‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 108 sur 276 · LE « TRAITE DES CAUSES » DE BOSSUET VARIANTES ET FRAGMENTS INÉDITS · texte numérisé non relu

LE « TRAITE DES CAUSES » DE BOSSUET VARIANTES ET FRAGMENTS INÉDITS

Sous les nos 3426-3429, la Bibliothèque Royale de Bruxelles conserve une copie manuscrite de trois ouvrages composés par Bossuet pour le Dauphin : Y Abrégé de la Morale d'Aristote, le Traité des Causes et Y Histoire de France, avec, pour cette dernière, la version latine en regard du texte français. Ce volume est l'œuvre d'un calligraphe du nom de Pessoles, qui semble avoir été, à quelque titre, attaché à la Bibliothèque du Roy : c'est du moins ce que paraissent indiquer des mentions de son nom dans deux lettres à Bossuet du 28 septembre 1684, l'une de Claude Fleury, l'autre de l'abbé de Saint-Luc1. Le dit Pessoles acheva sa copie en 1687 et reçut pour sa peine une somme de 300 livres, dont il donna quittance à certain M. Froment. Cette quittance se trouve jointe au texte, et elle s'accompagne d'un décompte des payements partiels dressé par un M. de Saint-Laurent. Le chevalier Marchai, qui fut le premier à signaler ce précieux volume à l'attention des « bossuétistes »2, supposait qu il avait été donné à la Dauphine, sœur de Maximilien-Emmanuel de Bavière, gouverneur général des Pays-Bas. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'il appartenait, vers 1760, à un bibliophile belge, le capitaine Michiels, dont il porte encore la griffe. Passé de cette collection à la bibliothèque de l'université de Louvain, il fut versé, en 1796, dans celle de l'École centrale du département de la Dyle, dont la Bibliothèque de Bourgogne hérita, à son tour, en 1815.

A part la version latine de Y Histoire de France, le manuscrit de Bruxelles ne contient plus d'ouvrage entièrement inédit. Le texte français de Y Histoire de France est connu, comme chacun sait, depuis le xvme siècle. L'Abrégé de la Morale d 'Aristote, qu'il est seul à nous transmettre, a été négligé par Lâchât, mais recueilli par l'abbé Guil-

1. Correspondance de Bossuet, édit. Urbain et Levesque, t. III, p. 17 et 22.

2. Chevalier Marchai, Sur trois manuscrits inédits de Bossuet, composés pour l'enseignement du Dauphin, et parallèle entre l'éducation de ce prince et celle de l'empereur Charles-Quint (Bulletin de l'Académie Royale de Belgique, t. XVII, lre part., 1850, p. 269 et suiv.).

laume en 1877 '. Quant au Traité des Causes, il a longtemps passé pour perdu, l'exemplaire qu'en possédait la Bibliothèque nationale ayant été égaré pendant la Révolution. Floquet le retrouva vers 1830 et en prit aussitôt une copie ; il communiqua celle-ci à J.-F. Nourrisson, qui la publia, en 1852, en appendice à son Essai sur la philosophie de Bossuet2. Lâchât ne l'a pas plus accueilli que Y Abrégé d'Aristote, et les autres éditeurs se sont bornés à reproduire la copie de Floquet. L'abbé Guillaume lui-même, qui pourtant connaissait le manuscrit de Bruxelles, n'a pas eu l'idée d'y recourir pour ce traité, et il se contente, lui aussi, de copier les pages de Nourrisson3.

Il a eu tort, car l'examen de ce volume nous a révélé une série de variantes assez curieuses. Le Traité des Causes y présente une division en deux chapitres qui manque dans la version déjà connue. Puis la répartition de la matière y est différente. Au lieu de traiter des divers genres de causes à mesure qu'il les énumère, Bossuet s'y contente tout d'abord de les caractériser rapidement. Il y revient ensuite, explique tour à tour la cause efficiente et la cause finale, l'exemplaire, la matérielle et la formelle, et épuise, avant de passer à la suivante, ce qu'il a à dire sur chacune d'elle. On ne peut nier que cette disposition soit plus méthodique et plus claire que celle du texte publié par Nourrisson. Elle entraîne le grand écrivain à développer parfois ce qu'il se borne, dans l'autre copie, à indiquer sommairement. De là, dans notre texte, tout un petit développement nouveau sur la cause exemplaire, que l'imprimé expédie en trois phrases. D'autres passages inédits s'expliquent aussi par les nécessités du plan adopté : tel ce résumé des notions de cause et de cause efficiente, qui précède l'examen de la cause finale.

L'imprimé n'était-il qu'une simple esquisse, et la copie de Bruxelles nous livre-t-elle, au contraire, un état postérieur du texte, une version revue, corrigée et améliorée à loisir par l'auteur? Tout nous porte à le croire. Aussi bien, ce qui paraît certain, c'est que les leçons du manuscrit sont, en général, préférables à celles de l'imprimé. Cette règle souffre pourtant une exception, car il y a au moins un cas où la variante fait contre-sens :

1. T. VII, p. 669 et suiv. L'abbé Guillaume l'a aussi compris dans son opuscule : Correspondance et œuvres inédites de Bossuet, Bar-le-Duc, 1877, p. 63-104. C'est à tort que le P. Griselle se demande si cet ouvrage est identique avec les Extraits de la Morale d'Aristote publiés par Lâchât, t. XXVI, p. 23-31 (Un fragment inédit de Ledieu sur l'éducation du Dauphin, Revue d'hist. lilt. de la France, t. VII (1900) p. 134). Abrégé et Extraits sont bien deux ouvrages distincts.

2. Paris, Ladrange, 1852, in-8, p. 267-278, cf. A. Floquet, Bossuet précepteur du Dauphin, Paris, Firmin-Didot, 1864, in-8, p. 63, n. 3, et une note du même, jointe à une lettre de Ch. Magnin au chevalier Marchai, publiée par le destinataire, art. cité, p. 289

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