‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 63 sur 220 · DE LA GRAVURE ITALIENNE. I · texte numérisé non relu

DE LA GRAVURE ITALIENNE. I

Transfiguration^ . Il n’avait assurément pas vu l’original, mais seulement une gravure anonyme, qu’on a attribuée quelquefois à Marc-Antoine. Ce qui le frappa dans cette gravure, ce fut moins l’harmonie de l’ensemble que la nouveauté de certains gestes. Son Christ, les bras ouverts, plane comme celui de Raphaël, mais Moïse et Élie, trop rapprochés, ne laissent pas assez d’air et de lumière autour de ce corps glorieux. Des trois disciples, dont l’attitude reste si profondément gravée dans la mémoire, deux seulement ont été imités par le verrier de Chalon : saint Jean, ébloui, fait de l’ombre sur ses yeux avec sa main, et saint Pierre, éperdu, reste étendu sur le sol. Mais saint Jacques, au lieu de se prosterner, lève la tête et fait du bras le geste le plus banal. Le bon praticien de Chalon ne pensait évidemment pas commettre un sacrilège et ne se doutait guère que le tableau qu’il accommodait à sa façon serait un jour un des tableaux les plus célèbres du monde.

D’ordinaire, pourtant, nos. peintres verriers sentent mieux le génie de Raphaël et semblent frappés de ce qu’il y a d’absolu dans ses compositions. A Montfort-l’Amaury, au milieu d’un médiocre vitrail consacré à VHistoire de Joseph^ une scène se détache éclatante de beauté. La femme de Putiphar, assise sur son lit, essaye de retenir le jeune homme. Parmi tant d’épisodes sans caractère, celui-là charme par la noblesse de ses lignes. Ici, au moins, l’artiste fut bien inspiré, car il a exactement reproduit la célèbre gravure de Marc-Antoine.

I. Le vitrail a été reproduit dans l’album publié par la Société historique et archéologique de Chalon en 1846.

On voit combien nos verriers étaient familiers avec les estampes du maître italien : ils en usaient sans scrupule. Mais si Marc-Antoine est le plus grand des interprètes de Raphaël, il n’est pas le seul. Il faudrait avoir un catalogue complet des estampes gravées au xvi^ siècle, d’après l’œuvre de Raphaël, pour se faire une idée exacte des ressources dont disposaient nos peintres verriers^ On est étonné, par exemple, de rencontrer dans un beau vitrail d’Écouen, qui date de iSqq ou de iSqS, une copie du Spasimo de Raphaël. C’est le célèbre Portement de croix^ peint pour une église de Sicile et qui est aujourd’hui au Musée de Madrid. On se demande comment ce tableau, qui a eu tant d’aventures, pouvait être connu en France à cette date. C’est qu’il avait été gravé dès

Ces exemples, qu’une analyse attentive de nos vitraux permettra, j’en suis sûr, de multiplier, montrent combien Raphaël fut admiré vers iSqo dans les ateliers de peinture sur verre. L’étude de ses œuvres, en enseignant la noblesse à nos artistes, a contribué à modifier leur style.

Michel-Ange fut-il aussi célèbre que Raphaël? Je ne le crois pas, car les emprunts faits à son œuvre sont beaucoup plus rares. Nos verriers pourtant ne l’ignoraient pas, comme le prouve un curieux vitrail de Couches. Ce vitrail, qui se trouve dans le bas côté de gauche, n’est pas daté; mais il ne peut être que d’une époque avancée du xvi® siècle. Il représente la Chute de la manne dans le désert^ qui a ici la valeur d’un symbole eucharistique. La première chose qui

I. 11 existe au Cabinet des Estampes un essai de catalogue de ce genre : il est resté manuscrit.

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