Gargantua, livre I, chap. ix
EN NORMANDIE
avoir connu le secret de la pierre philosophale. Il devait aussi entraîner son architecte vers les beaux xylographes, dont les uns étaient des modèles architectoniques, les autres des symboles concentrés.
Sur la paroi de l’escalier de service, le bucrane ou « teste de bœuf seiche », le couteau du sacrifice, les bandelettes, que les gravures du Songe empruntaient déjà aux bas-reliefs antiques, mais en troublant d’ésotérisme la clarté latine, composent, avec des bustes de jeune femme et de philosophe, de ces « hiéroglyphes » que Vauquelin des Yveteaux a vus. D’autres ont disparu. Est-ce par réminiscence du Songe^ où l’architecture est donnée comme une composition musicale, où le rythme et l’harmonie paraissent être la loi de la nature et de l’art, que des symboles musicaux ont été sculptés en évidence, un joueur de lyre sur un chapiteau, Apollon vainqueur de Marsyas^ et une joueuse de théorbe sur la grande lucarne? Il est vrai que dans ce cas la conception seule, non le dessin, viendrait du Songe. Mais le bas-relief rectangulaire qui est au-dessus de la statue de David, VEnlèvement d’Europe^ est certainement inspiré d’un des bois qui représente la décoration en relief du char de triomphe d’Europe Composition, attitudes sont les mêmes; seuls des portiques à l’antique remplacent ici, sur le bord de la mer, la forêt de Vénétie. La facture du bas-relief très léger, d’un modelé à peine saillant mais précis de contours, confirme bien la présence d’un modèle gravé, et la fuite de l’horizon indique un modèle pittoresque plus que plastique.
1. Mythe évoqué aussi dans le Songe, à propos du triomphe « del Divino Amore ».
2. Cf. dans l’édition originale à la Bibliothèque nationale (Inv. Réserve, Y2210), fol. K iii.
LES LIVRES A GRAVURES
Tout près de là un hermès féminin tricéphale restauré, avec indication du sexe, est à rapprocher de ceux que portent deux satyres dans la gravure du Triomphe de Cupidon.
Ce symbole naturaliste nous amène à celui qui est l’emprunt le plus déterminé de cette décoration. Le lanternon de la petite tourelle d’escalier est un temple circulaire, monoptère ionique, sous lequel se dresse en manière de divinité un Priape. C’est, plastiquement transposée, la priapée que le Songe grave et décrit’ : « Sur le plan de l’autel était posé le rude et rustique gardien des jardins..., ombragé d’une treille de verdure faite à voûte, soutenue sur des perches revêtues de feuilles et de fleurs. » Si la coupole de feuillage et les quatre pieux sont devenus un tempietto rond d’ordre ionique, c’est par adaptation nécessaire au monument. Il n’est pas sans intérêt de remarquer la coïncidence curieuse des descriptions et gravures du Songe sur l’architecture polygonale ou ronde à « cupula », « miranda fabrica », dont la « symmetria » enchante l’esprit classique de Francesco Colonna^, avec le grand nombre d’édicules du même genre de notre Renaissance caennaise : les deux dômes et lanternons de l’hôtel d’Escoville, ceux de l’hôtel et du casino de Duval de Mondrainville, de la tour lanterne Saint-Jean, des chapelles du déambulatoire de Saint-Pierre, celui de la rue du Vaugueux aujourd’hui au Musée des Antiquaires. A l’hôtel d’Escoville, il y en a même un qui est comme greffé sur la façade par pure virtuosité de décor. L’influence du livre italien est encore confirmée par ce