Avertissement des Advanlures heroyques et amoureuses
3. Paris, J. Orry, 1615, in-12, 8 f. et 280 p. Dédicace à Henry de Gondy, duc de Retz.
4. Les Abus du monde, histoire mémorable de nostre temps, trad. p. De Rosset, Paris, T. du Bray, 1618 et 1619, in-12. — Les Tromperies de ce siècle, histoire véritable arrivée de nostre temps, trad. par le Sr Deganes, du Languedoc, Paris, Henault, 1639. in-8. Réimpressions à Paris (1645) et à Rouen (1645 et 1654).
5. Paris, Math. Guillemot, 1617, in-8. Dédicace au cardinal de Guise datée du 4 février 1617.
LE CIL) EN FRANCE AY.WT i LE CID ». 219
à des aventures et à des descriptions de mœurs de sauvages d'interminables récits des guerres d'Italie et des navigations de Magellan. Après l'avoir lu on comprend sans peine que personne ne se soit soucié de le réimprimer ou de le traduire.
C'est peut-être le médiocre succès de cette seconde tentative qui a déterminé le sieur de la Marque à renoncer au castillan et à écrire en français. Il s'y est mis d'abord avec quelque difficulté, tant il s'était accoutumé aux tournures et locutions espagnoles1. Mais enfin il s'est rassuré, ayant trouvé un beau sujet, capable, pensait-il, de le soutenir et, — après avoir pris dans un Avertissement quelques précautions nécessaires, dit autant de mal des Espagnols qu'il fallait alors en dire pour se faire pardonner de parler d'eux et célébré, par compensation, la bonne grâce de leurs femmes, — il a commencé à raconter les aventures « de Don Roderic de Vivar, que les Arabes appelèrent Sid Campeador ».
La matière était vaste : il ne l'a pas jugée suffisante et il a cru utile de l'orner de quelques inventions et embellissements accommodés au goût du jour, dont l'effet n'est pas très heureux. Sans parler de ce comte de Toulouse qu'il introduit fort mal à propos, pour avoir au moins un héros français, que de travestissements et d'anachronismes : Roderic de Vivar, par exemple, « l'honneur et la gloire de toute la chrétienté », moins occupé de guerroyer que de disputer au maure Abdérame la possession d'une montre qui porte sur son boîtier le portrait d'une incomparable princesse ! Que d'insipides histoires galantes jetées au travers de l'action principale, que de confessions plaintives d'amants trop persécutés ! Ecartons tout ce fatras, et ces personnages de convention : la lamentable Lucile, Fiéride, Lirfan et Délie, l'infante amoureuse. Ce qui reste, c'est un des plus célèbres épisodes de la jeunesse du Cid, le premier qui ait été revêtu en Espagne de la forme poétique : celui du siège de Zamora.
Le partage que fait de ses États, à l'heure de sa mort, Fernand Ier, premier roi de Castille et de Léon ; les guerres qu'entreprend son fils aîné, Don Sanche, pour déposséder de leur part d'abord ses frères Alphonse et Garcie, plus tard sa sœur Dona Urraque, maîtresse de Zamora et du petit territoire appelé « l' Infantasque » (Infantazgo) ; la généreuse attitude de Roderic de Vivar refusant de s'associer à la dernière de ces entreprises et s'enfermant dar\s sa tente pour ne pas combattre une dame qu'il avait autrefois aimée ; le serment que fait le Zamoran Gonçalo Ariaz de « mourir, lui et ses quatre fils », pour la défense du bon droit ; le déloyal projet de Vellido Dolfos, « homme traître et méchant » ; la blessure du roi, les larmes du Cid accouru auprès de son lit d'agonie : tous ces incidents dramatiques viennent directement du Romancero.