‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 102 sur 276 · Bibliothèque bodléienne, Ms. Rawlinson, A 188, fos · texte numérisé non relu

Bibliothèque bodléienne, Ms. Rawlinson, A 188, fos

tant en Hollande qu'en France, pour le faire pendre, pourtant, par Dieu, je n'en découvrirai rien, à moins que je ne puisse en obtenir quelque chose. Et à l'un d'eux qui avait reçu lui aussi la visite de Saint-Michel il affirma que c'était le moment et l'occasion pour lui de faire sa fortune, qu'il serait un sot et un âne, s'il disait quoi que ce fût de ce qu'il savait sur la mauvaise conduite de ce Scott, sans être d'abord assuré du profit qu'il en tirerait1.

Dans des conversations avec un de ses élèves, le jeune Latour, sur l'indiscrétion de qui il devait pouvoir compter, il précisait ses prétentions tout en jouant à l'honnête homme, surtout en faisant savoir que si on ne l'achetait pas bien vite, peut-être la partie adverse prendrait-elle les devants :

Il y avait une personne ici, à Paris, qui sachant qu'il connaissait fort le dit John Scott et qu'il savait le détail de sa vie, le vint trouver et lui offrit vingt mille livres avec cent écus pour les frais de son voyage, s'il voulait aller à Londres déposer contre le dit Scott, et il n'a jamais voulu, aimant mieux son honneur que tous les biens du monde ; il est vrai qu'il savait des choses contre lui, que le dit Scott lui a dit de sa propre bouche, étant à Paris, qui étaient plus que suffisantes pour le faire rouer tout vif, eût-il dix mille vies, parlant seulement des choses qui regardaient le roi d'Angleterre et l'Etat..., mais il serait le dernier de tous les hommes si un ami, buvant et mangeant avec lui, et parlant franchement, venait à lui dire des choses qui pussent lui porter préjudice, et qu'ensuite de cela il allât déposer contre lui, il mériterait lui-même châtiment, et pour cent empires il ne déposerait jamais contre lui ; il avait écrit au dit M. Scott qu'on lui avait offert vingt mille livres pour déposer contre lui à Londres, et qu'il n'avait pas voulu, et le dit Sr Scott lui avait fait faire réponse, afin que cela ne parût pas de sa main par un sien ami qui était ami de tous les deux, lequel remerciait fort le Sr Dalès de son honnêteté et lui dit qu'on parlait de lui, que cette généreuse action lui avait acquéris2 une grande réputation parmi ceux qui le connaissaient, et que si jamais, en attendant qu'on le remerciât autrement, on pouvait lui rendre quelque service en Angleterre, qu'on le servirait en tout ce qu'on pourrait3.

Veiras eût préféré sans doute que Scott le remerciât autrement, et si celui-ci avait une fois de plus mis généreusement la main à la bourse, peut-être Veiras eût-il gardé bouche cousue, mais ou bien Scott, qui, selon le mot de Veiras « aujourd'hui était misérable et n'avait pas un sol, et demain bouillonnait d'or et d'argent », était dans une de ses mauvaises passes, ou bien il jugea que les accusations d'un Veiras ne sauraient être redoutables. En tout cas, du côté de Pepys, on ne se montra pas plus empressé. Les conditions de Veiras paraissaient excessives. On essaya de se passer de lui en demandant à Latour un rapport détaillé de tout ce qu'il avait entendu dire par son maître d'anglais ; on essaya aussi de jouer de finesse

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