PASCAL ET SALOMON DE TULTIE
Dans le recueil posthume des papiers de Pascal (Bibliothèque nationale, manuscrit 9202 du fonds français), on trouve, sous les cotes 443 et 444, un feuillet écrit, comme tant d'autres, par Mme Périer.
On y lit, au recto :
Lorsqu'on ne sçait pas la vérité d'une chose, il est bon qu'il y ait un[e] erreur commune qui fixe l'esprit des hommes : comme, par exemple, la tune, à qui on attribue le changement des saisons, le progrès des maladies, etc.. car la maladie principale de l'homme est la curiosité inquiète des choses, qu'il ne peut sçavoir et il ne luy est pas si mauvais d'estre dans l'erreur ' que dans cette curiosité inutile.
On y lit, au verso :
La manière d'escrire d'Epictète, de Montagn[e] et de Salomon de Tultie est2 la plus d'usage, qui s'insinue le mieux, qui3 demeure plus dans la mémoire et qui se fait le plus citer, parce qu'elle est toute composée de pensée[s] nées sur les entretiens ordinaires de la vie : comme, quand on parlera de la commune erreur qui est parmy le monde que la lune est cause de tout, on ne manquera jamais de dire que Salomon de Tultie dit que, lorsqu'on ne sçait pas la vérité d'une chose, il est bon qu'il y ait une erreur commune, etc., qui est la pensée de l'autre costé 4.
Salomon de Tultie a longtemps intrigué les commentateurs. Qui était-il? Faugère, après avoir beaucoup et vainement travaillé à l'identifier, se résigna à croire que « Mme Périer avait dû altérer le nom de l'écrivain cité par Pascal. » — « Mais, répliqua Ernest Havet, le nom de Salomon de Tultie est tracé très distinctement et à deux fois. En supposant que Mme Périer se soit trompée, quel autre nom faudra-t-il mettre à la place? On n'en trouve aucun dans l'histoire littéraire qui convienne ici. Comment Pascal, qui semble avoir peu lu, lisait-il un écrivain que personne ne connaît et qu'il nomme à
1. Après l'erreur, Mme Périer avait écrit du : elle a biffé ce mot.