‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 83 sur 220 · PAR · texte numérisé non relu

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LE COMTE DE GAYLUS ET MARIETTE Par M. Jean Laran.

Si l’on jugeait uniquement le talent de François Perrier d’après les trois tableaux de sa main que conserve le Louvre^, on s’étonnerait peut-être un peu de la haute situation occupée par cet artiste, émule de Vouet, maître de Le Brun et l’un des fondateurs de l’Académie. Mais, comme plus d’un de ses contemporains, ce n’est pas dans les tableaux de chevalet qu’il avait mis le meilleur de son talent. Son mérite et celui de ses pareils est d’avoir préparé la formule décorative qui s’épanouira dans le Louvre et dans le Versailles de Louis XIV. « Malheureusement pour la gloire de ces artistes, — ainsi que le faisait observer M. Lemonnier, — nous ne pouvons que rarement les apprécier là où ils donnèrent ce qu’ils avaient de meilleur^. »

1. Acis et Galatée (n* 694); Orphée devant Pluton (n® 6g5); Énée et ses guerriers combattant les Harpyes (n® 696).

2. Henry Lemonnier, Vart français au temps de Richelieu et de Ma^arinj Paris, 1893, petit in-8“, p. 263.

On sait en effet que l’œuvre principale de Perrier à Paris, les peintures de la fameuse galerie de Mansard à l’hôtel de la Vrillière, a été entièrement refaite par Balze et Denuelle. Le temple Sainte-Marie, dont notre artiste avait décoré à fresque deux coupoles, a été presque totalement réédifié après la Commune. Le plafond de l’hôtel Carnavalet que l’on peut lui attribuer n’est plus qu’une ruine. Reste-t-il quelque trace des autres grands travaux décoratifs entrepris à Lyon et dans les environs de Paris? Ce n’est pas impossible, mais nous ne nous proposons pas ici d’éclaircir tout ce qui est incertain dans la vie et l’œuvre de Perrier; nous désirons seulement apporter, comme contribution à sa biographie, une notice inédite due à la collaboration de deux grands érudits du XVIII® siècle.

Cette notice est extraite d’un recueil manuscrit de 269 feuillets conservé au Cabinet des Estampes sous la cote Ya 14] et portant encore sur sa demi-reliure fauve une étiquette rouge du xviii® siècle, avec ce seul titre : Vies d’artistes et conférence\s].

Ce recueil, acquis le 10 juin 1901, a appartenu à la collection Defer-Dumesnil dont il porte le monogramme L Le Bulletin d’acquisition de la Biblio-

I. La date de l’acquisition explique suffisamment pourquoi M. Rocheblave n’a pas eu connaissance de ce manuscrit lorsqu’il a écrit son intéressant Essai sur le comte de Caylus, Paris, 1889, H l’a signalé dans la suite, en même temps

que M. Fontaine, dans le Bulletin de la Société de Vhistoive de l'Art français, 1907, p. loi. M. Fontaine enfin en a utilisé les pages les plus importantes dans son excellente édition des Vies d'artistes du XVIIE siècle ... par le comte de Caylus, Paris, 1910, gr. in-8®. Parmi les passages inédits que fournirait encore notre manuscrit, signalons des documents sur le sculpteur Ph. Buyster et une vie de Fr, Girardon.

l88 VIE INÉDITE DE FRANÇOIS PERRIER.

thèque nationale le désigne ainsi : « Vies d’Artistes et Conférences, ms. par le comte de Gaylus, avec notes de la main de Mariette et une notice de ce dernier sur François Perrier. »

A quelque chose près, cette désignation peut être tenue pour exacte. Le texte du manuscrit est bien celui des discours rédigés par Caylus et lus par lui à l’Académie royale de peinture. L’écriture de la majeure partie du recueil est d’un des copistes habituels de Caylus; la main du célèbre amateur se retrouve même çà et là, notamment dans la Vie de Thomas Germain. C’est bien Mariette enfin qui a annoté le travail de son ami; c’est lui qui a entièrement recopié la présente vie de Perrier. Mais en quelle mesure en est-il l’auteur?

Il est hors de doute que cette vie de François Perrier, attribuée à Mariette, est celle qui a été lue à l’Académie par Caylus, le 8 mai 1751. Quelques mots du début le laissent entendre et la démonstration en est fournie par le ms. 1 3 (ancien n° 2) de l’École des Beaux-Arts ^ .

I. C’est le précieux recueil intitulé un peu brièvement Projet pour l’histoire de l’Académie dans la notice rédigée par M, de Bengy-Puyvallée (Paris, Plon, 1908, in-8“) pour le Catalogue des mss. des bibliothèques parisiennes, dirigé par M. Omont.

Signalons aussi à la bibliothèque de l’École des Beaux-Arts un autre manuscrit, le n® 114, qui pourrait à première vue ajouter encore à la confusion. Il contient en effet, brochés ensemble, un « Mémoire historique des principaux ouvrages de peinture de M. Perrier... » entièrement différent du nôtre et la réplique de Coypel à Caylus à la suite de la lecture de la vie de Perrier (elle a été publiée dans les Procès-verbaux..., t. IV, p. 271). Mais il ne faudrait pas en conclure que la réplique correspond à ce mémoire anonyme; ce dernier, antérieur d’un siècle, n’est autre, en effet, que celui de Guillet de Saint-Georges qu’ont reproduit les éditeurs des Mémoires inédits..., t. I, p. 127-137. Nous saisissons avec plaisir cette

Ce dernier contient en effet un brouillon autographe de Caylus, chargé de ratures et de renvois, beaucoup plus succinct que la leçon publiée ici, mais qui en renferme déjà toute la substance. Si notre texte a une étendue presque double du travail primitif, c’est seulement parce qu’il a été copieusement grossi de considérations générales conformément à toutes les règles du délayage académique.

C’est sans doute au cours de ce travail de développement qu’est intervenue la collaboration de Mariette. Il est peu vraisemblable en effet qu’il se soit borné au rôle de copiste. Nous savons que les deux grands érudits n’ont jamais cessé d’entretenir les relations les plus étroites. C’est à Mariette que Caylus adresse ses premières notes archéologiques, en 1716; c’est Mariette qui introduit Caylus chez Crozat et lui fait place ainsi dans le monde des amateurs ; c’est Mariette enfin que nous trouvons au lit de mort de Caylus, en 1765. Notre recueil apporte en outre presque à chaque page la preuve que Caylus soumettait volontiers ses manuscrits à son ami, qui biffait, remaniait et complétait certains passages, pour le fond et la forme, avec beaucoup d’autorité h

Nous pouvons donc, avec une quasi -certitude, déterminer ainsi la paternité de la présente notice : Caylus en est l’auteur principal, c’est lui qui a repris,

occasion de remercier nos collègues MM. Lavallée, Rouchès et Martine de l’obligeance avec laquelle ils nous ont facilité la consultation de leurs archives.

I. Cette preuve trouverait ailleurs sa confirmation : à la bibliothèque de l’Université, on peut voir, dans le ms. ii52, trois brouillons successifs de la vie de Van Obstal écrits de la main de Caylus; le derniera été corrigé par Mariette. Ce manuscrit m’a été très aimablement communiqué par mon collègue et ami M. Barrau-Dihigo.

igO VIE INÉDITE DE FRANÇOIS PERRIER.

développé et remis à jour les informations autrefois recueillies par Guillet de Saint-Georges; Mariette, qui, à en juger du moins par ses propres manuscrits % ne possédait sur Perrier aucun renseignement particulier, est intervenu seulement au cours de la rédaction définitive, mais il n’a pas jugé ce travail négligeable puisqu’il a pris la peine d’en recopier le texte de sa propre main. C’est ce qui nous excusera peutêtre de l’avoir cru digne de l’impression.

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