristique, unique, on les rencontre bien dans toute l’Italie du Nord, de la Gertosa de Pavie à Brescia, que les conquérants du Milanais ont par-

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