Marmora felsinea innumeris non solum inscriptionibus
ans. Sa fin fut édifiante : « Mori quai visse, esemplarissimo ecclesiastico, » dit son biographe Crespi. On l’ensevelit dans le tombeau familial à Saint-Jacquesle-Majeur. Il laissait un grand nombre de manuscrits sous le titre général d'Otia lapidaria. Quant à sa belle collection épigraphique, ses héritiers la donnèrent plus tard à VIstituto de Bologne. Un émule de Malvasia, le docteur Trionfetti, chanoine, lecteur public de philosophie et professeur d’histoire naturelle, composa à cette occasion une inscription dont la première partie résume assez bien cette existence laborieuse :
CAROLUS COMES MALVASIA JURIS UTRIUSQUE DOCTOR COLLEGIATUS PUB. BONON. LECT. EMERITUS ECCLESIAE METROPOL. EJUSDEM URBIS CANONICUS ERUDITISSIMORUM OPERUM AUCTOR UNIUS SUB TIT. FELSINA PITTRIGE ALTERIUS MARMORA FELSINEA, etc...
Le caractère de Malvasia, que le récit de son existence nous a fait connaître, son ouvrage capital, la Felsina pittrice^ nous permet d’en saisir plus vivement certains traits. Au début, l’auteur nous annonce les quatre divisions que comportera la suite des biographies. Il s’occupera d’abord des origines de la peinture bolonaise. La seconde partie, il la consacre au Francia et à ses disciples. Dans la troisième, il met en scène les Carrache et leurs contemporains. Les élèves des Carrache, dont Malvasia avait approché certains, sur qui il était renseigné, viennent en dernier lieu.
Il ne faut pas chercher des mérites littéraires dans
exteris hucusque ineditis sed etiam quamplur. doctiss. virorum expositionibus roborata et aiicta. Bononiae, 1690.
CARLO-CESARE MALVASIA
la Felsina. Elle n’en possède pas. On ne peut la comparer, non seulement aux Vite de Vasari, mais même à certains ouvrages du xyii^ siècle, aux biographies de Baldinucci notamment. Le style est lourd et diffus. Les phrases interminables ne sont pas toujours d’un italien très pur, avec des mots et des expressions de dialecte. L’art de la composition est absent. L’écrivain entasse ses matériaux sans ordre L De tels défauts rendent pénible une lecture que facilitent peu la détestable impression des volumes de 1678 ou les caractères minuscules de l’édition compacte 'de 1841.
Pour l’agrément de ses récits, on pardonne beaucoup à Vasari. L’absence de talent nous porte au contraire à juger sévèrement les libertés que Malvasia, comme son illustre prédécesseur, prend avec la vérité. Ses mensonges ont d’ailleurs une cause unique : le patriotisme. Aujourd’hui encore, il n’est pas de ville d’Italie qui mérite plus que l’intellectuelle et active Bologne d’inspirer de l’orgueil à ses enfants. Mais, chez Malvasia, ce sentiment devient excessif. Ses voyages à Rome et ailleurs n’ont pu le détourner de sa chère cité. Pour lui, elle est la première de toutes, ses artistes dominent les autres. Il commence par protester contre cette opinion conforme à la réalité, d’après laquelle l’école bolonaise, en retard sur ses rivales, n’existe véritablement qu’au début du
I . Voici une appréciation qu’a portée un critique du xviii® siècle et qui nous sémble juste :
« Quale storia pittoresca v’ è nel mondo più fastidiosa délia Felsina pittrice cominciando dal suo titolo ? Pochi scrittori in questo genere hanno avuto argomento più brillante del Malvasia, e nessuno ha riuscito peggio di lui ... Nella Felsina pittrice incanta quel raro miscuglio d’idiotismi lombardo bolognesi, seicentismi, frasi plebee, fatti interamente inutili, riflessioni puerili, lodi sterminate, periodi nimici del pulmone. » Gian Lodovico Bianconi. Bottari, Raccolta, t. VII, p. 3i2.
XVI® siècle. Il ne lui suffit pas qu’elle ait eu la suprématie au XVII® siècle et qu’elle ait conquis Rome, puis l’Europe. Il veut, à tout prix, lui découvrir des aïeux reculés. Et, consciencieusement, Malvasia invente une histoire de la peinture à Bologne au moyen âge et pendant la Renaissance. Il grandit sans mesure les quelques médiocres personnalités qu’il a pu découvrir.
Sa jalousie s’attaque aux autres centres d’art, aux autres peintres. Florence lui est insupportable. Il dénigre Vasari et Baldinucci. Il voudrait rabaisser Raphaël. Dans les premiers exemplaires de la Felsina figure l’appellation peu spirituelle de « boccaloio urbinate » adressée à ce maître, mais l’auteur en comprit le ridicule et il la supprima.
En ce qui concerne les artistes bolonais, autant il fait l’éloge de ceux qui sont restés fidèles à la chère cité et lui ont consacré tout leur travail, autant il se montre impitoyable vis-à-vis de ceux qui ont cherché fortune ailleurs. Ainsi Annibal Carrache est à ses yeux un coupable, un déserteur. Il met tout en œuvre pour le diminuer. Il essaie de prouver que son rôle n’a pas été aussi grand qu’on le dit, qu’il doit tout à son cousin Louis, le type du bon et fidèle Bolonais. Aveuglé par sa passion, Malvasia ne se contente plus de dénaturer les faits, il arrive à inventer de toute pièce des anecdotes comme la suivante : « Le cardinal Odoardo Farnèse, mécontent du travail d’Annibal, fait venir d’urgence à Rome Louis qui, en douze jours, corrige les peintures de son cousin L »
De pareils contes ne pouvaient manquer d’amener des critiques. Dix ans après la mort de Malvasia, un